Description de l'iconographie
Vanaux avec peintures au vernis Martin : 8 scènes avec personnages, scènes frivoles avec enfants, jeux, charme. Les deux scènes principales, mises en exergue sous des dais à lambrequins surmontés de mascarons et de rinceaux végétaux, évoquent de manière évidente un mariage royal, dont il y a tout lieu de penser qu'il s'agit du mariage de Louis XV et de Marie Leszczynska. Sacré le 25 octobre 1722, Louis XV sera marié trois ans plus tard à la fille de Stanislas Leszczynski, roi déchu de Pologne. Ainsi, le 2 février 1725, le peintre Pierre Gobert est envoyé à Wissembourg pour y peindre le portrait de la future reine, et le présenter ensuite au jeune roi, scène traduite sur le premier vantail. Paré de l'hermine fleurdelysée et entouré de ses attributs royaux, le trône royal et la couronne, le roi debout sur un tapis de brocart contemple le portrait de sa promise qui lui est présenté par deux angelots au-dessus d'une nuée. Sur le second vantail, est présentée, en symétrie, l'union du couple royal, surmontée d'une allégorie portant un flambeau, en référence à l'hymen. Notons que les visages des souverains ont été griffés, sûrement à la Révolution. La structure du meuble est rehaussée d'un riche répertoire dans l'esprit décoratif de cette première moitié du 18e siècle : des motifs de treillages, guirlandes de fleurs, coquilles, faisceaux de licteurs, découpent et encadrent d'aimables scènes se déroulant sur fond de frondaisons bucoliques. Ce vocabulaire est directement puisé dans les recueils de gravures publiés en nombre à cette époque, qui à la suite de Bérain, diffusent les modèles de Claude III Audran, Gillot, Watteau... Par exemple, la scène située sous le mariage royal et figurant une jeune fille debout aux côtés de deux personnages assis, s'inspire clairement du tableau de Watteau, gravé par Charles-Nicolas Cochin avant 1729 et alors accompagné d'un quatrain dont les premiers vers ont donné le titre de l'estampe : « Iris, c'est de bonne heure avoir l'air à la danse ». Les saynètes offrent une vision complète des divertissements de l'époque, à la cour et ailleurs. Les jeux d'enfants ont été identifiés comme le jeu des quatre coins et le jeu de la main chaude. Le registre inférieur montre de galantes scènes de danse. Des personnages costumés évoquent le théâtre, d'autres jouent de la musique. Ce meuble de menuiserie pourrait présenter une filiation avec les armoires produites à Uzès au même moment, le plus souvent pour des mariages. Certainement de facture locale, on lit plus largement à travers son décor éloquent l'affirmation du style marquant le début du siècle de Louis XV, encore symétrique, mais où commencent à s'épanouir les galants plaisirs et la licence dans l'ornement. (source Cécile Oulhen)