Observation concernant la protection de l'édifice
Cet atelier se signale par sa très grande originalité formelle. Les ingénieurs des chantiers navals semblent avoir poursuivi, avec cette structure, deux objectifs. Le premier était de fournir aux chantiers des volumes vastes qui permettent la circulation de ponts-roulants puissants capables de déplacer de très lourds et très vastes éléments, en limitant les appuis au sol. Il a imposé la forme du large vaisseau, traditionnelle pour tout atelier de ce type. Le second objectif tient incontestablement aux problèmes posés par l'éclairage. La structure étant entièrement appuyée sur les piliers, les murs auraient très bien pu être percés de larges baies, ce qui aurait permis un éclairage très abondant. L'originalité vient donc bien de cette volonté de murer les élévations dans leurs parties basses, qui impose une solution inédite de shed pour faire rentrer une lumière abondante et uniforme par le toit. On ne peut comprendre un tel acharnement à réaliser une structure complexe alors que des solutions simples auraient pu s'imposer, que si on se replace dans le contexte des grands débats qui animent les constructeurs de l'industrie à la fin du 19e siècle. Ces derniers souhaitaient à la fois rendre invisible de l'extérieur ce qui se passait à l'intérieur du bâtiment et aussi, fort souvent, empêcher les ouvriers de pouvoir se distraire en regardant à l'extérieur. Il convient aussi d'insister sur le fait que dans cet atelier se construisaient des bateaux militaires, dont les secrets de fabrication devaient être bien gardés. Un troisième objectif, esthétique celui-là, vint s'ajouter aux deux premiers. Il est en effet tout à fait remarquable de constater que cette disposition hybride de sheds imbriqués dans une série de fermes triangulées n'a été adoptée que pour la partie centrale des deux larges vaisseaux, et qu'aux extrémités, juste derrière les pignons, on trouve sur quelques travées une charpente triangulée classique dont les deux versants ont une couverture pleine. A proximité immédiate de ces trois travées, la partie supérieure des murs-pignons est percée de hautes et étroites baies rectangulaires. L'éclairage est ainsi préservé, tout comme l'esthétique selon l'idée que s'en faisaient les hommes du bâtiment de l'époque, qui souhaitaient dissimuler les sheds le plus possible. Il est intéressant de constater que pour ce bâtiment se sont rencontrées deux tendances qu'on observe souvent dans la construction des bâtiments industriels au début du 20e siècle. La première multiplie les sheds sur une même poutre métallique pour réserver de grands espaces au sol sans appui et la seconde aboutit à des solutions variées pour dissimuler les sheds. L'atelier de La Seyne en est le résultat, qui peut donc à lui tout seul être lu comme un traité sur l'architecture industrielle au tournant des 19e et 20e siècles.