Description historique
La première mention du château, propriété d'Eustache de Picquigny, seigneur vidame d'Amiens et avoué de l'abbaye de Corbie, remonte à 1066. Les plus anciens vestiges, que sont les tours d'entrée, la barbacane, la porte du Gard et la tour est, ne datent cependant que de la première moitié du 14e siècle, peut-être sous Renaud de Picquigny ou de sa fille Marguerite qui, à sa mort, laisse la seigneurie à sa cousine, également prénommée Marguerite. Par le mariage de cette dernière avec Robert III d'Ailly-le-Haut-Clocher, le château passe entre les mains de la famille d'Ailly. En 1470, le château est incendié par les Français, s'enfuyant devant les troupes de Charles le Téméraire qui quelques jours plus tard achèveront sa ruine. La courtine sud est reconstruite après 1475. Au 16e siècle, les travaux continuent et donnent au château médiéval une allure plus résidentielle avec un système défensif remodelé. Dans le second quart du 16e siècle, Antoine d'Ailly augmente la superficie du château dont il fait remparer les terres-pleins et adosse contre l'épaisse courtine sud du grand bâtiment, un corps de logis, cantonné à l'est d'un pavillon, dit Pavillon Renaissance, portant autrefois la date de 1539. Il répare aussi certainement la Porte de Gard qui porte ses armoiries. La seconde campagne de construction complétera la précédente, par le réaménagement de la porte d'entrée au sud et des tours et par la construction au nord du pavillon Sévigné. Témoin du travail mené par Philibert-Emmanuel d'Ailly, seigneur de Picquigny, la façade de la cuisine porte sur l'un de ses pilastres la date de 1575 ainsi que les initiales entrelacées P.E.F.D.W. (Philibert-Emmanuel [d'Ailly] et Françoise de Warty, sa mère) , et la voûte de cette cuisine porte dans un cartouche la date de 1583 (seul le dernier chiffre est encore visible). Passé en 1620 à Honoré d'Albert, duc de Chevreuses et de Chaulne, le château est successivement vendu le 27 avril 1774 à Pierre Bryet pour la somme de 1.500.500 livres, à Liefman Calmer le 24 avril 1779, puis à Charles-Philippe, comte d'Artois, avant d'être finalement vendu comme bien national le 29 nivôse de l'an III. Ruiné et abandonné, le château est classé le 11 septembre 1906. La dernière propriétaire, la comtesse Aymar de la Rochefoucault, lègue les ruines du château le 12 août 1912 à la Société des Antiquaires de Picardie.