Description historique
Origine des Filles de la CroixLa congrégation des Filles de la Croix prend naissance dans la petite communauté fondée à Roye (Picardie) en 1625 par le prêtre Pierre Guérin. Sous sa direction spirituelle, cette communauté de quatre maîtresses, les Filles dévotes, s'emploie à l'instruction des jeunes filles de la ville. Le siège de Roye en 1636 oblige la compagnie à déménager près de Paris (Brie-Comte Robert), accueillie par Marie L'Huillier, veuve de Monsieur de Villeneuve (maître des requêtes de l'hôtel du Roi) qui consacre sa vie à de bonnes oeuvres. A cet effet, elle entretient une correspondance nourrie avec Vincent de Paul (fondateur de la Mission), Jeanne de Chantal et François de Sales (fondateurs de la Visitation). Elle s'intéresse vivement à l'institut des Filles de la Croix et songe à transplanter cet institut à Paris. Rapidement, elle entre en désaccord avec Pierre Guérin notamment sur la question des voeux, ce denier refusant que les filles prononcent des voeux irrévocables conformément aux règlements de la communauté. L'institut se scinde alors en deux en 1644 : - la branche de Roye, refusant de faire des voeux avec Guérin pour directeur avait trois maisons (Roye, Brie-Comte Robert et l'école Saint-Servais),- la branche de Paris faisant des voeux avec Froger pour supérieur, avait la maison centrale du Séminaire de la Croix à Paris, celle de Ruel et allait bientôt se ramifier par de nombreuses fondations à Aiguillon, à Barbezieux, à Guingamp, à Limoges, à Montluçon, à Moulins, à Narbonne, à Paris, à Québec, à Rouen, à Saint-Brieuc, à Saint-Flour, à Saint-Malo, à Tréguier, etc.Conformément à leurs constitutions, les Filles de la Croix ont pour vocation d'instruire les jeunes filles en élevant chez elles des pensionnaires ou en tenant des petites écoles, d'accueillir des femmes plus âgées souhaitant vivre dans le recueillement et la méditation ou des personnes en retraite.Les Filles de la Croix à TréguierAppelées de Saint-Flour (Auvergne) par monseigneur Balthasar Grangier, évêque de Tréguier, deux premières soeurs arrivent dans la cité épiscopale le 29 mars 1667. Après sept années passées à l'hôpital général, elles acquièrent, en octobre 1674, un important terrain et deux petites maisons entre la rue Saint-André et la rue des buttes dans lesquelles elles établissent leur couvent. Elles obtiennent leurs lettres patentes en 1682 et commencent la construction du couvent l'année suivante. Dans les dernières années du 17e siècle, Hélène Vorèse, mère supérieure et fondatrice de la communauté, fait construire la maison conventuelle dont la chapelle est bénite le 3 mai 1700.Dans le courant du 18e siècle, le couvent se développe grâce aux exercices de retraites mis en place par la Mère Vorèse dont le modèle servira dans toute la Bretagne. En 1706, la communauté compte déjà 45 religieuses.A la Révolution, le couvent est vendu comme bien national, les religieuses se dispersent et la communauté est dissoute. Celle-ci se reforme en 1804 et loue une partie du couvent mais, victime de discriminations, elle périclite d'année en année et se voit obligée de quitter Tréguier en 1820 pour le couvent de Montbareil à Guingamp. Treize ans plus tard, les soeurs réussissent à racheter leur couvent, à le restaurer pour s'y installer à nouveau avant d'acquérir, en 1839, le grand enclos qui dépend de leur monastère.Avec la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'interdiction aux congrégations d'enseigner (7 juillet 1904) engendre la fermeture de l'école. Cependant, la communauté assure toujours les retraites spirituelles et l'accueil des personnes âgées. Le compromis trouvé entre Pie XI et la République, via la création des associations diocésaines (1924), permet aux soeurs de diriger à partir de 1927, l'école Notre-Dame (rue Lamennais) et d'ouvrir un internat. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands réquisitionnent les bâtiments de la ville et l'école Notre-Dame est rapatriée au couvent en 1940. Son développement nécessite la construction d'une nouvelle aile à l'est en 1962, en remplacement de l'ancien pensionnat.En 1976, la congrégation prend le nom de "Soeurs du Christ"" après sa fusion avec d'autres communautés. La maison de retraite se développe avant de fermer en 2008. En décembre 2017, le couvent est racheté par Lannion-Trégor-Communauté en vue de sa réhabilitation.Organisation spatiale d'origine du couventSur le plan cadastral de 1834, on retrouve l'organisation primitive des bâtiments conventuels et leurs dépendances, tels qu'ils sont décrits dans les inventaires révolutionnaires de la fin du 18e siècle (cf. Annexe).La porterie se trouve à l'angle nord-ouest et les parloirs situés en retour d'angle le long de la rue Saint-André ouvrent sur une petite cour nord. Celle-ci forme un espace tampon entre les parloirs et la maison conventuelle à l'époque où les soeurs étaient cloîtrées.Autour du parterre, l'ensemble comprend : - au nord, la maison conventuelle avec la chapelle