Description historique
"Ce type de château à motte et basse(s)-cour(s) est vraisemblablement datable des 11e et 12e siècles. Il regroupe différentes fonctions : résidentielle (habiter noblement), militaire (contrôler un territoire), économique et politique (représenter le chef-lieu, symboliser le pouvoir du seigneur), religieuse (organiser les offices dans la chapelle), culturelle et économique (rassembler la population). La tour surmontant la motte et, le logis avec dépendances et chapelle de la basse-cour, peuvent avoir été construits à des périodes différentes ou être contemporains. La motte de Lesquélen était peut-être dotée à l'origine de deux basses-cours : la première, au sud, comprenant un logis (I ; nommé plus tard la ""Cave de Lesquélen""), des dépendances et une chapelle ; la seconde, au nord, comprenant un logis (II ; le manoir puis métairie ?) situé en lieu et place de l’actuelle ferme de Lesquélen. Dans un second temps, un nouveau manoir dit ""La Salle"" est implanté immédiatement au nord de la motte mais, en dehors du périmètre de la basse-cour (hypothèse).Le lignage de Lesquelen en Plabennec, rameau de la famille des seigneurs de Léon n’apparaît dans les sources écrites qu’au 13e siècle. Hervé, fils du Salomon de Léon (mort en 1223), est ainsi mentionné comme seigneur de Lesquélen en 1277 : il concède aux moines de l’abbaye du Relecq en Plounéour-Ménez le tiers des revenus de la seigneurie de Lesquélen. Son fils, Hervé est dit seigneur de Lesquélen (Leskelen). Les armoiries des Lesquélen figurant une demi roue au pied d’une tour, rappelle un épisode familial glorieux : assiégé par les ""Danois"" dans le bourg, dans la tour dite de Damany qui abritait les trésors de l’église paroissiale de Plabennec, le seigneur de Lesquélen aurait arrêté l’ennemi en plaçant devant la porte de la tour une roue de charrette. Pour André-Yves Bourges (voir bibliographie), la famille de Kermavan a développé une fable généalogique autour de saint Ténénan.A la fin du 13e siècle, la seigneurie de Lesquélen entre dans le lignage de la famille de Kermavan (Kerman, francisé en Carman) sans doute par mariage ce que semblent montrer les armoiries de Kermavan qui associent celles de Lesquélen (""écartelé aux 1 et 4 d'azur à la tour sommée de trois tourillons d'argent, le tout porté sur une roue de même, qui est Lesquélen ; aux 2 et 3 d'or au lion d'azur"").Si le seigneur de Kermavan établit sa résidence au manoir de Coat Seiz Ploué (futur château de Maillé en Plounévez-Lochrist), il conserve comme symbole de son statut et de son autorité, son fief patronymique, savoir le château Kermavan en Kernilis et d’anciennes résidences fortifiées comme la motte de Lesquélen ou le château de La Marche en Trézilidé. Lesquélen se compose du manoir noble, d'un moulin à eau, de métairies et de bois.En 1478 : Jean Bihan, fermier, réside dans le manoir de Lesquélen.En 1521 : le manoir de Lesquélen est affermé à Robert Philippes.En 1541, Françoise de Kermavan épouse Jean de Plusquellec, seigneur de Bruillac à Plounérin mais ce dernier prend le nom de sa femme. Maurice de Kermavan (fils des précédents) épouse Jeanne de Goulaine.La chapelle Notre-Dame de Lesquélen et son calvaire sont probablement reconstruits au milieu du 16e siècle. Maurice de Kermavan (1541-1573) et son épouse Jeanne de Goulaine (elle rédige son testament en 1593 en son château de La Forest en Languidic) pourraient ainsi en être les commanditaires (hypothèse).En 1577, Claude de Kermavan (fille des précédents) épouse François de Maillé, noble angevin. En 1584, Claude de Kermavan hérite de la seigneurie de Coat Seiz Ploué et Lesquélen revient à la famille de