Description historique
Vaneybergen ou Vaneybergue, possède à la montagne Bellevue 350 pas de large avec une case, une sucrerie, un moulin et une vinaigrerie ; il pourrait s'agir de l'habitation Bologne. Devenue veuve Catherine Vaneybergen épouse en 3e noce Pierre Bologne ou Boulogne, amenant probablement la propriété en dot. Ces familles, les Bologne, les Class ou les Vaneybergen appartiennent au groupe des Hollandais protestants chassés du Brésil par les Portugais, accueillis par Charles Houël en 1654. La propriété reste au sein de la famille Bologne jusqu'en 1764. Joseph Samuel de Bologne la vend à Jean-Baptiste Dupuy-Desillets qui possède déjà toutes les sucreries de la montagne Bellevue : Beauvallon, Thillac (l'actuel hôpital Saint-Hyacinthe) et Bélost. En 1784, sa veuve passe un bail à ferme de 7 ans à Jacob Lesueur qui en est déjà le géreur, puis la vend en 1787 à Gabreil Elein Lesueur. Elle se compose alors d'environ 110 carrés dont 60 c peuvent être plantés en cannes et en manioc, le reste en jardins à nègres et en savanes. La propriété est exploitée par 68 esclaves. Les bâtiments de l'habitation, construits légèrement en dessous de l'usine actuelle, regroupent à côté de la maison de maître, les équipements industriels traditionnels : un moulin à eau pour broyer la canne, une sucrerie (16, 5 m sur 10) avec un équipage de 4 chaudières, une étuve ronde et une purgerie (14, 5 m sur 7, 26). Un aqueduc, construit par Jacob Lesueur en 1785 (date et nom portés) amène l'eau de la rivière des Pères à la propriété. La maison principale à un étage et en maçonnerie n'est pas en bon état ; sa façade nord est bordée par une terrasse. Elle est entourée d'un parc à moutons, d'une cuisine, d'un petit colombier et d'un cachot pour emprisonner les esclaves. Alors que pendant la période révolutionnaire, de nombreux propriétaires fuient la Guadeloupe, Gabriel Lesueur continue de diriger son exploitation et l'agrandit même. C'est toutefois une habitation largement endettée que Nicolas Lesueur, le plus jeune des 3 fils de Gabriel, rachète à ses frères en l'an XII. Dans le bail à ferme de 1807, la culture de la canne, env. 11 carrés, vient après le coton, 14, 5 carrés. Les héritiers Lesueur entament une politique d'acquisitions, poursuivie par un gendre Gaétan Valeau junior. La famille Valeau possède alors une maison de commerce à Basse-Terre et la sucrerie ne constitue qu'une des branches de leur activité. Le cyclone de 1825, très violent en Basse-Terre, a dû causer des dégâts mais on ignore leur nature. En 1830, Jean Antoine Amé-Noël, homme de couleur libre, achète la propriété : 120 carrés et 90 esclaves. Propriétaire de caféières à Bouillante, pêcheur à la senne, s'étant vraisemblablement enrichi en pratiquant la course pendant la période révolutionnaire, il est le premier homme de couleur a possédé une habitation-sucrerie de cette importance. Jean Antoine Amé-Noël et François Joseph Amé-Noël, son héritier et neveu, agrandissent eux-aussi la propriété qui atteint en 1850 139 ha. En 1848, après l'abolition de l'esclavage, pour essayer de conserver la main-d'oeuvre, Amé-Noël signe avec les 60 cultivateurs un contrat d'association qui organise le travail sur la plantation et le partage de la récolte, 2/3 pour le propriétaire et 1/3 pour les ouvriers. En 1864, François Joseph Amé-Noël et son épouse souscrivent un emprunt au Crédit Foncier Colonial pour moderniser l'exploitation. Le 5 avril 1873, ils vendent 4 ha à la société Le Dentu fondée par le banquier Emile Le Dentu, alors maire de Basse-Terre. Soutenu par les planteurs de la région, Le Dentu crée une usine centrale, avec l'appui de la compagnie Fives-Lille, constructeur métropolitain de matériel sucrier. Comme un grand nombre d'habitants-sucriers, le couple Amé-Noël ne réussit pas rembourser l'emprunt et leur habitation est vendue aux enchères en 1874 à Emile Le Dentu. L'usine centrale de la Basse-Terre, à la pointe du progrès, est inaugurée le 6 mars 1876. Sa capacité de bro yage est faible par rapport aux grandes usines de la Grande-Terre, pourtant elle souffre immédiatement de sous-approvisionnements en raison des difficultés de la livraison de la canne. Une petite ligne de chemin de fer est construite pour acheminer la canne jusqu'à l'usine, située à l'emplacement de l'actuelle cité Chaulet ; un système de coulisse est aussi installé passant au-dessus de la rivière des Pères pour amener les cannes produites sur la montagne Saint-Louis. Le 17 juillet 1886, la société de l'Usine de la Basse-Terre est dissoute, incapable de résister à la baisse des cours mondiaux. Les installations de l'usine sont démontées et probablement récupérées par Fives-Lille. Les terres et les bâtiments industriels de l'ancienne habitation Bologne sont rachetées par Amédée Le Mercier de Pombiray. Il les convertit en distillerie. En 1930, Louis Sargenton-Callard rachète la propriété : 136 ha de Bologne et La Coulisse sont plantés en cannes, cacaoyers, caféiers, puis en 1945, l'habitation Beauvallon. Une 2e maison est vers 1930. La roue hydraulique du moulin est remplacée par une machine à vapeur. En 1960, un bâtiment pour l'embouteillage est construit. En 1995, un nouveau système de broyage est mis en place. Des travaux de mise aux normes européennes sont en cours