Description historique
C'est un parisien d'origine anglaise, John Corneille de Moynalty, écuyer du comte de Meat, qui fait construire la villa en 1847 dans une zone encore peu aménagée de Luchon et la baptise «villa Gipsy». Cette construction nouvelle est mentionnée en 1850 sur les registres du cadastre. Une chapelle a été aménagée vers le milieu du siècle pour accueillir le culte protestant pendant la saison des eaux ; elle est mentionnée sur le plan de Castex de 1873 et est recensée parmi les services des stations dans l'Exposition universelle du protestantisme français en 1893. La villa accueille dès 1847 le casino qui fait alors défaut à la ville. Sur le plan de Luchon de 1850 (publié par P. et B. de Gorsse en 1942, p. 14) la villa est accompagnée des mentions suivantes «temple, musée, théâtre, casino, billard». Sur le plan publié par Lambron en 1860 (op.citée, p. 331) la villa «Jipsy» correspond au «grand casino». Lambron indique (op. citée p 633) que le propriétaire avait touché de la mairie une subvention de 18 000 F pour aménager le casino. Il précise les aménagements du lieu : de grands et petits salons décorés avec goût pour la lecture, la conversation, le jeu ; un billard avec estaminet ; une vaste salle avec théâtre pour spectacle, bals ou concert ; un café-restaurant pourvu de salons et de cabinets particuliers ouvrant sur une terrasse avec vue splendide sur le port de Venasque ; un vaste jardin pour la promenade et les jeux des enfants. D'après l'auteur, le succès mitigé du lieu est dû à son éloignement par rapport à l'établissement thermal et il appelle de ses voeux la création d'un nouveau casino dans son voisinage proche.La villa est alors constituée d'un corps principal longeant la rue du Piqué complétée au sud par deux ailes symétriques indépendantes encadrant le début du parc. Le dessin de ce dernier est organisé autour d'un boulingrin (ou une pièce d'eau ?) centrale. Le casino a fonctionné jusqu'au début des années 1870 car dès 1873, le plan de Castex indique à l'emplacement de la villa «ancien casino».Depuis 1850 au moins la villa logeait un musée constitué par la fusion des collections de M. Corneille et de celles, nombreuses, rassemblées par Nérée Boubée préalablement à Saint-Bertrand-de-Comminges. Nérée Boubée donne, dans la réédition en 1857 de ses Bains et Courses de Luchon, un catalogue assez détaillé de la collection qui atteignait 1 500 pièces, essentiellement d'histoire naturelle. Elle présentait en outre quelques éléments de statuaire ainsi qu'une série de costumes des principales vallées pyrénéennes réalisées par Mme et Mlle Corneille. Le musée avait également une activité de vente (directe et à distance) de produits des Pyrénées (bijoux en jais, porcelaine de Valentine et plantes marines de Biarritz, collections de roches, minéraux, fossiles, plantes, insectes, coquilles de la chaîne), de livres ainsi que de petit matériel pour herboriser ou pratiquer la géologie. Enfin, le musée proposait un service de taxidermie aux chasseurs.En 1888 (Arlet, p. 416), le toulousain Pedro Gailhard, directeur de l'opéra de Paris, acquiert la villa et fait redécorer l'escalier et le hall. Le palier est éclairé par une grande verrière dont le dessin est dû à l'atelier Gesta en 1905. Les portails de style art nouveau datent vraisemblablement de cette campagne de travaux. L'édition 1906 du guide Joanne (p. 61) indique que la villa est alors une dépendance du grand hôtel du casino. Il précise qu'elle est installée dans une grand parc ombragé et qu'elle possède le luxe moderne.