Description historique
Le couvent Saint-François d'Aregno a été fondé par les Frères Mineurs de l'Observance en 1456, comme l'indique le Père Gonzague, ministre général de l'ordre franciscain dans son ouvrage "De origine seraphicae religionis franciscane" paru en 1587. Selon le chroniqueur, deux religieux, le vénérable Frère Mariano de Muro et le Père Matteo d'Occhiatana, posèrent la première pierre de cet édifice. Représentant l'un des plus importants couvents de la province franciscaine de Corse, en charge au cours de son histoire de l'éducation des novices et de la formation des profès, ainsi que le souligne le Père Paolo Olivesi dans ses "Serafici e cronicali ragguali della Provincia Minore Osservante di Corsica" en 1671, il comptera de neuf à quatorze religieux selon les périodes. Sous la Révolution Française, les biens conventuels (couvent formé de deux corps de bâtiment, église, jardin, vigne, verger, enclos, bois
) deviennent "bien national". Mis aux enchères le 4 vendémiaire de l'an VII, ils sont acquis par les sieurs Pascal et Louis Orticoni de Monticello pour la somme de 8272,50 francs (A. D. Haute-Corse. 1 Q 144 - 4 Vendémiaire an VII). Ces derniers, mettant l'église conventuelle à la disposition de la paroisse de Corbara, délaisseront les deux ailes du couvent, qui tomberont rapidement en ruine. Au cours du deuxième quart du 19e siècle, ils céderont l'ensemble de ces biens à la commune. Ceux-ci demeureront sans affectation pendant de longues années. Sous l'épiscopat de Mgr Casanelli d'Istria, évêque de Corse de 1833 à 1869, soucieux de la restauration de la vie de l'Eglise dans son diocèse et, pour ce faire, du retour des religieux dans l'île, des contacts sont noués en 1855 avec l'ordre des Frères Prêcheurs par l'intermédiaire de l'abbé Nobili-Savelli résidant à Rome. Leur vicaire général, le Père Jandel, sensible à cette demande, missionne en Corse le Père Besson, prieur de Sainte-Sabine de Rome. Celui-ci, séduit par le site exceptionnel de l'ancien couvent Saint-François d'Aregno, recommande à la Province dominicaine de France de s'établir en ces lieux malgré le fort état de délabrement des bâtiments. Des négociations s'engagent entre son successeur le Père Thomas Bourard et la commune qui, en 1857, accepte de céder aux Frères Prêcheurs les dits bâtiments conventuels "n'offrant plus qu'un monceau de décombres" ainsi que leurs dépendances pour une somme de 4000 francs (A. D. Haute-Corse - E 144/3 - Délibération du conseil municipal en date du 31 août 1856). De 1857 à 1864, les Dominicains s'adonnent à la reconstruction du couvent avec le concours de l'architecte Bourard, frère du religieux et l'aide de trois frères convers parmi lesquels le Frère Jean Marty. Ils restaurent les deux ailes originelles qu'ils complètent par l'édification de deux nouveaux corps de bâtiment et remettent également en état l'église conventuelle. Ils occupent ces lieux jusqu'en 1905, date de la loi de séparation de l'Eglise et l'Etat et du transfert des biens à la commune. Le couvent reste inoccupé pendant quelques années, puis, de 1914 à 1918, il devient un centre d'internement pour des prisonniers austro-allemands, parmi lesquels des peintres tels Léo Wenger, Rodolphe Popper, Auguste Mulfinger ; des sculpteurs comme Edouard Paschke, Frédéric Kolbel, André Eikamm ; des dessinateurs tels Adolphe Nendl ou Paul Erhard, Otto Protzen... Certaines cellules portent encore les traces de cette présence, comme en témoignent, entre autre, les décors peints représentant les prisonniers au cours d'activités quotidiennes. Après avoir été à nouveau inoccupé pendant une dizaine d'années, le couvent est remis le 16 mars 1927 par la commune en bail emphytéotique à Pierre Lamasse, industriel à Nancy, pour une durée de 18 ans, un état des lieux devant être préalablement dressé. Ce dernier n'ayant pas été effectué, un nouveau bail est établi entre les parties le 21 novembre 1932 pour une durée de 60 ans. Le 20 avril 1961, Pierre Lama sse cède son bail au Ritiro de Corbara qui accepte tous les droits au bail restant à courir. Les religieux procéderont à une remise en état des lieux. Ils y demeureront jusqu'en 1993, date à laquelle un nouveau bail emphytéotique de 30 ans sera signé par la commune avec l'association diocésaine. Cette dernière favorisera la venue en ces lieux de la communauté des Frères de Saint Jean qui, depuis cette date, veillent à l'entretien de l'édifice. Tout au long de son histoire, le couvent compta parmi les religieux des Frères de renom tels Guillaume Savelli de Speloncato, évêque de Sagone de 1481 à 1489 ou François-Antoine Mariani de Corbara, recteur de l'Université Paoline de Corte. Il accueillit aussi des personnages illustres tels Pascal Paoli, l'écrivain Guy de Maupassant, le père Didon, philosophe, écrivain, l'un des plus grands prédicateurs à Notre-Dame de Paris ou encore le cardinal Roncalli, futur pape Jean XXIII.