Description historique
La reconstruction du château au 16e siècleAlain Mucet de la Conninais, porteur d’une brigandine et armé d’une jusarme, est mentionné dans la liste des nobles de Dinan en 1480. Il déclare la modeste somme de 20 livres de revenu. La construction du grand logis seigneurial du 16e siècle est davantage attribuable à ses descendants. Estasse Mucet se marie vers 1530 à Olivier Mélas, leur fille par mariage fait passer le château à la famille Vallée dont plusieurs membres sont conseillers à la cour puis au Parlement de Bretagne. Jacques de la Vallée, écuyer, seigneur de la Conninais, époux de Jeanne Ferron a été autorisé par lettres d’Henri IV, du mois d’août 1607, à ajouter la particule devant son patronyme.La qualité des décors de la tour d’entrée et du logis principal où se combinent références gothiques et renaissances conduit vers une datation proche du milieu du 16e siècle. Les grands travaux du 18e siècleLe logis seigneurial Françoise Geneviève de la Vallée (1717-1763) épouse le 17 janvier 1745, