Description historique
Selon l'hypothèse tout à fait probante de Sylvie Campech (Campech, 1988, p. 75-76), le premier lieu de culte du territoire de Labruguière se trouvait non loin du "château" de La Tour. En effet, la parcelle 262 du cadastre de 1837 conserve l'appellation Saint-Thyrs et l'auteur a repéré un linteau échancré en remploi dans le mur oriental du château de La Tour. Ne pourrait-il pas être le linteau d'une chapelle préromane ? En effet, le vocable Saint-Thyrs, peu fréquent, est un vocable ancien, d'un martyr du 2e siècle. Ce diacre grec, en compagnie du prêtre Andoche, est venu évangéliser en Gaule. La tradition situe le lieu de leur martyr à Saulieu, en Bourgogne. Le premier lieu de culte aurait été déplacé et une église aurait été construite contre la clôture du château, peut-être dès le 12e siècle au vu d'une pierre sculptée représentant un Christ bénissant, de facture romane, en remploi dans la tour du clocher gothique. L'église a selon toute vraisemblance été reconstruite dans la première moitié du 14e siècle. La plaque obituaire du maître d'oeuvre du clocher est encore en place au niveau du rez-de-chaussée de l'élévation occidentale de ce dernier. Malgré quelques interrogations, le texte de la plaque obituaire a été retranscrit : "ANNO DOMINI MILL(ESIM)O : CCC : XDII (ou XIIII) IO/A COMMENSET : AQUEST : CLOQUIER /ANNO DOMINI MILL(ESIM)O : CCC : XX : II ELLI/V : NONAS : JULII : OBIIT : MAGISTER : DELA (DETA ?)/ LAURA : CUJUS : ETA (ELA ?) : REQUIESCAT : IN PACE". "Année du seigneur 1314, moi j'ai commencé ce clocher. Année du seigneur 1322, cinq jours avant les nones de juillet mourut maître Deta Laura, que son âme repose en paix". Le clocher, le pourtour extérieur du chevet et l'emprise générale de la nef peuvent être attribués à l'époque gothique. L'église était à deux vaisseaux : le principal ouvrait sur le choeur à pans coupés, voûté d'ogives, le vaisseau secondaire, au sud, était établi dans l'axe de la chapelle sud, située au rez-de-chaussée du clocher. L'accès à l'escalier en vis du clocher se faisait par une porte en arc brisé ouverte dans le mur sud du choeur. Elle fut bouchée en 1786, date à laquelle les édiles décidèrent d'ouvrir la porte dans la chapelle Notre-Dame (Curvalle, p. 114). La flèche du clocher a été construite ou reconstruite au début du 15e siècle, la date de 1417 se trouvait sur la croix située au sommet ainsi que le nom de l'artisan, Jean Combret (Curvalle, p. 25). La plus ancienne cloche est celle qui se trouve à l'extérieur de la tour du clocher, elle porte la date de 1599. Au début du 17e siècle, sous l'impulsion de Marie-Louise de Voisins et de son mari Antoine de Cardaillac, l'agrandissement de l'église Saint-Thyrs est entrepris. La date de 1613 correspondant à cette campagne de reconstruction relevée par A. Combes au 19e siècle (Combes, p. 43) était gravée sur un des piliers ou des arcs de la nef. Selon le même auteur, les travaux s'interrompirent et ne reprirent qu'en 1629. L'église a du être inaugurée en 1630, une des plus anciennes de ses cloches était datée de 1637 (Combes, p. 44). Pourtant, en 1631, le couvert menaçait de s'effondrer. En 1687, l'évêque de Lavaur fait rehausser le pavé du choeur. En 1808, la flèche est consolidée. En 1830, l'entrée sud de l'église est refaite avec l'introduction d'un nouveau porche. En 1833, une nouvelle chapelle nord est construite. En 1846, à la suite de l'achat d'une maison située contre l'élévation occidentale de l'église, un nouveau corps de bâtiment sur trois niveaux abritant orgues et tribune est édifié. Un programme d'établissement de voûtes d'arêtes en plâtre est entrepris sur la nef et le choeur (A.D. Tarn, 2 O 120/3). La charpente a alors subi des remaniements et probablement des changements de pannes et de chevrons. Les travaux se clôturèrent par un monumental programme peint en trompe-l'oeil, alliant motifs ornementaux, architecturaux et de sujets religieux, réalisé par le peintre Morelli en 1848 tant sur les murs que sur les voûtes. Le clocher et le choeur ont été inscrits sur la liste supplémentaire des Monuments Historiques le 18 juin 1927. En 1956, après avoir reçu la foudre, le clocher fut endommagé ainsi que la toiture de la deuxième chapelle latérale sud. Les travaux de restauration furent entrepris peu de temps après. Dans le cadre d'une campagne de dendrochronologie menée en 2008, des prélèvements ont été effectués dans les bois du beffroi, de la charpente du choeur et de la nef mais ils n'ont pas donné de résultats concluants (Perrault, 2009).