Description historique
En 1933, Tracta cesse de construire des automobiles mais le brevet du joint Tracta trouve des applications rapides dans la grande série en Allemagne. Les firmes DKW et ADLER ont été les premières à utiliser le joint Tracta pour des petites voitures légères de faible cylindrée à traction avant, dont l'essor présage celui de Citroën : plusieurs dizaines de milliers de véhicules dès le début des années 1930. Le joint Tracta équipe, en France, les premières Traction Avant Citroën (jusqu'en 1935, puis joints Spicer) ainsi que la Rosengart Supertraction (adaptation de l'Adler Trumpf). Adler devient le principal constructeur allemand de véhicules motorisés et à la veille de la Première Guerre mondiale, il représente 20 % de la construction nationale. Le modèle Adler Standard 6, produit jusqu'en 1934, sera le plus vendu en Allemagne. Durement touché par la crise de 1929, Adler est encore le 31 constructeur allemand à l'époque où il s'adresse à Grégoire pour utiliser le brevet Tracta. La Adler Trumpf sera produite à plus de 100 000 exemplaires. Dès 1932, elle est dotée d'une suspension à 4 roues indépendantes et de la traction avant, grâce au travail de l'ingénieur Hans Gustav Röhr, futur directeur technique de Mercedes. Adler cesse son activité de constructeur automobile après la Deuxième Guerre mondiale, tandis que sa production de motos se poursuit jusqu'à la fin des années 1950. Le modèle présenté est une Adler Trumpf Junior de 1934, en fait, un dérivé de l'Adler Trumpf avec moteur plus petit à 4 cylindres en ligne 995 cm3. C'est une traction avant système Tracta, dotée de suspensions à roues indépendantes. La carrosserie est due à Ambi-Budd, de Berlin. La voiture présentée n'est, toutefois, pas une Adler Trumpf comme les autres : c'est un prototype. Grégoire réalise ici, en collaboration avec l'Aluminium Français, l'adaptation sur un véhicule Adler d'une structure conçue par lui, pour répondre à un concours. Stimulé par le prix de 200 000 F proposé pour le gagnant, Grégoire décide de collaborer directement avec Français pour élaborer ce véhicule, inaugurant ainsi une longue et fructueuse collaboration. Grégoire figure parmi les cinq lauréats du concours. La solution proposée, entièrement originale, est constituée d'une carcasse coulée en Alpax (alliage d'aluminium chargé en silicium) formant châssis, qui confère à la voiture à la fois une grande rigidité et une grande légèreté (550 kg). Comme le châssis classique des Tracta était critiqué pour l'excès de shimmy (vibrations transmises à la colonne de direction) lié à la traction avant, Grégoire imagine, afin d'obtenir un châssis à la fois très rigide et très léger, une structure en alliage d'aluminium dont les éléments (ici au nombre de 6), abondamment nervurés, sont boulonnés entre eux et non soudés, comme c'est alors le cas pour la majorité des automobiles. Cette utilisation de l'aluminium dans l'automobile est alors un véritable combat solitaire de Grégoire : Employé en moulage, l'aluminium n'inspirait pas confiance aux techniciens. On ne l'apercevait dans une automobile que comme piston, carter ou culasse de moteurs à soupapes latérales, toutes pièces qui ne subissaient pas d'efforts sérieux. Et on s'en servait surtout pour fabriquer des casseroles. Mais la technique utilisée par Grégoire présente quelques inconvénients : le coût de la réalisation par une technique de fonte au sable des parties en Alpax, utilisée notamment pour la fonte des bronzes d'art, ainsi que la difficulté à peindre ce matériau, qui ne réagit pas de la même manière que la tôle d'acier formant le reste de la carrosserie. Sur ce modèle destiné à une présentation muséographique, Grégoire a souhaité mettre en valeur la structure en aluminium, qui n'est pas peinte contrairement au reste de la carrosserie. Il s'agit de l'unique véhicule de marque Adler répertorié dans une collection publique française et, probablement, dans un musée français.