Description de l'iconographie
Saint Germain d'Auxerre bénissant sainte Geneviève lors de son passage à Nanterre ; sainte Geneviève agenouillée aux pieds de l'évêque a les mains jointes. Illustration des débuts de la légende de la sainte (423-512) : remarquée lors d'un office célébré à Nanterre par Germain, évêque d'Auxerre, la future sainte apparaît ici à une étape antérieure aux nombreux miracles qu'on lui attribue, de la renonciation d'Attila à attaquer Paris grâce à ses prières à l'entrée de Clovis dans Paris une fois sa conversion au christianisme opérée par saint Rémi. Cette oeuvre est typique de la facture néo-classique du XVIIIe siècle, marquée par un certain académisme dans l'exécution des personnages et du décor architectural , elle s'inscrit dans le genre en vogue dans le 1er quart du XIXe siècle, la peinture d'histoire, en reprenant la mythologie hagiographique des premiers temps de l'histoire de France chrétienne. Empruntant largement à ses deux maîtres sans en avoir cependant la dextérité ni l'originalité, Isabelle Pinson développe ici un art fait de formes ronds et souples alliées à une exécution ferme et des coloris assez tranchés, tout en conservant une atmosphère sereine (mais que le sujet traité ne peut permettre de qualifier de souriante) ; à mi-chemin donc entre la manière très personnelle d'un Regnault, combinant fluidité des formes, velouté et sensualité des modelés, et formant ainsi un univers raffiné, parfois traité de façon un peu mièvre dans les oeuvres les moins réussies, et celle d'un Vincent, caractérisé par une exécution très ferme, des formes très robustes et des coloris très vifs, conférant à sa production un aspect à la fois réaliste et sévère. L'intérêt de ce tableau tient précisément à cette combinaison très subtile et réussie de ces deux genres, la grande peinture d'histoire, illustrée par David, et le genre dit anecdotique ou peinture de troubadour : certes ici, le décor n'emprunte rien au Moyen Age ni à l'architecture gothique, mais le traitement très réaliste voire prosaïque des personnages comme la mise en scène (l'architecture n'apparaissant qu'en arrière-plan, sorte de détail meublant le fond du tableau) ramène toutefois à l'atmosphère caractéristique des peintures de genre ; l'exécution des physionomies n'est pas sans rappeler les personnages peints par François-André Vincent, notamment la figure de la sainte et celle de la jeune fille tenant la corbeille aux côtés de saint Germain, tandis que le mendiant et la vieille femme renvoient aux personnages antiques que l'on peut trouver chez Jacques Louis David ; les personnages situés derrière saint Germain et la figure de ce dernier, renvoient à la facture de Jean-Baptiste Regnault, par leur aspect glacé et quelque peu impersonnel, et rappellent aussi l'aspect moraliste que l'on peut rencontrer dans les oeuvres de Vincent. A souligner encore la belle harmonie chromatique, centrée sur des tons chauds (bruns clair et foncé, vert sombre, architecture au second plan) et illuminée par la blancheur des voilages portés par la sainte et les tuniques de saint Germain et des enfants qui l'accompagnent ; à remarquer notamment le travail superbe sur les effets de transparence de ces tissus.