Description historique
Tableau attribué à Alexandre Legrand (1822-1901), élève de Léon Coignet (1794-1880), élève de Guérin, peintre d'histoire et de genre, Grand Prix de Rome en 1817 ; son atelier devient une sorte d'institution académique d'où sortirent bon nombre de petits maîtres dans la seconde moitié du XIXe siècle. Sa peinture qualifiée de son temps de remarquable lui valut de nombreuses commandes officielles pour les plafonds du musée du Louvre (en travaux sous la Restauration et la Monarchie de Juillet), le musée de l'Histoire de France (créé par Louis-Philippe au château de Versailles) et plusieurs églises dont la Madeleine à Paris. Ses portraits, notamment celui de Champollion ou de Louis-Philippe jeune, sont estimés de plus belle facture. Quelle que soit la valeur du maître, l'intérêt de cette oeuvre réside dans ce qu'elle livre de l'évolution de la production picturale en ce milieu du XIXe siècle : après la fin du néo-classicisme, la redécouverte des peintres primitifs lié à un goût préraphaélite et le triomphe du romantisme dans les années 1830-1840, l'avènement d'une école archéologique et la mise en place d'une véritable doctrine de la peinture religieuse (l'art saint-sulpicien), c'est un courant plus réaliste et éclectique qui illustre la peinture de la IIIe République (Bonnat, Baudry, Gérôme) avec l'émergence de la peinture moderne via Courbet. L'iconographie ici présentée est caractéristique de l'exposition de la peinture religieuse au Salon des artistes vivants à partir de 1840. Cette prépondérance ne signifie pas pour autant un interventionnisme de l'administration dans le choix et l'exécution des commandes - les influences politiques formant exception. L'auteur de cette toile semble s'inspirer à la fois d'un Delacroix par la souplesse des tissus et des corps, la tonalité fondue et estompée des couleurs, et d'un peintre comme Ary Scheffer via le visage du Christ - la Tentation du Christ de ce dernier peinte en 1854. Il est aussi représentatif de cette iconographie à la fois populaire - la scène se passant dans une cuisine - et savante - une atmosphère assez froide et peu émotive. A noter que ce tableau se démarque toutefois de la représentation majoritaire des scènes de la Passion du Christ et de ses divers miracles et guérisons - illustrant les bienfaits du christianisme en action. On se trouve ici typiquement devant une peinture de genre d'art chrétien imprégnée de la religiosité à la fois simpliste et mondaines des années 1850-1860 : touche de sentimentalité, accent de familiarité, interférences constantes entre la peinture de l'anecdotique et des grands événements de l'Histoire.