Description historique
Swastika ex Jane, ketch plan Sheoherd, 1908. Ketch construit sur plan Shepherd en 1908. Ce bateau a été conçu en un seul exemplaire et il est représentatif des yachts classiques de la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle. Swastica a été construit en 1908 par le chantier Gill and Sons de Rochester dans le Kent, sur les plans de Frederick Shepherd. Le premier propriétaire, Harry Carson, journaliste sportif et plaisancier, immatricula son bateau à Rochester puis à Londres. Il passa ensuite en 1919-1922 à FB Pitcher, puis brièvement à Ralph Romer, fils du Right Honorable Sir Robert Rommer, 1er clerc à la Cour Royale de Justice, décoré de l'Ordre du Bain, avant d'être acquis en 1923 par John Frederic Gretton. Cet ancien élève d'Eton le fit inscrire au très prestigieux Royal Yacht Squadron (R. Y. S.) sous le nom de Jane. Le R. Y. S. est la Mecque du yachting dans le Solent. Il est installé dans un petit château du XVIe siècle à Cowes dans l'île de Wight. Les yachts inscrits au R. Y. S., dirigé par la Reine, sont autorisés à arborer, non le Red Ensign de la marine marchande, mais le White Ensign de la Royal Navy. Devenu en 1930 2e baron Gretton à la mort de son père, colonel, homme politique membre du parti conservateur et directeur d'entreprises, John Frederic Gretton mériterait plus tard, en tant qu'officier de réserve, la distinction du M. B. E. (Member of the Excellent Order of British Empire). Entre 1932 et 1934, le bateau est passé au lieutenant-colonel Anderson, Distinguish Service Order, qui le motorisa et l'électrifia. Son propriétaire suivant, le major Cooper, l'enregistra en Ecosse. Sa passion pour Jane fut capable de faire vaciller son patriotisme car le major cacha son ketch préféré à Dumbarton, au fond de la Clyde, pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour le soustraire à la réquisition des métaux. Jane-Swastika conserva ainsi son lest de fer de 8 tonnes, qui est d'origine. En 1947-1948, Jane appartint au lieutenant-colonel Arthur Stuart Bellingham qui la céda à John Douglas Weir. C'est lui qui transforma le gréement aurique en gréement bermudien en 1953, tout en conservant le mât d'origine. Le gréement bermudien, apparu en 1912, s'était répandu déjà depuis les années 1920, séduisant par la simplification de sa mise en oeuvre. L'opération a conduit à poser le mât sur le pont et non plus sur la quille, avec quand même une épontille sous le pont. Ce mât allait être brisé lors d'un démâtage de Jane en 1975. John Wallace Mill, son nouveau propriétaire depuis 1960, avait déjà fait naufrage en 1963 dans un coup de vent devant Scalassaig Bay. Le ketch avait été remis à flot par la population et remorqué par un ferry jusqu'à Glasgow. Jane était engagée à cette époque pour une intense activité de régates, pas forcément adaptée à un bateau conçu pour la croisière. Après être passé entre 1975 et 1977 à Bruce Baillie puis à Mrs Baillie, Jane toujours écossaise, fut rachetée par Alastair Grant. Au cours d'une croisière en Amérique du Nord, la barre se brisa et fut remplacée par une barre en fonte moulée au Canada, sur le modèle des roues de goélettes morutières. De 1990 à 1993, Jane entra en long hivernage, au cours duquel furent revisés les boulons de quille, l'étanchéité du pont et des superstructures dans un chantier de Dumbarton, un haut lieu de la construction navale près de Glasgow. L'hélice fut remplacée par un modèle plus performant. Jane passa dix ans plus tard aux mains de deux ressortissants français et entra, après une traversée épique de trois mois entrecoupée d'avaries, dans une courte période confuse de son histoire. Elle fut vendue en 2004 à Aimé Guerton qui l'immatricula deux ans plus tard en Belgique en lui rendant son nom de Swastika. Le ketch appartient depuis 2009 à des copropriétaires. Il a été francisé en 2011 et immatriculé au quartier de