Commentaire descriptif de l'édifice
Plan et ordonnance intérieureLe parti général de l’église de Paimpont apparaît comme une transposition simplifiée du modèle cistercien : l’absence de clocher, la nef à vaisseau unique dont la moitié supérieure abrite le chœur conventuel, les chapelles orientées sur les bras de transept, le dépouillement ornemental sont incontestablement à mettre au compte de cette influence. Dans le mur sud de la nef, juste avant l’emplacement de l’ancienne clôture du chœur, une arcade cernée d’une moulure torique retombant sur des chapiteaux à crochets identiques à ceux du portail ouest donne le niveau du sol d’origine, sensiblement en contrebas de l’actuel. Comme l’indique une inscription latine gravée sur le jambage de droite, cet ancien enfeu seigneurial fut relevé et associé en 1375 à une fondation de messe par Jean Magne et son épouse Jehanne de Blossac, issue de la maison féodale de Lohéac, liée à la fondation du monastère. À ce niveau se voient encore dans les murs nord et sud deux crédences liturgiques correspondant aux autels adossés devant la clôture. Les fenêtres du nord, qui prenaient jour du côté du cloître, sont extrêmement simples, assez étroites et dépourvues de réseau. Celles du sud, composées de deux lancettes que surmonte un quadrilobe, font entrer largement la lumière dans la nef.D’emblée s’impose la disparité fondamentale que le chœur présente avec la nef. Seuls le transept et le chœur sont voûtés, avec des proportions peu ordinaires, la montée de voûte occupant la moitié de la hauteur totale du volume. Dans la nef, couverte d’une charpente lambrissée, des amorces de voûtes reposant sur des culots coudés sont visibles à mi-hauteur des murs gouttereaux. Cette charpente lambrissée à chevrons fermes qui se termine à l’ouest par une croupe correspond au modèle à poinçon rejoignant l’entrait, couramment employé au XVe siècle. Elle porte par trois fois les armes de l’abbé Guiho, restaurateur de l’abbaye, mort en 1452, ce qui permet d’en situer la pose au cours de la première moitié du siècle.La récente restauration a permis de redécouvrir des détails inédits qui apportent probablement l’explication de ces éléments contradictoires. Le décor de faux appareil en ocre rouge du XIIIe siècle qui ornait les murs du transept et du chœur a été retrouvé intact au-dessus des voûtes, au sommet des murs du chœur juste en-dessous de la charpente à chevrons fermes qui le couvre. Cet indice archéologique avait été interprété à tort par les historiens du XIXe siècle comme la preuve de l’existence d’un voûtement initial en pierre beaucoup plus haut que l’actuel, hypothèse qui ne résiste pas à l’analyse. Il confirme en fait que, dans un premier temps, reportant à plus tard la construction des voûtes, on a installé leurs amorces et adopté pour l’ensemble de l’édifice un couvrement provisoire en charpente lambrissée et réalisé le décor peint des murs. Dans une deuxième phase que l’on peut situer au cours du XIIIe siècle, on entreprit de voûter le sanctuaire. Dans le bras nord du transept, la voûte de pierre qui menaçait ruine a été remplacée en 1809 par une fausse voûte de bois. Plus tard dans le XIXe siècle, on a installé au-dessus de la nef de semblables fausses voûtes pour unifier l’espace intérieur de l’église.L’ensemble des fenêtres de l’église se caractérise par un net dépouillement qui transcrit de façon épurée les modèles du XIIIe siècle. La grande baie d’axe est la seule à présenter à l’intérieur comme à l’extérieur une arcature à colonnettes et chapiteaux à crochets. De façon curieuse, et comme à Saint-Mathieu-de-Fine-Terre, la naissance de l’arc est décrochée de quelque 50 cm par rapport au tailloir. La mise en œuvre de cette fenêtre dont les jambages en pierre de taille paraissent comme encastrés dans la maçonnerie de moellons a induit l’hypothèse d’un remontage complet des baies de l’église au XVe siècle. En réalité, comme souvent dans les anciennes maçonneries de moellons, les murs ne sont pas d’aplomb mais présentent un fruit très sensible. Le retrait des jambages en pierre de taille de la baie, parfaitement d’aplomb, n’est donc pas lié à une reprise postérieure mais plutôt à une technique de construction. Les autres fenêtres de l’église présentent également une mise en œuvre particulière dans laquelle l’ébrasement des piédroits s’arrête à la naissance de l’arc. Enfin, il faut remarquer la rose du bras sud, une des rares du genre conservée en haute Bretagne, qui trouve ici son explication par la présence contre ce mur-pignon, sans doute dès l’origine, d’un appentis qui pouvait initialement servir de sacristie.Ordonnance extérieureOn pénètre dans l’église par l’unique accès d’origine situé à l’ouest. Ce large portail à deux entrées géminées, qui reproduit en réduction les modèles des grands édifices du XIIIe siècle, figure parmi les rares de cette époque subsistant en Bretagne. L’absence d’ébrasements a contraint à placer les anges orants de part et d’autre de la Vierge du trumeau central dans les écoinçons du tympan. La mouluration savante des deux rouleaux d’arc qui portent encore des traces de peinture ocre, les bases en galettes et les chapiteaux à crochets d’un dessin parfait appartiennent au gothique classique le plus pur. Les deux portes à simple chanfrein sont surmontées d’arcs trilobés dont les redents sont comme pincés et terminés par des motifs feuillagés, détail ornemental qui témoigne de la grande qualité d’exécution de ce portail. L’élégance aristocratique de la Vierge représentée en marche, foulant aux pieds le démon, et dont la robe et le manteau au drapé souple, la ceinture flottante rehaussée d’orfrois accompagnent le mouvement, renvoie aux modèles de l’Île-de-France et de la Picardie. Il faut bien entendu faire abstraction des têtes qui sont des restitutions de la fin du XIXe siècle. Le reste du mur-pignon est aveugle : un changement de matériau et d’appareillage au-dessus du portail pourrait indiquer un remontage du XVe siècle. En tout état de cause, le pignon a été remplacé par une croupe lors de la réfection de la charpente de la nef sous l’abbé Guiho. Sur la droite, se voit très nettement la moitié inférieure du premier contrefort du mur sud, contre laquelle est venue se coller l’écrouette ajoutée au XVIIe siècle, indice certain que ce contrefort montait à l’origine comme son jumeau de l’ouest jusqu’au sommet du mur. Cette observation apporte sans doute l’explication de l’absence totale de contreforts sur les deux murs nord et sud de la nef, alors qu’ils sont figurés sur une vue cavalière gravée en 1645. Il est probable que, devenus inutiles depuis le renoncement aux voûtes et l’établissement au XVe siècle d’une charpente lambrissée sur la nef, ils ont été démontés lors de la construction des écrouettes afin d’en récupérer les matériaux. . Plan en croix latine à un vaisseau ; voûte d'ogives, lambris de couvrement ; toit à longs pans, noue, appentis, pignon découvert ; clocher médian, chevet plat ; portail remarquable.