Description historique
Les peintures murales ont été découvertes lors des travaux de restauration intérieure de l'église suite à l'incendie de 2006. Les peintures murales de la nef sont un peu postérieures à celles de la chapelle Notre-Dame (1OM1521) qui sont, elles, de véritables fresques. Elles semblent avoir été réalisées plus rapidement (espace moins bien rempli, moindre finesse dans les détails). Cependant le style général et la manière de peindre les écussons sont les mêmes. D'autre part un examen attentif de la litre funéraire montre que celle-ci a été réalisée en même temps que l'ensemble des décors. Or comme cette litre funéraire n'a certainement pas été peinte du vivant de Jean, mais plutôt aussitôt après son décès, comme c'était la coutume, il faut en conclure que cet ensemble a été peint peu après son décès. Il reste donc à établir la date de cette mort. On sait par le compte de la châtellenie de Corgenon pour le comte de Savoie, héritier du château et de ses dépendances, que Jean de Corgenon est décédé « outremer » . La publication de son testament a eut lieu le 30 juin 1408, sans doute très peu de temps après l'arrivée de la nouvelle de son décès. Celui-ci peut donc être placé, étant donné la lenteur des communications de l'époque, au printemps 1408 . Les obsèques officielles eurent lieu dans l'église du couvent des Cordeliers de Bourg, le 13 août 1408. On peut donc avancer sans grands risques d'erreur que ces peintures ont été réalisées au milieu ou dans la seconde moitié de l'année 1408. Rappelons que la chapelle sud « fut fondée par la seconde femme de Jean de Corgenon, Jeanne de Saint-Trivier, par un acte (perdu) daté du 25 nov. 1408, l'année-même du décès de son mari. Elle y instituait un recteur chargé de dire trois messes par semaine. Cette première fondation fut complétée par une seconde, le 28 janvier 1412. Cette chapelle, plus petite que la chapelle de son défunt mari, est également voûtée sur croisée d'ogives, mais les branches retombent sur les colonnes d'angle à chapiteaux annulaires et à bases prismatiques. La clef est ornée des 12 flammes symbolisant le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte (début 15e siècle) ». Ce sont ces dernières fresques qui ont été le plus endommagées par l'incendie de 2006 qui est lui-même à l'origine de la restauration des enduits de la nef et de la présente découverte. Les décors retrouvés dans la nef sont des peintures « a secco » et non des fresques ; mais rien n'indique qu'elles ne sont pas du même peintre ou du même atelier. C'est en tout cas l'uvre d'un artiste maîtrisant bien son art, mais qui a dû travailler dans l'urgence aussitôt après la mort de Jean. L'attribution des fresques de Meillonnas à des artistes italiens est d'autant plus vraisemblable que des peintres originaires d'Italie se rencontrent dans les documents de l'époque. On cite Giorgio de Aquila, peintre florentin, actif au château de Saint-Martin-le-Châtel, en Bresse, vers 1325, et à Ambronay, vers 1340. Gregorio Bono, d'origine vénitienne, est actif au château de Corgenon au début du XVe siècle. Il aurait été le peintre officiel de la cour d'Amédée VIII qui, le 9 octobre 1413, l'exempta de tous impôts pendant 20 ans. Il n'est d'ailleurs pas sans intérêt de constater que les deux lieux où la présence de ces peintres italiens a été repérée, sont en lien étroit avec Meillonnas : Saint-Martin-le-Châtel appartint pendant un temps à Jean de Corgenon, sans doute du fait de son premier mariage avec Alix de La Baume, fille de Guillaume de La Baume, chevalier, seigneur de L'Abergement et de Foissiat. Quant au château de Corgenon, c'était le berceau de la famille ; Jean, seigneur de Meillonnas, en devint propriétaire à la mort de son cousin Jean, en 1401. Il y avait, dans la grande tour dont la construction était récente, des peintures que les gens du comte de Savoie firent effacer quand il prit possession du château en 1408. On a tout lieu de penser que ces peintures devaient représenter les seigneurs de Corgenon avec de no mbreux accompagnements héraldiques qui ne convenaient plus au nouveau propriétaire
(source P. Cattin).