Historique
Cette tapisserie a été identifiée en croisant plusieurs sources :
- 1 : dans la liste des tapisseries et étoffes anciennes remises au musée du Louvre, datée du 21 février 1967 pour le département des Objets d'art, les éléments suivants sont indiqués : « [...] trois tapisseries Gobelins d'après les cartons de Werner Peiner [...] Objets d'art remis au Louvre le 21 février 1967 » (1).
- 2 : « Carpets and tapestries said to from Ribbentrop's Rooms at the Germain Foreigner Office - Formely stored in Schloss Julianka, near Itzehoe : [...] n° 33 Tapestry (Gobelin style of work) T. 5 x 3,65. Youth with torch in triumphal chario Sgd W. P. (Werner Peiner) 1944" et "n° 34 Tapestry see 35 [33] - 5,90 x 3,65 Girl with swastika Werner Peiner, 1944 » (2).
- 3 : Rose Valland, 30 mai 1949 « Rapport sur l'origine des tapis et tapisseries de la collection Ribbentrop actuellement en zone britannique : [...] n° 33 Tapisserie "La Fécondité, principe mâle", 5 x 3,65 exécutée à la Manufacture des Gobelins de Paris ; n° [...] Tapisserie, "La Fécondité, principe féminin" 5 x 3,65 exécutée à la Manufacture des Gobelins de Paris. L'exécution en France de ces deux dernières tapisseries m'a été confirmée par Mr Diezel. Ces deux pièces sont donc restituables à la France » (3).
- 4 « Claim » français n° 10 « Inventaire [...] Objet Nr 33 ; Description marques et numéros d'identification : (Travail style Gobelin). Tapisserie. Jeune homme avec une torche sur un char triomphal. Signé W.P. (Werner Peiner), 1944 - 5 x 2,65 [...] Objet n° 34 Tapisserie, voir n° 33 Jeune fille avec une Zwastica Werner Peiner, 1944, 5 x 3,65 m (4) ».
- 5 : Tableau récapitulatif des Restitutions faites à la France : « [...] France - Expédition d’œuvres d'art de la zone britannique en 1949 [...] N° de claim : 9197 ; Provenance : Hambourg Kunsthalle (collection Ribbentrop) ; Date d'expédition : 2.6.1949 CRA PARIS ; Nature de l'objet : Tapisserie ; Auteur : Werner Peiner ; Sujet : 1 tapisserie "Jeune homme avec torche" signée W. P. (Werner Peiner) 1944, 500 x 365 ; N° [9197] ; Provenance : [Hambourg Kunsthalle (collection Ribbentrop)] ; Date d'expédition : [20.6.49 CRA PARIS] ; Tapisserie de l'objet : Tapisserie ; Auteur : [Werner Peiner] ; Sujet : 1 Tapisserie "Jeune fille avec Svasticka" signée Werner Peiner 1944 500 x 365 France » (5).
- 6 : Lettre de Werner Peiner à Rose Valland datée du 6 mars 1949 « En réponse à votre aimable demande du 14 février 1949 [...], je m'empresse de vous faire savoir que la suite de tapisseries [...] représentant l'élément masculin et l'élément féminin, ou "L'esprit et la Fécondité", ont été tissées à la manufacture nationale des Gobelins de Paris, selon les ordres du ministère des Affaires étrangères. Ces tapisseries représentaient un quadrige et un lampadophore se détachant sur un fond bleu, l'autre une femme montée sur un char trainé par des taureaux. Vous m'en avez envoyé la photographie. J'ignorai jusqu'ici où avaient été déposées ces deux tapisseries, ou si même elles avaient été exécutées » (6).
La tapisserie « Le char des chevaux » et une seconde, « Le char des taureaux », actuellement conservée au musée du Louvre (OAR 608), font partie de la même commande dont les cartons ont été fournis par le peintre Werner Peiner, directeur de l'école d'art de Kronenburg. Elles sont commandées en 1941 à la Manufacture des Gobelins par le Ministère des Affaires étrangères du IIIe Reich par l'intermédiaire de l'ambassade d'Allemagne, et destinées à orner l'hôtel de son ministre, Joachim von Ribbentrop, à Berlin.
L'autorisation officielle de tisser est donnée à Janneau, administrateur général du Mobilier national, par arrêté du 19 août 1941. Les autorités allemandes fournissent les chaînes et les laines (achetées à Roubaix) et le fil d'or (venu d'Allemagne). Le tissage de chacune des deux pièces, devant mesurer 5,06 de long sur 3,66 de haut, est évalué à 168 532 Fr, à la charge du gouvernement allemand. « Le char de taureaux », terminé en juin, est livré le 31 juillet 1944, « le char des chevaux » ayant été livré à l'ambassade d'Allemagne le 24 mai 1944 (7).
Les tapisseries « Le char des taureaux » (OAR 608) et « Le char des chevaux » (R 1 OA) sont retrouvées avec des œuvres de la collection Ribbentrop dans le château de Julianka (près d'Itzehoe), où est établie une liste de cinquante-neuf tapis et tapisseries (2). Ces œuvres sont ensuite entreposées à la Kunsthalle de Hambourg.
La restitution des pièces d'origine française de la collection Ribbentrop fut une longue entreprise qui demanda à Rose Valland ténacité et pugnacité. Contrairement aux OAR 606 et OAR 607, également tissés aux Gobelins pendant la guerre d'après un carton de Werner Peiner mais non terminées, les deux tapisseries pour Ribbentrop avaient été envoyées en Allemagne. G. Fontaine, dans une lettre du 5 mai 1948, précise : « [Les] deux tapisseries exécutées aux Gobelins pendant la guerre d'après les cartons de Werner Peiner s'intitulent : "Le char des taureaux" et "Le char des chevaux". Ces pièces ont été payées et je ne sais pas jusqu'à quel point nous pouvons les revendiquer » (8).
Les deux tapisseries sont restituées le 15 juin 1949, directement par les autorités anglaises de la région de Hambourg et Schleswig-Holstein, au Mobilier national. Mais, comme le faisait remarquer Albert S. Henraux dans une lettre du 26 août 1949, les deux tapisseries ne peuvent être inscrites à l'inventaire du Mobilier national, car elles n'y ont été déposées qu'à titre de dépôt provisoire. Lors de la séance de la deuxième commission de choix des œuvres de la récupération artistique, le 17 novembre 1949, il est décidé que ces deux tapisseries seraient remises au musée national d'Art moderne. Cependant, comme elles n'ont pu être examinées, cette décision n'est pas suivie d'effet.
Les deux tapisseries sont à nouveau présentées lors de la séance de la sixième commission de choix des œuvres de la récupération artistique, le 29 mai 1951, avec les futurs OAR 606 et OAR 607 inachevés (9). Il est décidé d'attribuer la tapisserie « Le char des chevaux » au musée national d'Art moderne et d'envoyer les trois autres tapisseries aux Domaines par l'intermédiaire de l'OBIP. Cette décision ne sera jamais suivie d'effet, sans doute selon le souhait du Mobilier national qui avait exprimé à ce sujet des réserves, par l'intermédiaire de son administrateur général G. Fontaine, le 5 mai 1948 : « Je ne vous cacherais pas qu'il m'ennuie un peu de penser que ces tapisseries qui portent la marque des Gobelins puissent rester en circulation dans le monde. Elles ne me paraissent pas très caractéristiques de notre art, d'une part, et d'autre part, elles évoquent un moment fâcheux de l'histoire de notre Manufacture nationale » (8).
La tapisserie « Le char des chevaux » est attribuée au musée national d'Art moderne le 13 août 1951 (10).