Description historique
Lors de son classement, on avait donné comme titre à cette oeuvre La Réception au ciel d'un saint évêque par saint Pierre et, en l'absence de documentation, on l'avait attribuée à un peintre anonyme français du XVIIIe siècle. Une tradition locale voulait qu'elle fût l'oeuvre de François Marot (1666-1719), peintre de cour et élève de Charles de La Fosse. Le 25 octobre 2010, l'oeuvre arrivait au CIRCP et l'imagerie scientifique était réalisée au début de l'année 2011. Les analyses ont montré que la peinture avait connu au moins deux phases de restaurations importantes et que l'utilisation du bleu de Prusse invalidait l'attribution à François Marot puisque l'utilisation de ce pigment n'était devenue fréquente qu'après le second tiers du XVIIIe siècle (l'artiste a disparu en 1719). D'après les registres paroissiaux, l'oeuvre aurait été achetée vers 1839 à Marseille pour 150 francs chez un brocanteur, par un fabricien dénommé Simon Gamerre. L'avait-il acheté de ses deniers pour en faire don à la paroisse ou bien est-ce le conseil de fabrique qui le mandatait pour orner l'église qui venait d'être construite ? Les comptes de la fabrique à cette époque notent qu'une réparation avait dû être faite (réalisée par un peintre marseillais, Buisson, qui se trouvait dans les environs de La Destrousse en raison de l'épidémie de choléra qui sévsisait à Marseille à ce moment-là). Il s'agissait sans doute de la première restauration de la toile. Peu de temps après la construction de la nouvelle église de Saint-Pierre-ès-Liens sur l'emplacement de l'ancienne, le conseil de fabrique décidait d'une nouvelle restauration de la peinture, confiée à Fernand Guigou, restaurateur adjoint au musée de Marseille. Elle se déroula de la fin de l'année 1873 au mois de juin 1874. La peinture fut ensuite placée au-dessus de la niche de l'autel dédié à saint Joseph, emplacement qu'elle a occupé jusqu'en 2010. C'était certainement une oeuvre, compte tenu de ses dimensions, qui avait été offerte par une famille noble et riche à une église ou une congrégation. Lors de la restauration de 2011, la toile s'est révélée (une fois la toile de rentoilage otée et la colle retirée) être de lin d'un seul lé. En raison de la dimension de l'oeuvre, le métier devait avoir été de très grande taille, d'un format inusité en France à notre connaissance et nous indiquait aussi, compte tenu du prix d'une toile, que le commanditaire devait être fortuné. En juin 2011, les armoiries des donateurs furent identifiées comme le blason de la famille napolitaine des Brancaccio del Gliulo. L'oeuvre a été attribuée en avril 2012 par Nicola Spinosa, à Giovan Battista Rossi (avant 1730-1780). Il existe un autre tableau du même sujet intitulé Il Paradiso, également de Rossi mais de format inférieur à celui-ci (sans doute une ébauche qui ne comporte pas de blason). (Source : Claude Badet, conservateur du patrimoine, responsable des restaurations au CIRCRP Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine à Marseille de 2002 à 2012).