chemin de croix (14 tableaux)

Désignation

Dénomination de l'objet

Chemin de croix ; tableau (14)

Titre courant

Chemin de croix (14 tableaux)

Localisation

Localisation

Occitanie ; Aveyron (12) ; Decazeville ; église Notre-Dame

Numéro INSEE de la commune

12089

Précision sur la localisation

Anciennement région de : Midi-Pyrénées

Canton

Decazeville

Nom de l'édifice

Église Notre-Dame

Référence Mérimée de l'édifice

PA12000073

Description

Catégorie technique

Peinture

Structure et typologie

Fonctions combinées

Matériaux et techniques d'interventions

Toile (support)

Description de l'iconographie

Jésus devant Pilate, Jésus chargé de sa croix, Jésus tombe sous le poids de sa croix, Jésus rencontre sa mère, Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix, Véronique essuie le visage de Jésus, Jésus tombe pour le deuxième fois, Jésus parle aux femmes de Jérusalem, Jésus tombe pour la troisième fois, Jésus est dépouillé de ses vêtements, Jésus est cloué sur la croix, Jésus meurt sur la croix, Jésus est détaché de la croix et remis à sa mère, Jésus est mis au tombeau.

Dimensions normalisées

H = 100 ; la = 80

Précisions sur l'état de conservation

Etude préalable rédigée en 2013 par Antoine Maury et Marjorie Nastro.

Historique

Auteur de l'œuvre ou créateur de l'objet

Moreau Gustave (peintre)

