Mesures
H. 170 cm ; l. 125,3 cm ; P. 2,5 cm ; Vol. 0,0533 ; H. 184 cm ; l. 139,5 cm ; P. 5 cm ; Vol. 0,1283 (cadre)
Précisions sur les inscriptions
'Jules Adler /1901' en bas à droite à la peinture noire ; tampon de participation au salon de 1902 sur la croix de renfort du châssis ; tampon du fabricant : "C. Collardeau/Paris" ; inscriptions : 'A 5287' et 'Salle 26'
Description
peinture de nature huileuse sur préparation blanche artisanale ; toile de lin très fine à trame serrée, bords repliés de 8 à 12 cm et maintenus par des semences ; châssis en résineux à structure à clefs avec une croix de renfort ; traces d'un ancien montage ; peinture couvrante alternant des zones de transparence et de légers rehauts de matière ainsi que des coulures
Sujet représenté
scène urbaine ( Paris, foule : homme, femme ; boulevard ; café ; ouvrier ; ouvrière, arbre ; peintre ; éventail)
Précisions sur le sujet représenté
Ce n’est pas la cohue primesautière, allègre, dansante des dimanches, enivrée du bonheur de vivre, que choisit de camper Jules Adler, mais la foule lasse, accablée, hébétée, désenchantée des humbles. Dilatée, élastique, sans but ni fin, l’humanité étrangère des trotteurs affairés et presque indifférents à tout, s’avance en un flux monstrueux et inconscient, à pas de taches colorées et d’éclats de lumière. Avocat de la parole des sans voix de son temps, réputé pour ses mises en récit saisissantes du monde ouvrier, Jules Adler magnétise ici l’intensité d’être, l’ardeur vitale du peuple de Paris sous forme d’une pulsion de couleurs déconnectée de tout désir, de toute jouissance et de toute participation émotive. La foule enchevêtrée, sans visage et sans voix, de l’arrière plan qui dépasse les hommes et les femmes qui la constituent, s’avance en aveugle dans l’impossibilité fatale d’une rencontre, qu’attestent encore les portraits du premier plan dessinant des physionomies qui se résolvent dans des gestes et des présences étiolés, des yeux éteints, caves et cernés ou mélancoliques et des visages dépourvus de toute fraternité. En rupture, les couleurs chaudes, chargées, alourdies, denses, ardentes, rehaussées d’empâtements généreux, convoquant la palette d’un Renoir, n’érotisent pas la scène, mais soulignent par leur lyrisme inattendu le choc sensoriel et le heurt visuel de cette humanité inhumaine. Les personnages sont représentés de face ce qui est assez inhabituel dans l'oeuvre peint d'Adler qui tend à suggérer le mouvement au moyen de la file. Lyrisme, souffle généreux et sensation de vie ne sont portés que par la peinture véhémente et éruptive qui dévore, frissonne, coule sur la boîte façon colportage du vendeur d’éventail – autoportrait du peintre ? – et mobilise aussi des gros plans grossis et déformés de la tradition des estampes japonaises et de l’affiche. Cette scène a souvent été lue comme une illustration de l'Assomoir. Paris ; un des boulevards desservant la place de la République ?