Description historique
Selon les historiens qui se sont intéressés à Bellevue, le site aurait été occupé depuis le Moyen Age par un château qui contrôlait le passage sur le Tarn (C. et Y. Chabot de l'Allier et A. Fournié, 2011). Le lieu est connu sous le nom de Bellevue (Bellovidere) et de Belbèze. En 1248, Béranger et Gautier de Saint-Jean échangèrent au comte de Toulouse leur château de Bellevue contre des terres situées à Montaigut (A. Masclet, p. 44). Cette transaction, qui semble s'être faite au détriment des de Saint-Jean, semble intervenir le cadre de la création de la bastide de Lisle, toute proche, dont le comte de Toulouse est le fondateur. Le château de Bellevue devait être acquis à la ville nouvelle et ne devait pas constituer une menace. Selon Anne Masclet, en 1260, "l'état des revenus deu domaine comtal donne un montant de 15 livres de redevance sur la vigne, le vivier et le jardin de Bellevue".£A partir de 1636, le château est en possession de Pierre Desplats, seigneur et baron de Gragnague, conseiller puis président du Parlement de Toulouse (H. Arvengas, 1939, p. 10). "Il versait chaque année 20 livres d'albergue pour le château et 6 livres pour le moulin sur le Tarn" selon Hubert Arvengas. Le château passe ensuite par le mariage de la fille de Pierre Desplats à la famille du Puget de Gau, également famille toulousaine de magistrats. Le château reste dans cette famille jusqu'en 1808. A cette date, il est vendu par Charles Pie du Puget (1767-1834), chevalier de Malte et chef de bataillon, à Charles Louis Maxime de Chastenet de Puységur, originaire de Rabastens (Tarn) pour le prix de 75000 francs. Celui-ci, émigré en 1790, est rentré en France en 1809. Il fut successivement sous-préfet de Gaillac puis préfet des Landes et de la Dordogne. Il fut par ailleurs chevalier de Malte, de Saint-Louis et de la Légion d'honneur. Dans l'acte de vente de 1808, il est mentionné que le château est "nouvellement construit à neuf" (C. et Y. Chabot de l'Allier et A. Fournié, 2011, d'après l'acte notarial). On doit donc attribuer la reconstruction du château à Charles Pie du Puget, entre l'extrême fin du 18e siècle et le début du 19e siècle. Par ailleurs, les caractéristiques architecturales et le style des aménagements intérieurs sont propres à cette période. L'organisation des chambres avec leurs annexes (alcôve, garde-robe, petite chambre pour un domestique) renvoie à la distribution du 18 siècle. Il n'est cependant pas à exclure que la salle voûtée de l'aile sud, en partie basse du château, soit plus ancienne et qu'elle puisse subsister d'un château antérieur à celui que nous voyons aujourd'hui.£A la mort du comte de Puységur, c'est sa fille Sophie Marie princesse de Vogoridy qui en hérite. Elle fit elle-même dont du château et du domaine à la Société française de secours aux blessés militaires. Vendu ensuite aux enchères publiques en 1937, le château est racheté par Ernest Salvet de Toulouse qui exploita le domaine. Racheté en 1973 par la commune de Lisle-sur-Tarn, le château est actuellement occupé par des associations. Le mauvais état de la toiture a causé des dommages importants dans plusieurs salles au premier et au dernier étage de la partie sud du bâtiment.£La métairie située à proximité du château aurait également été construite à la fin du 19e siècle ; elle a été très transformée par des réaménagements récents.£Deux moulins à eaux faisant partie du domaine sont mentionnés dans l'acte de vente de 1808, et sur le plan cadastral des années 1830 on en repère trois. Ils ont été détruits et seuls quelques soubassements peuvent encore être observés sous la végétation.