Vannes. La coque très robuste conserve environ 90 % des éléments d'origine, et le pont latté est d'origine, ce qui est exceptionnel. La remarquable documentation réunie par les propriétaires actuels (coupures de presse, extraits de revues nautiques, inscriptions au Lloyd's Register, biographies des propriétaires, correspondances suivies avec leurs familles), est complétée par une liste actualisée et documentée de 53 des bateaux de Frederick Shepherd, dont deux sont classés au NHS UK (National Historic Ships Organisme gouvernemental indépendant consultatif) et 4 dont Swastika sont sous pavillon français : Wayward de 1908, Owl de 1909 et Milena de 1928 qui naviguent en charter en Méditerranée. Frederick Shepherd, décédé centenaire en 1969, avait été formé par Arthur Payne. Architecte naval réputé pour sa capacité d'optimiser les aménagements intérieurs et fameux pour son suivi personnel de la construction de bout en bout, il a dessiné, en tout, 84 bateaux. Swastika appartient à la grande histoire de la construction navale de plaisance sur mesure, et singulièrement à la tradition aristocratique britannique et écossaise du yachting à travers ses nombreux propriétaires passionnés. Le chantier Gill and Sons était réputé pour ses barges de la Tamise, dont trois sont classées aujourd'hui au NHS UK. Le maintien de Swastika en état de naviguer exige le remplacement d'une membrure au niveau de la fixation de la cadène avant du bas hauban bâbord, de la partie milieu d'un barrot, une révision de la fixation et de l'étanchéité du pont ainsi que de la fixation des barrots sur les membrures. Tout cela est relativement modeste. Construit très solidement, révisé avec soin, le ketch est dans un état exceptionnel pour un voilier plus que centenaire. En revanche, les copropriétaires, très professionnels, exigeants et scrupuleux, ont déclaré que le maintien en état de navigation nécessite des fonds importants, ce qui pourrait être la raison des 14 reventes du ketch. La garde-robe de Swastica comprend depuis 1975-1980 une grande voile et un artimon usés, mais le foc, la trinquette et le génois en dacron sont en bon état. La motivation très enthousiaste des propriétaires est de faire naviguer Swastica à la fois dans un contexte patrimonial et dans un partenariat associatif avec d'autres associations de droit privé à caractère social, en incluant des travaux d'intérêt général. Il s'agit de transmettre un savoir-faire ancien et une expérience traduite dans la robustesse d'un navire centenaire, maintenir ces valeurs, protéger l'esprit de Swastika, à travers une utilisation fructueuse, sociale et formatrice, naviguer à l'ancienne et bien sûr, offrir à Swastika une croisière en Ecosse où il a passé près d'un siècle, dont la moitié sous gréement aurique, et où les descendants de ses propriétaires l'attendent avec impatience, pensant qu'il avait disparu car il avait quitté l'Ecosse en très mauvais état il y a dix ans. Le gréement aurique porte une voile quadrangulaire et une flèche au sommet avec une voile supplémentaire tout en haut. C'est un gréement d'un effet esthétique très heureux mais il est compliqué parce que la voile est plus difficile à hisser et, en plus, il faut régler la flèche qui est fixée tout en haut du mât. C'est la raison pour laquelle, quand est apparu dans les années 1912 le gréement dit Marconi ou triangulaire simple, la plupart des plaisanciers ont abandonné le gréement aurique et ont adopté le gréement Marconi. Mais le gréement aurique est le vrai gréement traditionnel des yachts classiques et c'est d'ailleurs celui des premiers grands voiliers de la prestigieuse Coupe de l'America. Les propriétaires actuels sont en relation avec tous les descendants des anciens propriétaires, ce qui est exceptionnel. Ce yacht était d'une robustesse de navire de guerre car rares sont les bateaux centenaires qui ont gardé leur pont d'origine.