Description historique
La manufacture des tabacs du Havre est créée en 1724 par la Compagnie des Indes fondée 80 ans auparavant par Colbert pour développer le commerce avec les Indes orientales qui obtient en 1719 de la concession de la ferme du tabac et se retrouve à la tête des manufactures de Dieppe et de Morlaix, toutes deux en état de vétusté.La conception de la manufacture du Havre est confiée à l'ingénieur du roi Jean-Jacques Martinet et au premier ingénieur des Ponts et Chaussée Jacques Jules Gabriel. Les travaux sont lancés en 1826, les bâtiments sont établis rue du Grand-Croissant, sur un terrain appartenant au couvent des Capucins. En attendant l’achèvement des travaux, la fabrication du tabac (il s’agit alors exclusivement de tabac à priser et à chiquer) est effectuée dans l'ancien Grand Jeu de Paume, rue de la Crique, transformé en atelier. Il assurera cette fonction jusqu'en 1728.Le directeur de la manufacture, M. d'Epremesnil, son receveur, M. Dartaguette et son contrôleur, M. Nicolas, participent au projet et insistent pour que les bâtiments soient de faible hauteur pour mieux résister aux vents maritimes, contrairement au modèle en vigueur. L’ingénieur Jule Gabriel apporte quant à lui des corrections sur les plans dessinés par Martinet : il modifie tout à la fois, la distribution des bâtiments et les façades. Ainsi sur l'avant-corps et la porte principale il demande une décoration plus simple pour mettre l'inscription et les armes de la Compagnie.Le premier bâtiment, rue de Galet, forme un quadrilatère autour d'une cour et comprend des magasins au rez-de-chaussée et à l'étage les ateliers où sont réalisées les différentes opérations de transformation des feuilles de tabac, telles que le mouillage, le hachage, le râpage, l’écôtage, le roulage et le séchage. Certaines étapes nécessitant beaucoup d’eau, un aqueduc est mis en place entre la manufacture et la fontaine Saint-François.Un deuxième bâtiment est construit à partir de 1728 sur la rue du Grand-Croissant. Il s’organise autour d'une cour d'honneur et arbore sur son portail les armes de la Compagnie des Indes et des attributs du Commerce. Pour alimenter en eau les ateliers, une fontaine recevant l'eau de l'aqueduc est élevée en 1730. En 1745, un grand magasin au tabac est construit rue Percanville. En 1765, les Capucins cèdent un nouveau terrain pour élever un troisième bâtiment de même hauteur que les précédents. La fabrication du tabac sur ces trois sites occupe alors près de 500 ouvriers, homme, femmes et enfants.La fin du monopole du tabac en 1791 entraine la fermeture de la manufacture et la liquidation des stocks. L’activité est reprise par une société en commandite constituée par MM. Delafraye, Clarisse et Delonguemare jusqu’en 1811, date à laquelle le monopole de fabrication et de la vente du tabac est attribuée à la Régie des Droits réunis, renommée en 1814 Régie des Contributions indirectes. La manufacture reprend alors son statut de manufacture d’état, impériale puis royale. En 1822, un quatrième site de production composé de bâtiments organisés autour d'une cour centrale est construit sur le quai Lamblardie qui longe le bassin du Commerce. En 1826, l'architecte de la ville Jean-Marin Lemarcis fait refaire les toitures et des murs sur la rue du Galet (actuellement rue Jérôme Bellarmato). En 1827, sur 380 ouvriers employés à la fabrication du tabac, on compte 80 vieillards et 60 enfants de 12 à 16 ans.En 1830, la manufacture de tabac du Havre reçoit sa première machine à vapeur. Elle est installée par l'ingénieur de l'administration centrale des tabacs, Holcroft. A la même période, l'architecte de la même administration, Lacornée fait édifier le bâtiment dit des moulins. En 1856, l'établissement rachète à la Ville l'Entrepôt Réel voisin pour en faire un magasin. Avec le succès du cigare dont la fabrication s’ajoute alors à celle du tabac à priser et chiquer, le personnel se féminise et les ateliers de fabrication se mécanise. En 1857, l'ingénieur François Mazeline installe une machine à vapeur horizontale de 30 CV, l'ingénieur Demondésir fournit des torréfacteurs et hachoirs en 1862, deux machines horizontales en 1865 et un mouilleur mécanique en 1876. Entre 1872 et 1874, l'atelier des cigares fait l’objet de diverses réparations et est équipé de l'éclairage au gaz. En 1885, l’activité occupe 650 personnes et en 1912, 754, dont 500 femmes.Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’activité de la manufacture de tabac du Havre est transférée à Morlaix. Ses bâtiments sont en grande partie détruits par les bombardements de septembre 1944. Les vestiges sont classés au titre des monuments historiques en 1946, mais sont finalement abattus en 1960. Seule la porte monumentale est conservée, démontée pierre par pierre dans le but de les remonter à terme contre le mur du futur musée de l'Ancien Havre. Les éléments ayant été perdus, le projet ne verra jamais le jour de sorte qu’aucun témoignage bâti ne subsiste aujourd’hui.