d'origine (intégrée dans le bâtiment) et le réfectoire surmontés de 36 cellules réparties dans les 1er et 2e étages ; une cuisine perpendiculaire au réfectoire donnant sur la petite cour nord,- à l'ouest deux corps de bâtiment dont la jonction forme un angle rentrant sur la rue, occupés par des salles de communauté, une ""manufacture"" avec un métier à tisser, une boulangerie au rez-de-chaussée, une infirmerie, une lingerie, 28 cellules et un noviciat dans les niveaux supérieurs. Celle aile ouest est reliée à la maison conventuelle,- à l'est, le pensionnat, comprend une grande salle pour l'instruction et une buanderie au rez-de-chaussée, quatre chambres à l'étage contenant 34 lits,- au sud, des dépendances abritent une ""tisserie"" (avec deux métiers) et un hangar pour le pressoir à cidre et les combustibles, L'ensemble cerne le parterre, dit cour de Paris, dans lequel se trouve le cimetière des soeurs. Les supérieures sont, à cette époque, inhumées sous la chapelle de la maison conventuelle.La cour au sud, dite cour de Rome, est séparée du couvent proprement dit par les dépendances, elle est occupée par la maison des prêtres construite au début du 18e siècle (voir dossier correspondant). Une petite chapelle funéraire est édifiée au sud de l'enclos, contre le mur de clôture. Le cimetière des soeurs est transféré à côté. Les grandes campagnes de constructions du couventL'aile Ouest est édifiée en 1683 après que les religieuses aient obtenu leurs lettres patentes.L'aile Nord dite maison conventuelle, maison des soeurs ou grand corps de logis est le seul bâtiment conventuel d'origine encore en place, construit entre 1698 et 1700. Elle est restée dans son état initial, avant l'aménagement d'un dortoir de pensionnat dans la mansarde (1892) et la transformation de la chapelle en salle de récréation (1898) par Paul-François Courcoux, architecte de Saint-Brieuc. Son mobilier est évacué, ses boiseries remplacées et ses fenêtres agrandies en les abaissant de 1 mètre 33 mais son volume est conservé. Dans les années 1950-60, l'aile nord subit de profonds remaniements : le toit brisé à croupes est remplacé par un simple toit à longs pans ; l'escalier central reconstruit en béton ; la chapelle est divisée par un plancher, ses baies en plein cintre sont rétrécies au nord comme au sud pour permettre le percement d'une rangée de grandes fenêtres en partie basse.L'aile Est du pensionnat construite en 1730 est remplacée en 1962 par le nouveau pensionnat Notre-Dame en remployant la niche à Vierge datée.La maison des prêtres est établie dans la cour dite de Rome à la fin du 17e siècle ou au début du 18e siècle. La petite chapelle funéraire au Sud de l'enclos est édifiée dans la seconde moitié du 18e siècle. Concernant les autres parties du couvent, les religieuses engagent d'importants travaux de reconstructions dans la seconde moitié du 19e siècle qui s'échelonnent sur plusieurs campagnes, des années 1850 aux années 1890.En 1856, d'après les annales des soeurs, une jonction est établie entre la maison conventuelle et le pensionnat (aile Est). Pourtant le plan de 1862 ne restitue pas cet évolution. En 1863, une nouvelle chapelle est construite à l'emplacement de la boulangerie, dans la partie sud de l'aile Ouest car la chapelle primitive de la maison conventuelle s'avère insuffisante aux époques des retraites. C'est M. Le Goff, aumônier de la communauté, qui se charge des plans et du suivi des travaux. La troisième campagne concerne la démolition et la reconstruction de la totalité de l'aile Ouest. La chapelle de 1863, disgracieuse, trop basse et trop petite, est reconstruite entre 1876 et 1878 sur les plans de Guillaume Lageat, architecte de Lannion. Les boiseries de style néo-gothique ne sont réalisées qu'en 1890 par le sculpteur Philippe Le Mérer de Lannion.La reconstruction des parties restantes de l'aile ouest, de la porterie et de l'hôtellerie en retour d'angle sur la rue Saint-André est également réalisée entre 1876 et 1878. Ces travaux de reconstruction sont liés, d'une part au mauvais état de l'aile ouest, d'autre part au plan d'alignement imposé dans la partie nord de la rue de la Chantrerie. Le pan coupé à un carrefour, sur une des entrées principales de la ville n'est pas anodin. Sa composition classique avec pilastres, entablement, niche, fronton échancré surmonté d'une croix s'apparente à celle d'une façade de chapelle du 18e siècle. La statue de François de Sales, grand prédicateur et missionnaire dans la France du 17e siècle ainsi que les armoiries épiscopales en font un signal fort de la reconquête de l'ancienne cité épiscopale par l'Eglise en cette seconde moitié du 19e siècle.En 1894, une partie de l'enclos, au sud, est sacrifiée pour la construction de l'aumônerie. Le plan est réalisé par l'architecte Guillaume Lageat, les travaux sont dirigés par les soeurs et l'aumônier.Dans la cour sud dite de Rome, séparée du couvent proprement dit, la ""Maison Saint-Joseph"" est édifiée en 1865 (voir dossier correspondant).