Siècle de création

19e siècle

Description historique

Au début des années 1860, Elie Cabrol, fils de François-Gracchus Cabral, esthète et mécène, cherche un artiste-peintre pour réaliser le Chemin de croix de la nouvelle église de Decazeville. Il contacte le peintre parisien Eugène Fromentin, très en vogue, mais celui-ci se montre peu intéressé et recommande Gustave Moreau. A 36 ans, Moreau n'est pas encore reconnu. Il vient de passer 2 ans en Italie, de 1857 à 1859, pour parfaire son art en copiant les maîtres italiens de la Renaissance. Il enrichit également son vocabulaire pictural en étudiant les motifs mythologiques, les miniatures indiennes et les manuscrits à enluminures médiévaux. Lorsque Fromentin transmet la commande à Moreau au printemps 1862, le peintre traverse une période charnière de son existence : alors qu'il travaille sur son Oedipe et le Sphinx qui lui fera connaître le succès au Salon Officiel de 1864, il affronte des difficultés financières et perd son père le 17 février 1862. Les raisons qui poussent Moreau a accepter sans grand enthousiasme la commande peuvent être multiples - volonté de se servir de ce travail pour mettre en place son vocabulaire stylistique, travail alimentaire, hommage rendu à son père ; toujours est-il qu'il se met au travail dès juin 1862 - comme l'atteste la facture d'achat de 14 toiles chez Ange Ottoz - contre 2800 francs et l'engagement d'Elle Cabrol de garder ce travail anonyme. L'exécution assez rapide - 3 à 4 jours par toile d'après Ary Renan, élève et biographe du peintre - est réalisée entre juin 1862 et début 1863. Les correspondances entre Fromentin et Moreau en octobre 1862 nous renseignent sur l'état d'esprit et l'avancement du travail ; le 13 octobre, Fromentin en fait brièvement allusion dans une lettre : « Travaillez-vous ? Et êtes-vous content ? Je ne parle pas du chemin de croix que je me reproche presque de vous avoir imposé. Mais le vrai travail ? » Quelques jours plus tard, Moreau répond : « J'ai pour ainsi dire terminé ce Chemin de croix. Je vous attends pour savoir à quoi m'en tenir sur la suffisance de l'exécution. Et je serais tout prêt (Hélas !) à retravailler les parties que vous ne trouverez pas suffisantes. A vrai dire, j'ai le coeur soulevé en pensant à ce travail, car je vous avoue que j'y ai mis une certaine conscience. Mais je m'abuse sans doute et je n'ai fait peut-être que tout juste ce qu'il fallait pour que ce ne fût pas horrible. » Moreau en retoucha peut-être quelques parties, mais les oeuvres étaient quasiment achevées et purent être expédiées à Decazeville rapidement. Le 2 février 1863, Elie Cabrol remerciait l'artiste : « Je mets sous ce pli la somme convenue de 2800 F (...). Il me reste, Monsieur, à vous témoigner encore toute ma gratitude pour avoir bien voulu vous charger d'un travail aussi ingrat qu'important. C'est de votre part un acte de désintéressement dont malheureusement pour vous je comprends seul l'importance, puisque ceux qui en jouiront ne devront connaître jamais le nom du mystérieux artiste. » Le 14 septembre 1863, le Chemin de Croix est érigé dans l'église Notre-Dame de Decazeville en présence de Monseigneur l'évêque de Rodez. D'après le registre de la paroisse, elles sont positionnées à l'origine sur les quatorze piliers de la nef, au-dessous des croix sculptées. Durant les dernières décennies du 19ème siècle, les archives ont donné peu d'informations ; la construction de la tribune, en 1873-74, a pu modifier la configuration des lieux et conduire à déplacer les 2 dernières stations des piliers du bas de nef, soutenant la tribune. A moins qu'elles aient était déplacées plus tard, en 1924, lors de l'agrandissement de la tribune. Après la mort de Gustave Moreau, le 18 avril 1898, le commanditaire Elie Cabrol révèle à Ary Renan l'existence d'un chemin de croix peint par le peintre. Celui-ci en fait part dans un article de la Gazette des Beaux-Arts de 1899. Toutefois le chemin de croix tombe dans l'oubli et les toiles sont attribuées à un élève de Gustave Moreau. Ary Renan continue cependant de suivre ces oeuvres et alerte le maire de Decazeville, Paul Ramadier, de leur mauvais état de conservation dès le début du 20ème siècle. La toiture est défectueuse et les oeuvres ont subi des dégâts des eaux. Mais la guerre retarde les travaux, qui ne commencent qu'en 1923. La toiture est réparée et les oeuvres sont restaurées. D'après le registre de la paroisse et le récit d'Ary Renan, biographe et élève du peintre, l'intervention de restauration dure 5 ans. Elle consiste d'abord à renforcer l'ensemble des supports toiles : rentoilage à la colle de farine, incrustations de toile dans les lacunes des supports, consolidation des déchirures ; ensuite à nettoyer la surface peinte, à refixer les couches picturales soulevées et à réintégrer les lacunes de couche picturale (mastics et retouches colorées). Notre étude sanitaire montre que ces interventions, réalisées par l'atelier Chauffrey-Müller, ont permis de stabiliser les oeuvres. Aujourd'hui encore, les supports présentent une bonne tension et planéité, hormis quelques zones ponctuelles de décollement du rentoilage. Bien que la réinstallation des oeuvres dans l'édifice s'accompagne de réparation de la toiture (1922-1923), le Chemin de Croix va être victime de nouvelles infiltrations d'eau successives, comme en témoignent les auréoles au revers des toiles de rentoilage. En 1964, grâce au travail de Gilbert Bou, membre de la commission départementale des Monuments Historiques, le Chemin de Croix est définitivement attribué à Gustave Moreau, après un siècle d'anonymat, et il est classé au titre des Monuments Historiques le 31 mars 1965. Cette reconnaissance tardive s'accompagne d'une mise en lumière de l'ensemble (vers 1965). En 1974, deux articles de Midi Libre datés des 12 et 16 octobre témoignent de l'état de conservation des toiles et de leur mauvaise présentation : «... des précautions doivent être prises pour la conservation de ces toiles dont deux au moins ont été endommagées par l'humidité, en raison de fissures dans la couverture de l'édifice (...) un inspecteur des monuments historiques doit se rendre à Decazeville prochainement. Des dispositions seront vraisemblablement prises pour la préservation et (...) une meilleure mise en valeur...» Les oeuvres sont positionnées depuis au moins 1965 dans les bas-côtés, à environ 3 mètres de hauteur, mal éclairées et dégradées par des écoulements d'eau. Une photographie parue dans l'article de 1974 présente Gilbert Bou posant sous la 13ème station, à droite de la porte latérale des bas-côtés. L'inspecteur principal des monuments historiques, Georges Costa, demande en 1975 la restauration des trois tableaux qui ont le plus souffert, les stations 3, 10 et 11. Les travaux sont confiés à Ernest Eczet, restaurateur toulousain. Les interventions vont consister à résorber les altérations, sans toutefois procéder à une dé-restauration complète ; les reprises de déchirures et les défauts ponctuels de rentoilage sont consolidés par application d'adhésif par la face (des taches résiduelles d'adhésif sont visibles aux revers des toiles) ; au niveau de la couche picturale, Eczet procède au retrait du vernis oxydé et au dégagement d'une partie des repeints. Il semble qu'il se soit limité aux zones des déchirures et des incrustations de support à reprendre, ainsi qu'aux parties recouvrant des mastics dégradés. Les restaurations des oeuvres s'accompagnent de nouvelles mesures de réfection de la toiture, entre 1977 et 1978. En 1979 - 1980, Eczet procède à la restauration des stations 1, 2, 4, 5 et 6. Les traitements réalisés sont analogues. Dans le même temps, le 21 mars 1980, Georges Costa demande à la ville de Decazeville la mise sous vitrines sécurisées des oeuvres, réalisées entre 1980 et 1982 et conservées jusqu'à aujourd'hui, et la restauration des cadres. Ces derniers sont consolidés et repeints. En 1991, l'ensemble des quatorze stations du Chemin de Croix est prêté au musée Paul Chagall de Nice pour l'exposition Gustave Moreau et la Bible. Les constats d'états établis pour le prêt témoignent de la bonne conservation des oeuvres dans les vitrines, puisque les altérations relevées sont très limitées et semblent impliquer principalement les ajouts de restauration (soulèvements des mastics et des repeints, perte de planéité des anciennes déchirures, etc) (sources Antoine Maury et Marjorie Nastro - restaurateurs).

Statut juridique et protection

Statut juridique du propriétaire

Propriété de la commune

Typologie de la protection

Classé au titre objet

Date et typologie de la protection

1965/03/31 : classé au titre objet

Références documentaires

Cadre de l'étude

Liste objets classés MH

Dénomination du dossier

Dossier individuel

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