Description historique
En 1899, les établissements Schneider implantés au Havre depuis 1897 -après rachat des ateliers d'artillerie navale et du polygone de tir du Hoc fondés par les Forges et Chantiers de la Méditerranée en 1884 et en 1887- décident de créer un second polygone de tir à longue portée, au sud du canal de Tancarville, sur les marais gagnés sur l'estuaire pour tester et expérimenter les canons montés sur châssis automobiles fabriqués dans les ateliers Mazeline. Ce polygone de 17 km de long et 4 km de large constitue le plus vaste de France. Y sont érigées deux batteries de 3 lignes de tir avec des abris d'observation desservis par une locomotive électrique Decauville et reliés par téléphone.En 1905, Schneider décide de compléter ses ateliers du Havre par la création d’une usine spécialisée dans l'artillerie de campagne et de défense côtière, matériel jusqu'alors produit dans son établissement du Creusot. La nouvelle usine est édifiée au nord du second polygone de tir, près du canal de Tancarville, sur la commune de Gonfreville-l'Orcher.La première tranche, lancée en 1905, comprend 43 325 m2 d'ateliers reliés entre eux par deux kilomètres de voies ferrées desservies par 6 locomotives, elles-mêmes raccordées à la ligne Paris-Le Havre et au port du Havre. Outre les bâtiments d'administration, l'usine comprend des ateliers d'usinage et de montage, des forges, des magasins et entrepôts, des dépôts de matières premières et dispose pour la fabrication des fusées, torpilles sous-marines, munitions, châssis et moteurs d'automobiles, de 941 machines-outils électriques alimentés alimentées par la Société Havraise d'Energie Electrique. Dès 1906, la production journalière dépasse les 1000 fusées. L’usine emploie alors 600 ouvriers, recrutés localement ou venus du Creusot. La plupart sont logés dans la cité Mayville construite à partir de 1906 sur la rive nord du Canal de Tancarville, face à l'usine. En 1909 et 1913, l'usine se dote de laboratoires de recherche pour les essais physiques et chimiques poudres et explosifs, et en 1916 d'un centre de radiométallographie.La Grande Guerre entraîne un développement considérable de l'usine. Les extensions opérées jusqu'en 1918 entraînent le doublement des ateliers dont la superficie passe à 93 656 m2 et de l'outil de production avec la mise en service de 1000 machines supplémentaires alimentées par 616 moteurs électriques pour produire des mortiers, canons, munitions, schrapnells, obus et moteurs d'avion. Le réseau ferré interne est également développé et compte alors de 10 km de voies. L'usine atteint alors son effectif record de 11 800 ouvriers, grâce notamment au recrutement de 6 000 femmes (qui participeront activement au mouvement de grève de 1917 pour la hausse des salaires), de travailleurs venus des colonies et de soldats réquisitionnés.A l'issue de la guerre, l'usine se spécialise dans la construction de moteurs à essence pour tracteurs et de moteurs d'avions puis à partir de 1920 dans la réparation des locomotives. Nationalisée le 26 juin 1937, l'usine devient, sous le nom d'Atelier de Construction du Havre, un arsenal relevant de la Direction des Etudes et Fabrications d’Armement du ministère des Armées et poursuit son activité dans l'usinage de berceaux de canon, de système de tension et de tourelles de chars, dans la production de mortiers et dans la rénovation des véhicules de troupe.Durant la Seconde Guerre mondiale, l'usine est occupée par l'armée allemande et une partie de son matériel est démonté et envoyé en Allemagne. Détruite par les bombardements de septembre 1944, elle est entièrement reconstruite de 1955 à 1957, sur le même plan, au sud du bâtiment administratif seul rescapé de la guerre (mais détruit avant 1966).La concentration des établissements militaires d'armements terrestres décidée par l'Etat dans les années 1950 entraîne la reconversion de l'Atelier de Construction du Havre et sa reprise, le 1er décembre 1963, par la Société Nationale d'Etudes et de Construction de Moteurs d'Avions (SNECMA) spécialisée dans l'aéronautique militaire. De 1966 jusqu'au milieu des années 1970, l'établissement est affecté la construction de machines-outils. A la SNECMA succède la Compagnie Normande de Mécanique de Précision (CNMP) mais l’usine garde un effectif constant de 800 personnes.En décembre 1977, la fusion de la CNMP et de la société Hispano-Suiza entraine une réorientation de l'activité vers l'aéronautique civile (moteurs d'avions, turbocompresseurs inverseurs de poussée). 20 000 m2 de surface d’atelier supplémentaire sont édifiés entre 1977 et 1981.L'établissement est filialisé en 1997, devient Hispano-Suiza Aérostructures, et se spécialise dans la construction des moteurs d'avions. Divers regroupements entraînent la création en 2000 de la société Hurel-Hispano, avec trois sites dont Hurel-Hispano Le Havre. 1150 personnes y sont employées en 2006. Toutes les activités sont reprises en 2016 par la société Safran-Nacelles (ex Aircelle contraction d'Airbus et Nacelle, créée en 1998 pour contrer le monopole de l'américain Goodrich sur les nacelles, enveloppes protégeant les moteurs des Airbus). Les bâtiments qui se déploient sur 80 ha sont modernisés afin de produire 600 nacelles par an pour les Airbus (A318, A330, A340, A380) mais aussi pour le biréacteur Boeing 777X, le Comac chinois C919, ou l’avion d’affaires Falcon5X Dassault.