Commentaire concernant l'attribution de l'édifice
attribution par travaux historiques ; attribution par travaux historiques ; attribution par travaux historiques
Description historique
En 1868, Achille Pouyer avocat à la cour de Rouen reçoit par héritage le moulin à blé de Lisors et fait le projet d’établir dans la même commune une ferme industrielle modèle. Dans ce but, il rachète la même année les terrains et bâtiments d'une ferme située à l’amont de son moulin, non loin de l'église au lieu-dit du Logis. Il est autorisé par l'arrêté préfectoral du 14 octobre 1868 à dériver sur les terrains dépendants de sa ferme, les eaux du Fouillebroc pour créer un canal destiné à alimenter un moteur hydraulique. Celui-ci doit servir d’abord à la construction de sa ferme puis au travail agricole. Le Fouillebroc passant en contrebas du site, une dérivation de 800 m de longueur à flanc de coteau est réalisée de façon à faire chuter l’eau dans un puits de 6,60 m de profondeur et à entraîner une turbine Fontaine provenant de l’entreprise Brault et Béthouart (anciennement Fontaine) de Chartres (28). Cette turbine conçue pour fonctionner « avec la régularité d’une horloge » sous un simple filet d’eau et à débit variable (de 25 à 75 l/s) développe une puissance de 3 à 4 CV et peut entraîner 4 arbres moteurs dont la force est transmise aux différentes machines par le biais de câbles aériens, certains mesurant plusieurs dizaines de mètres de longueur. Cette installation savante est réalisée sous la direction d’un ingénieur hydraulicien de Rouen, Vincent Slawecki. Lors des travaux de construction la turbine est utilisée dans la briqueterie et dans la scierie mises en place par Achille Pouyer. Dans la première, elle entraîne le malaxeur utilisé pour mélanger les terres argileuses (près de 700 000 briques ont été nécessaires pour la construction de l’ensemble des bâtiments) et dans la seconde, elle permet d’actionner un banc de scie mécanique. La ferme, baptisée la ferme du Logis, est édifiée en 1871-72 par d’après les plans d’un architecte de Louviers, M. Roussel et sous le contrôle de M. Badais ancien contremaître de la Compagnie des chemins de fer du Nord. Plusieurs activités mécanisées sollicitent la turbine. C’est le cas de la machine à battre provenant de l’entreprise Maupoix frères (Meuse) qui est installée dans la remise. Cette batteuse, lorsqu’elle fonctionne, utilise les 2/3 de la force de la turbine à laquelle elle est reliée par un câble de 55 m de longueur. C’est également le cas de la baratte provenant du constructeur Olivier à Isigny (14) qui équipe la crèmerie et qui est entraînée par la turbine à des vitesses variables grâce à un jeu de poulies. Il en va de même du pressoir et du hache-paille. Soucieux d’hygiène, Achile Pouyer équipe sa ferme d’un véritable réseau d’eau courante utilisant des canalisations en fonte avec des joints de caoutchouc. L’eau, prise au sortir de la turbine, est ainsi distribuée entre les différents bâtiments de la ferme : dans la vacherie, la porcherie, la bergerie où elle sert à abreuver les bêtes, dans les laiteries où elle permet le lavage des sols pavés de carreaux en terre cuite. Le caractère exemplaire de la ferme du Logis va attirer l’attention des agronomes de l’époque. En 1874, un article décrivant le site de façon très détaillée paraît dans le Journal d’Agriculture pratique. Au début des années 1890, Pierre Lejeune rachète la ferme du Logis avec son moulin, c’est-à-dire sa turbine, et en reste propriétaire jusqu’à la fin des années 1920. Aujourd’hui le site est toujours à usage de ferme mais les bâtiments ont été dénaturés et les aménagement techniques ont disparus. Le bâtiment de la turbine est en ruine et le moteur toujours en place n’est plus utilisé, ni accessible.