Description historique
Cet ensemble date d'avant 1840. La demeure du Martreau a été construite en 1775 par surélévation et refonte d'un immeuble de la Renaissance qui avait fait fonction de présidial et de Minage jusque vers 1600. Intérieurement, son cachet XVIIIe siècle finissant est très bien conservé. Dans la maison du Martreau, trois parois de la salle à manger sont recouvertes d'un papier peint panoramique surplombant une boiserie basse (dite encore boiserie à hauteur d'appui). Ce panoramique nest pas un classique du genre, mais plutôt une rareté. Il est appelé Les bords de Rivière dans les différents ouvrages publiés. Aucune mention n'est faite de manufacture dorigine ; on lattribue à une manufacture française du début du XIXème siècle. Le fait quil soit imprimé sur du papier rabouté, c'est-à-dire des feuilles de papier collées ensemble pour former un rouleau, indique clairement quil sagit dun travail effectué avant 1840. Il est passé dans une vente publique à Monte-Carlo le 14 juin 1982. Il se présentait sous la forme de quatre panneaux. Ce panoramique appartenait à la collection de Mr Carlhian, qui fut un des grands collectionneurs du début de ce siècle. (Source : Ph. de Fabry, documentaliste au Musée du Papier Peint (28 rue Zuber à Mulhouse). Le style général rappelle celui de Joseph Vernet (1714-1789), ce peintre célèbre pour avoir réalisé, pour le compte du roi de France, une série de 15 tableaux représentant Les ports de France, un des chefs d'uvre de la peinture française. Il vécut longtemps en Italie. Il y avait acquis une réputation de peintre de marines et de paysagiste par des uvres représentant Rome, ses jardins fameux, la campagne avoisinante, les sites pittoresques de Tivoli, ainsi que la côte de Naples et des environs (notice de 1976 du Musée de la Marine). Odile Nouvel-Kammerer signale que le panoramique Les Bords de la rivière fut imprimé tantôt en grisaille, comme au Martreau, tantôt en couleur camaïeu sépia. Quatre exemplaires étaient connus en 1990, trois en France : en Maine-et-Loire (au Martreau donc), dans le Puy-de-Dôme et dans le Var, et un autre en Suisse. Il se peut d'ailleurs que tous aient des animations plus ou moins différentes. Ainsi par exemple, sur la reproduction figurant dans l'ouvrage d'Odile Nouvel-Kammerer : devant le temple à portique on voit non pas un rameur mais un pêcheur à l'épervier debout à l'avant de sa barque, de même que devant le pavillon néogothique, l'enfant à la toupie, la femme et le jardinier auprès d'un banc sont remplacés par une femme assise sur ce banc et se coiffant. La datation du papier peint se situe au cours de la première moitié du XIXe siècle, entre 1820 et 1840 à cause de la technique mise en oeuvre, de la présence d'un pavillon néogothique (style d'achitecture de la Restauration), d'un inventaire de 1813 qui ne mentionne pas l'existence de la salle à manger, une absence très normale alors que la salle à manger est une innovation du début du XIXe siècle (on abandonna le service à la française avec plats présentés tous ensembles et, à l'imitation du prince Alexandre Kourakine, ambassadeur de Russie en France de 1808 à 1812, on adopta le service à la russe avec plats servis les uns après les autres). D'après l'historique du Martreau, tel qu'il a pu être reconstitué, l'aménagement de la salle à manger fut réalisé dans les années 1820-1830 alors que le propriétaire des lieux était maître Jacques Cosnier, notaire à Angers. Ce dernier semble avoir été un amateur éclairé et fortuné, un temps durant du moins, puisqu'il fit faillite et que, le 15 septembre 1839, le Martreau advint par voie d'adjudication à Jean Désiré Morin qui fut maire de Rochefort du 15 janvier 1844 au 19 mars 1848.