Description historique
A noter tout d'abord la fréquente confusion entre l'iconographie de saint Antoine et celle de saint François d'Assise (dont le premier rejoignit l'ordre). Le doute persiste dans le cas présent, en raison de la mauvaise lisibilité de l'oeuvre qui empêche d'affirmer ou d'infirmer la présence des stigmates - marque de saint François. Les figurations de saint Antoine de Padoue (1195-1231) sont innombrables, bien que peu fréquentes en Essonne - à l'exception de Saint Antoine dans le désert (église Saint-Denis d'Athis-Mons, 18e siècle, IMH 1979) ; toutefois cette image d'adoration de l'hostie demeure rare. Sa stature d'orateur et de prédicateur incomparable lui vaut un culte considérable à partir du XVe-XVIe siècle, bien au-delà de sa ville d'adoption, Padoue - où il meurt en 1231 ; après avoir été dans l'ombre d'il poverello d'Assise, il devient le saint patron du Portugal, et plus encore, le saint le plus populaire de la chrétienté, sorte d'intercesseur par excellence. Son iconographie devient omniprésente à parti du XVIe siècle. Ce tableau peut être rapproché d'oeuvres comme Saint Antoine de Padoue adorant l'Enfant Jésus du musée de Chambéry ou encore le Saint Antoine de Padoue avec l'Enfant de Bartholomé Murillo au musée de Séville. Le caractère remarquable de cette oeuvre tient à ce qu'il s'agit de l'une des très rares représentations d'adoration de ce type en Essonne, qu'il s'agisse de saint Antoine ou de saint François. Diverses illustrations mettent en exergue les épisodes légendaires de la vie du saint : prêchant aux foules comme aux poissons, débattant avec saint François, accomplissant des miracles , guérissant des malades, faisant s'agenouiller une mule devant l'Eucharistie ; la représentation la plus courante le montre dans une scène de vision où la Vierge et l'Enfant (assis ou debout sur un livre) lui apparaissent. Le caractère visionnaire l'emporte ici, même s'il ne s'agit d'aucune des images traditionnelles du saint. On peut demeurer incertain quant à la dénomination du saint, car on peut le cas échéant apercevoir dans la paume de la main droite les stigmates du supplice du Christ qui caractérisent saint François. En tout état de cause, la composition de la scène s'apparente à celle du tableau de Murillo avec ce couronnement de nuées emplies de têtes d'angelots. La tête à l'expression extatique du saint n'est pas sans rappeler celle du saint représenté sur le tableau de l'église Saint-Martin de Steene (Nord) - elle-même potentiellement inspirée par une oeuvre de Pierre-Paul Rubens -, et permet peut-être de dater cette oeuvre de la fin du XVIIe siècle plutôt que du XVIIIe siècle.