Description historique
Originaires de Normandie, Bernard et ses compagnons, en quête d'un ermitage, arrivent dans le Perche au début du 12e siècle et décident de trouver Rotrou III, comte du Perche, afin d'obtenir des terres pour leur installation. Le comte répond favorablement à leur demande et cède à Bernard, par acte perpétuel, son domaine d'Arcisses en la paroisse de Brunelles, où ses ancêtres avaient déjà érigés un oratoire et une métairie. Béatrice, la mère de Rotrou III, craignant des conflits avec les moines clunisiens de Saint-Denis de Nogent, persuade son fils de révoquer sa donation. En échange, le comte donne à Bernard une autre terre plus éloignée de Nogent, à proximité du hameau de Gardais. Il y érige le premier monastère. Cinq années plus tard, face l'obstination des moines de Saint-Denis, Bernard doit partir hors de leur juridiction. Il se voit alors proposer par le comte un nouveau terrain, au bord de la rivière de la Thironne. Une charte en date du 3 février 1113 confirme la donation et l'abbaye de Thiron, suivant la règle de saint Benoît, est fondée en 1114. A son retour des campagnes d'Espagne, Rotrou III décide de céder définitivement à Bernard la terre du Val d'Arcisses. En 1115, un prieuré placé sous le vocable de saint Vincent y est édifié. En 1225, Guillaume de Bellême, comte du Perche, érige le prieuré en abbaye sous le vocable de Notre-Dame du Val d'Arcisses. Il dote la fondation afin de permettre l'érection d'une église et de bâtiments.¶¶Petit à petit, l'abbaye d'Arcisses se développe. Au 16e siècle, elle possède de nombreuses terres environnantes ainsi que des bois, des fermes, des moulins et une forge. Cette dernière, spécialisée dans la production d'acier, est connue par un seul acte, en date du 28 août 1559. Aucune trace ne subsiste aujourd'hui.¶¶L'abbaye d'Arcisses reste une dépendance de l'ordre de Thiron jusqu'en 1632. Trois années plus tôt, en 1629, une concession est acceptée par le roi Louis XIII à Françoise de Riants. Au même moment, le Pape Urbain VIII consent "à homologuer et ordonner la communauté d'hommes en filles". C'est ainsi que, le 30 octobre 1632, les bénédictines s'y installent et Françoise de Riants prend possession de l'abbaye. Elle y accueille douze religieuses et l'abbaye devient l'abbaye royale Notre-Dame du Val d'Arcisses.¶¶Durant un siècle, elle connaît une certaine sérénité, jusqu'aux années 1726 - 1765 qui marquent le début de son déclin. L'abbaye n'arrive pas à redresser ses comptes et, de ce fait, à entretenir les bâtiments qui menacent ruine, malgré l'intégration de nouvelles moniales (nouvelles dotes) et l'aide financière de donateurs. L'abbesse Jeanne-Baptiste de Lubersac parvient tout de même à endiguer son déficit jusqu'en 1784, date à laquelle elle demande une aide financière au roi. Pierre Fortin, expert à Nogent-le-Rotrou, est alors mandaté pour faire le bilan complet de l'état des bâtiments. Fin 1785, Morin, architecte juré expert au baillage de Chartres se rend à Arcisses et dresse le plan de l'abbaye. Il propose de réaménager l'abbatiale en créant un étage dans la nef qui serait composé d'un appartement pour l'abbesse et d'un dortoir (l'ancien menaçant de s'effondrer). Le projet de verra jamais le jour car, suite à la Révolution, en 1790, les vingt-et-une religieuses sont expulsées et les bâtiments sont vendus comme biens nationaux.¶¶Le site a, par la suite, servi de carrière et les seuls vestiges encore visibles aujourd'hui sont un ensemble de corps de bâtiments alignés sont la porterie - qui conserve des vestiges du 13e siècle comme l'attestent les deux arcs brisés obstrués, et du 16e siècle (fenêtre de l'étage surmontée d'un larmier)-, le moulin situé à une centaine de mètres au nord-est ainsi que les aménagements hydrauliques (drainage de cette zone marécageuse, artificialisation de la rivière d'Arcisses, création du bief). Les bâtiments situés de part et d'autre de la porterie ont été reconstruits à la fin du 19e siècle ou au début du 20e siècle, lors de la transformation de l'édifice en ferme. De nos jours, la propriété est séparée en deux maisons.