Maillé.En 1618, dans un aveu de la terre de Maillé cité par Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet en 1837, il est fait mention ""du manoir, du vieux château et de la chapelle de Lesquélen"". ""Le manoir consistant en maisons, chambres basses et hautes, couvertes d'ardoises, etc. ; la chapelle, nommée Notre-Dame de Lesquellen [sic], avec ses issues, franchises et appartenances et, de jouxte [à côté], une motte de terre élevée, où anciennement était construit le château de Lesquellen ; plus, joignant icelle [cette] chapelle, une maison, nommée la Cave de Lesquellen, avec ses chambres basses et hautes, cave, écurie, jardin entouré de murailles, etc., avec droit d'exemption que le seigneur de Carman [Kermavan] a des impôts et billots des vins qui se vendent en ladite maison..."".Henri de Maillé (1650-1728 ; arrière-petit-fils de Claude de Kermavan) qui habite le château homonyme connaît d’importantes difficultés financières à la fin du 17e siècle qui s’accentuent encore au 18e siècle au point que son fils Donatien (1675-1745), marquis de Maillé et baron de Lesquelen, demande en 1730 à son régisseur de vendre les bois de Lesquélen. En 1741, la seigneurie de Lesquélen compte encore douze métairies, la métairie de Lesquelen (l’ancien manoir ?), une garenne, le moulin de Lesquelen appelé ""moulin Leuhan"" et son étang de près de 48 ha (chiffre de 1831) ainsi que ""deux courtils terre chaude qui dépendait autrefois de la maison nommée la ""métairie de la cave"" près de la chapelle Notre-Dame de Lesquelen"". Le dénommé Jean Kerdraon tient le manoir de Lesquélen en fermage. La baronnie de Lesquelen est hypothéquée (avec le marquisat de Maillé et la terre de Damany) à Louis François Crozat (1691-1750), marquis de Châtel puis vendue en 1747 à Louis-Antoine-Auguste de Rohan-Chabot.En 1831, la dénommée ""Brunel, Dame Veuve, à Brest"" est propriétaire des parcelles de Lesquélen (dont la chapelle et son placître) tandis que le dénommé ""Duval, procureur du roi à Brest"" est propriétaire des parcelles de La Salle dont celles dites du Bois de Lesquelen où se trouve la motte et la basse-cour (voir en annexe l’étude des microtoponymes et le tableau récapitulatif). Motte et basse-cour sont entretenus en taillis.En 1835, Christophe-Paulin de La Poix de Fréminville dit le Chevalier de Fréminville (1787-1848) est le premier à décrire la motte appelée localement ""C'hastel-Saint-Thenenan"", le château de Saint-Thenenan (voir annexe). Il se réfère à la tradition d’un saint Ténénan du 7e siècle décrite par Albert Le Grand au 17e siècle. A sa suite, le site est notamment mentionné par Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet (1837), Flagelle (1877), Arthur de La Borderie (1885), Toscer (1906), Louis Le Guennec (1907-1910), Henri Pérrenès (1913) et l’archéologue écossais Mortimer Wheeler (1938).Le clocher de la chapelle s’écroule le 6 février 1884 suivi du calvaire en 1889.Le nom du site sur la carte archéologique – ""Castel-Sant-Tenenan"" (mentionné par Paul du Châtellier en 1907) - fait référence à saint Ténénan qui aurait vécu au temps des raids vikings et qui aurait succédé à saint Goulven comme évêque de Léon au 10e siècle. Selon la légende, le saint qui dispose d’un ""pouvoir pétrificateur"", aurait fondé la motte de Lesquélen.Des fouilles archéologiques sont menées de 1970 à 1983 sous la direction de l’abbé Joseph Irien (Job an Irien), aumônier au lycée de l’Harteloire à Brest puis d’Ann Dornier, archéologue. Une photographie aérienne verticale de 1976 montre les sondages dans le fossé de la basse-cour.Le site archéologique de Lesquélen est classé au titre des Monuments historiques en 1978."