Description historique
Sous l'Ancien Régime, la montée Saint-Maurice n'est qu'une ruelle escarpée et tortueuse, montant de la rue Baudrière (fontaine Pied-Boulet) à la cathédrale. Les demeures qui l'accompagnent datent de différentes époques, entre la fin du Moyen Age et le 18e siècle. En 1791, une première proposition est suggérée pour son élargissement et sa régularisation. La partie supérieure de la montée est élargie côté nord, tandis que trois maisons sont largement reconstruites côté sud, aux angles des rues du Vollier et Donadieu-de-Puycharic, suivant les prescriptions de la municipalité (alignement, pans coupés).£Des projets plus ambitieux ont cours au milieu du 19e siècle. Le plan d'alignement de 1845 prévoit une montée plus large, surtout dans sa partie basse (encore à l'état de ruelle) par la destruction d'un îlot d'habitation. En 1851 et 1852, deux architectes, François Lecoy et Louis Duvêtre, proposent successivement un nouveau projet d'élargissement bordé de larges immeubles à façades identiques ; le second va jusqu'à dessiner une véritable composition urbaine descendant jusqu'à la Maine, avec un escalier monumental à terrasses latérales, scandées de statues qui seraient confiées au sculpteur David d'Angers.£Le service de la voirie reprend le sujet en 1897 en étudiant une percée large de 25 m, buttant néanmoins sur le populeux quartier en contrebas, sans débouché sur la rivière. En 1905, deux nouveaux projets sont lancés sous la houlette de l'ingénieur en chef de la ville F. Le Cornec : une percée jusqu'à la rivière encore plus large (40 m) , dotée d'un escalier monumental avec terrasses latérales (reprise de l'idée de 1857) devant des hôtels en série d'aspect Renaissance. Le premier projet a comme ligne de mire la statue de Beaurepaire sur le pont du Centre ; le second, beaucoup plus ample, se poursuit sur la rive droite jusqu'à l'église de la Trinité et suppose la reconstruction du pont du Centre plus en aval et la reprise radicale de la rue Beaurepaire.£Les projets municipaux de 1905 ne pouvant être facilement mis en oeuvre à brève échéance, un projet plus réaliste est établi en 1909, d'autant qu'entre-temps des démolitions pour cause d'insalubrité venaient d'intervenir en contrebas de la montée. Mais ce projet plus modeste, un escalier prolongé d'un square, ne parvient pas davantage à voir le jour. Un autre projet, dû à l'entrepreneur, Georges Yvon, se signale en 1912 par l'introduction d'une grande cascade au milieu de l'escalier monumental.£Finalement c'est un escalier provisoire qui est réalisé en 1919. Des constructions commencent à s'élever parmi les démolitions : des bains-douches (V. Schmidt, arch.) au début des années 1920 sur des plans de 1912 à l'angle de la montée et de la rue Chapellière, des maisons en 1928, 1929 et 1937 (15, montée Saint-Maurice ; 2, rue Donadieu-de-Puycharic, 1-3, rue Saint-Christophe, cette dernière étant une modernisation par l'architecte André Mornet) ; par contre, un projet de bourse du travail par l'architecte de la ville René Brot en 1914 est emporté par la guerre. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, le percement de la montée atteint enfin le quai Ligny sur une largeur de 12 à 14 m dans son extrémité basse.£En 1941, la ville, attachée au parti d'une composition urbaine monumentale, lance encore un concours d'idées relatif à la montée et à tout le quartier Ligny adjacent, dans le cadre de la loi Cornudet et du Plan d'aménagement, d'embellissement et d'extension qui en découle, entériné tardivement en 1936. Quatre projets sont présentés en 1942, dont ceux primés de J. Regnault (arch. parisien) et du duo Abadie et Delacourt (de Paris ?). Pour autant, le jury charge finalement l'architecte de la ville André Mornet de nouvelles études. Une maquette en est établie par le sculpteur Maurice Legendre, exposée à la foire exposition de 1946.£Mais les urgences de l'après-guerre ont raison de ces nouvelles ambitions. Dès lors, les degrés de 1919 devien nent définitifs et tout projet monumental est abandonné. Les démolitions d'habitat ancien se poursuivent, au profit de nouveaux bâtiments édifiés au coup par coup : une maison en haut de la montée en 1958 (Henri Enguehard, arch.) , un centre social et un programme d'habitation occupant deux immeubles dans la partie basse de la montée, avec élévation principale sur la rue Baudrière (Maurice Moca, arch., 1960 et D. Bertrand et P. Soulez-Larivière, arch. 1964).£La décision du passage d'une voie rapide le long de la Maine entraîne à la fin des années 1970 la destruction complète de tous les bas quartiers au pied du rocher de la Cité : la montée Saint-Maurice s'achève dès lors (passé les deux constructions de 1960-1964) sur une esplanade (actuelle place Jean Turc) aménagée en jardin avec un grand bassin circulaire dans l'axe de la cathédrale, inaugurée en 1986.