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POP | Plateforme ouverte du patrimoineL'Enlèvement d'Europe
L'Enlèvement d'Europe

Référence de la notice
08120000039
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
28 juin 2010
Date de mise à jour
23 février 2026
Rédacteur de la notice
Renaux Catherine
Crédits photographiques
© Fonds musée de Picardie, © Jeanneteau Marc
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
M.P.Lav.1894-125
Domaine
Dénomination
Titre
L'Enlèvement d'Europe
Précisions sur l'auteur
Boucher : Paris, 1703 ; Paris, 1770
École (pays)
France
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1732 ; 1734
Genèse
oeuvre préparatoire
Historique
C'est vers 1732-1734 que Boucher réalise pour François Derbais (fils du sculpteur Jérôme Derbais, connu à partir de 1668 et disparu en 1715), avocat au Parlement (mort en 1743), une série de tableaux destinés à former pour sa demeure, rue Poissonnière à Paris, un décor qui prit place dans la salle de billard. Cet ensemble a été précisément étudié par Alastair Laing (cat. exp. New York, Detroit, Paris, 1986-1987), qui souligne à quel point ce cycle décoratif monumental a pu paraître, en un temps où les créations de ce type étaient relativement passées de mode, un excellent moyen pour le jeune artiste de montrer ses capacités dans un genre qui devait bientôt retrouver un succès certain. Le jeune Boucher, de retour d'Italie, met donc d'autant plus d'énergie dans cette commande qu'il a besoin de faire remarquer son talent. Il exécute huit tableaux de grand format qui impressionnent les contemporains : L'Enlèvement d'Europe, Mercure confiant le jeune Bacchus aux Nymphes de Nysa (tous deux à Londres, The Wallace Collection), Vénus demande à Vulcain des armes pour Enée (Paris, musée du Louvre), Aurore et Céphale (Nancy, musée des Beaux-Arts), La Naissance de Vénus et quatre dessus de porte figurant des Amours (localisations inconnues). Notre esquisse est l'étude préparatoire pour l'Enlèvement d'Europe. Le tableau définitif ne présente que quelques variantes de détail avec son étude préparatoire (position de la tête d'Europe et de celle du taureau, attitude du putto sous l'animal). Boucher illustre ici un thème fameux fréquemment abordé par les artistes depuis la Renaissance, tiré des Métamorphoses du poète latin Ovide (II, 835-875) : Jupiter épris de la belle Europe, fille d'Agénor, roi de Sidon (Phénicie), décide, pour approcher la princesse entourée de ses suivantes, de se métamorphoser en un paisible et superbe taureau, et de se mêler au troupeau royal. Europe, intriguée puis charmée par cette bête splendide, s'assied finalement sur son échine. Le dieu, se dirigeant alors peu à peu vers la mer, emporte bientôt sa 'proie' sur les flots... Ce sujet a été de nombreuses fois abordé par Boucher, en peinture comme en dessin. Le peintre a traité le sujet avec fidélité au texte antique : le doux taureau, couché au centre, accueille sur son flanc l'ingénue princesse. Les jeunes compagnes d'Europe et un putto qui disparaît entre les pattes de l'animal se pressent tout autour. Sur le devant, à gauche, apparaissent des vaguelettes signalant un rivage. Les boeufs du troupeau d'Agénor sont groupés sur la droite. Dans les cieux, l'aigle de Jupiter, accompagné de trois putti, suggère le stratagème divin. Boucher adopte ici une technique picturale particulière, celle du camaïeu de bruns, qu'il réutilisera volontiers, en particulier pour des travaux préparatoires à des tableaux, réservant plutôt la grisaille aux études pour la gravure. Plusieurs auteurs ont noté la qualité de cette pièce qui, plus qu'une 'simple ébauche' est une 'oeuvre à part entière, surprenante de liberté et de maîtrise' (cat. exp. Nex York, Detroit, Paris, 1986-1987, p. 164). Un tel brio peut se retrouver dans le Saint Jean-Baptiste prêchant dans le désert du musée d'Amiens (Pinette, 2006, p. 182-1832), La Mort de Socrate du musée du Mans ou encore dans l'Enlèvement de Proserpine du musée de Quimper. Cette manière très enlevée sera d'ailleurs reprise par son propre gendre, le peintre Deshays. Formé dans sa jeunesse à la gravure, puis à l'art de peindre auprès de François Le Moyne, Boucher remporte le Premier Prix de peinture de l'Académie en 1723. Il demeure en Italie de 1727 à 1731 puis, de retour à Paris, est agréé (1731) puis reçu (1734) à l'Académie. C'est donc un jeune homme d'à peine trente ans à l'exceptionnel talent qui réalise cette puissante pochade à laquelle pourrait s'appliquer le mot du collectionneur Pierre Jean Mariette (1694-1774) qui jugeait ainsi le décor peint pour Derbais : 'Tout y est admirable, et surtout un pinceau aussi ferme qu'il est gracieu x' (Mariette, I, 1851-1853, p. 165). Notice de Matthieu Pinette
Localisation
Amiens ; musée de Picardie