Couverts ou découverts du jardin de l'édifice
Corroyer ne se contente pas de fournir un projet pour le bâtiment. Il l’insère dans un parc (dessin du 15
décembre 1868) dont la réalisation sera confiée à Derussy. Un pavillon de conciergerie et un portail
monumental (selon un dessin de Corroyer) accueillent le visiteur qui débouche, depuis Bourg, par
l’allée plantée d’arbres. Le château, dominant le parc et la partie agricole, est situé sur une terrasse
d’où partent quatre allées redivisées ensuite, formant comme des pétales autour du château. Outre les
arbres d’essences variées, le parc est orné de deux pièces d’eau alimentées par une source. La première
pièce d’eau accueille une rocaille ; la seconde abrite une petite « île », accessible au moyen d’une
passerelle métallique. Il faut noter enfin la présence, en contrebas du parc d’un bief alimenté par les
eaux de la Reyssouze, muni d’un système hydraulique ancien (système d’empellement permettant de
réguler le passage de l’eau dans le bief).
Commentaire descriptif de l'édifice
Le domaine tel qu’il est proposé à la protection est composé de deux parties bien distinctes, reliées
entre elles par le tracé paysager du parc :
D’un côté, la ferme et les installations hortico-agricoles, partie la plus ancienne
du domaine. L’accès depuis le chemin communal se fait par le portail dit « chinois », déjà matérialisé sur le plan de 1811. Dans l’axe, se trouve la « maison carrée », datable de la fin du XVIIIe siècle. Son élévation irrégulière ainsi que la façade aveugle, tout comme des anomalies dans la charpente, indiquent que l’édifice a probablement
été remanié à une date inconnue, sans doute avant 1811, date à laquelle la grange accolée, présente sur le plan de 1795, a disparu. De part et d’autre ainsi qu’à l’arrière, se trouvent les communs : à droite, un mur couvert permettant le dépôt de machines (à l’arrière) et accueillant des vignes en espalier sur le jardin central. Lui faisant face, les écuries, probablement élevées, comme l’orangerie, au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Il s’agit d’un bâtiment
quadrangulaire en moellon enduit et couverture de tuile, dont l’élévation a été repercée plusieurs fois. Il accueille néanmoins une sellerie et une écurie dont le mobilier pourrait dater de la période d’origine (Loubat de Bohan s’intéressait aux chevaux). Deux portes piétonnes disposées symétriquement, présentent une alternance de pierres calcaire et de brique et
prévoient, pour l’éclairage intérieur, une imposte cintrée et vitrée. Celle conduisant à l’écuriee st surmontée d’un buste de cheval en fonte. A l’extrême opposé, un lavoir est construit à
l’endroit de la « fontaine jaillissante » mentionnée sur le plan de 1795.
A l’arrière de la « maison carrée », bâtie contre le mur des communs qui donnent sur la basse-cour, se trouve l’orangerie, construite en 1803 (datation par source) de style néo-classique. Sa construction largement débordante en hauteur est monumentalisée par le vocabulaire de
l’architecture utilisé : trois arcs en plein cintre portant sur des piliers d’un ordre rappelant le dorique, supportent un fronton droit sur le tympan duquel on devine encore les initiales LB
(Loubat de Bohan). L’orangerie sert
toujours à abriter des orangers et citronniers durant la période hivernale.
Enfin, la maison des gardiens, une serre datable du XIXe siècle, et la « poterie » qui, curieusement abrite une niche. Les murs présentent encore des traces d’enduit peint monochrome. La présence de cette niche laisse dire à certains qu’il aurait pu s’agir d’une chapelle. Rien ne confirme cependant cette hypothèse. Ces bâtiments sont tous construits selon la tradition locale en moellons, silex et terre, l’ensemble étant enduit. Ils sont couverts
de vignes en espalier.
Le gros œuvre est composé, pour le soubassement, de pierres de taille de Montmerle et de moellons
tandis que le rez-de-chaussée surélevé et l’étage font alterner pierre blanche de Saint-Paul-Trois-
Châteaux et brique (ou enduit couleur brique). L’ensemble renvoie clairement à l’architecture de la
première moitié du XVIIe siècle français, voire à celle de la fin du XVIe siècle (notamment par la
présence volontaire de cet ordre bagué, référence à l’ordre français rêvé par Philibert Delorme). Qualifié par Viollet-le-Duc dans ses Habitations modernes (1875) de « maison de campagne » ou
« d’habitation des champs », l’édifice est conçu par Corroyer selon un parti de plan qui ne présente
aucune complexité : un simple rectangle flanqué de part et d’autres de tourelles abritant pour l’une, un
escalier de service. L’élévation traduit la rigueur du plan : cinq travées en façades ordonnancées par
des pilastres, soulignées par les ouvertures et les jeux de volumes de la toiture. A l’intérieur, la
distribution se fait de part et d’autre d’un couloir central accessible par l’entrée au centre du bâtiment
qui dessert aussi l’escalier monumental conduisant à l’étage.
Sources :
-Marie GLOC, Construire, restaurer, écrire. L’architecture dans tous ses états. Edouard-Jules Corroyer (1835-1904), architecte. Thèse de doctorat sous la direction de JM LEniaud, Paris, EPHE,
2003, 3 vol.
-Alain GROS, « L’hôtel de Bohan et François-Philibert Loubat, baron de Bohan (1751-1804) »,
Bulletin des sociétés savantes de l’Ain, 1976, n° 2, p. 3-34.
-Frédérique TEZENAS DU MONTCEL, étude historique et paysagère du domaine de Fleyriat,, 2010,
113 p.