Description historique
L'existence du moulin du Suler est attestée pour la première fois dans un « aveu » du Seigneur de Kerazan datant du 23 janvier 1609. Ce dernier y décrit les biens et terres qu'il tient d'un autre seigneur ainsi que ses obligations envers lui. Ce premier moulin sera modifié et agrandi en 1718, il fonctionnera jusqu'en 1919 environ. A quelques kilomètres du moulin du Suler se trouvait un autre moulin à marée, Le Dourdy, dont il ne reste que peu d'éléments du bâtiment originel. Ces deux moulins fonctionnaient selon un accord de marche et ce lien s'exprimait jusque dans l’appellation de ces deux bâtiments. En effet le moulin du Suler est aussi désigné par l’appellation Ar Veil Vras (soit « le grand moulin »), qui fait écho à sa taille et son importance. Le moulin du Dourdy était quant à lui appelé Veil-vihan, c'était donc « le petit moulin ». Le moulin du Suler n'est pas seulement désigné en référence à sa taille. Le terme de « suler », vient du breton et désigne « la pièce la plus élevée de la maison, le galetas ou le grenier proprement dit » (J-L. Boitthias et A. de La Vernhe), en référence à son activité de mouture du grain. Le premier meunier qui exploita le moulin entre 1718 et 1743 fut Tudy Tanniou, s'en suivit une meunière, Corentine Bernard. Puis ce fut Alain Scouarnic (à partir de 1754), René Soulleg (1760), Grégoire Palut (1778) et Charles Le Drezen (1826) qui se succédèrent. Le dernier meunier fut le père Tirilly qui y travailla entre 1900 et 1919. Entre temps le moulin fut saisi à la Révolution et vendu comme biens nationaux. Parallèlement à l'activité de meunerie le moulin compte également une « retraite » à porcs , canards, oies et poules. Fait notable, le meunier Tirilly pu aussi y exercer un droit de pèche en vidant l'étang, alors même qu'il dépendait de la famille noble De Gransègne. En effet, au cours des siècles, le droit de pêche sur les étangs du moulin n'a pas été constant. En fonction des lieux et époques ce droit revenait tantôt au propriétaire du moulin, tantôt au meunier, il se pouvait aussi que ce dernier doive reverser une partie de sa pêche au seigneur dont dépendait le moulin. Au cours du XVIIIe siècle ce droit fut complètement retiré aux meuniers et revint progressivement dans les années 1840-1860.D'après les témoignages locaux, le moulin continua de tourner pendant la 1ère Guerre mondiale puis fut abandonné et démoli petit à petit.Au XIXe siècle le site est marqué par la présence de Marie de Kestrat, alors propriétaire du domaine de Penanveur qui eut une influence conséquente en dehors de la Bretagne. En effet elle participa à la diffusion du cinéma aux Etats-Unis et au Canada. Quant au Suler, elle fit construire à proximité des villas pour de riches touristes pour qui elle organisait tout un programme d'activités autour de la plaisance et de la découverte de la région. Le domaine du Suler une expérience pionnière des premiers « village de vacances » et attira par la même occasion de nombreux peintres et écrivains comme Maxime Mauffra, André Suarès ou encore André Chevrillon.