Description historique
Composée d’une forge et d’un haut fourneau, l’usine métallurgique est attestée dans le dernier quart du 17e siècle sur la rive gauche de la Loue. Elle produit annuellement 160 milliers de fer (environ 80 tonnes) au milieu du 18e siècle. A cause de la mauvaise qualité du minerai et de la pénurie de bois, le haut fourneau est arrêté vers 1770. A cette date, l’usine comprend une forge, une tréfilerie (tirerie) et un martinet. Elle utilise de la fonte en provenance des hauts fourneaux de Roche (IA25001659) et Fraisans (IA00125870) et traite annuellement 175 tonnes de fer, dont 125 tonnes converties en fil de fer et 25 tonnes en tôle. En 1785, l’établissement comprend "la forge, la halle de forge, trois martinets, un bâtiment contenant la roue placée au bout de l’écluse, l’ancienne fenderie (contenant deux grosses tenailles, trois lières), la grande tirerie, la tirerie du bas et la fournaise des appointeurs, un bâtiment à côté de l’écluse contenant 10 lières grosses, un bâtiment contenant quatre lières à plomb, un four à recuire les fils de fer et un magasin de bois". Une maison est construite en 1788, ainsi que l’atteste un linteau de porte frappé de ce millésime. A cette date, la production annuelle atteint 400 à 450 milliers (soit entre 200 et 225 tonnes) de fers donnant 250 à 300 milliers de fil de fer.En 1818, l’usine de Châtillon est achetée par Jules Antoine Dubost et s’oriente vers l’activité de tréfilage (fil de fer et clous). En 1826, l’usine emploie 150 ouvriers et comprend trois feux de forge et une tréfilerie (18 bobines) mises en mouvement par "une roue hydraulique d’environ 10 mètres de diamètre et ayant une force de 120 chevaux". Deux autres ateliers renferment 42 bobines "pour les manipulations du fil de fer, ainsi que 24 chaudières pour le recuire". La production annuelle atteint 1200 tonnes "de fils de fer de tous numéros et de toutes qualités". Un logement patronal est construit à l’ouest du site, achevé en 1847 d’après la matrice cadastrale. Vers 1850, l'usine emploie 118 hommes, 15 femmes et 13 enfants, et est équipée de neuf forges, quatre fours, 74 "métiers" et quatre "machines" mis en jeu par 16 moteurs hydrauliques. L’usine de Châtillon est intégrée vers 1854 dans la Société des Hauts Fourneaux, Fonderies et Forges de Franche-Comté. A cette date, la production annuelle de l’usine (incluant celle de l’unité de Buillon, située 4 km en aval sur la Loue) atteint 750 tonnes en fils de fer et clous. La consistance de ces deux sites est la suivante : sept feux d’affinerie avec fours à chaleur perdue, deux cylindres cingleurs, une machine soufflante, un four à souder, un cylindre, une tréfilerie (97 bobines), douze mécaniques à clous, moulin, scierie, tours, maréchalerie. La puissance hydraulique est estimée à 350 chevaux. En 1858, l'usine élabore les fils de fer provenant des sites de Buillon et Chenecey-Buillon (IA25001663). Employant 40 ouvriers, elle produit annuellement 360 tonnes de fil de fer et 216 tonnes de pointe.Suite à un incendie de la tréfilerie en 1876, l’usine de Châtillon cesse son activité, et les divers ateliers (martinet, clouterie, scierie) sont détruits l’année suivante. Une scierie appartenant à un dénommé Jean Royet est attestée sur l’île en 1880. La partie ouest (en équerre) du bâtiment qui abritait les logements ouvriers est détruite par un incendie à l’extrême fin du 19e siècle. Les bâtiments subsistants et bon nombre de parcelles du site sont vendus à des particuliers. La Société anonyme des Forges de Franche-Comté rachète le site vers 1920 et fait construire une centrale hydroélectrique à l’emplacement des anciens ateliers. Celle-ci est reprise par la société des Forces Motrices de la Loue, à laquelle succède la société des Forces Motrices de l’Est en 1934. Nationalisée à la Libération, la centrale hydroélectrique entre dans le giron d’EDF. Les bâtiments industriels sont détruits et les logements sont vendus à des particuliers. La centrale hydroélectrique est équipée de deux groupes turbo-alternateurs, pour une puissance installée de 500 000 kW.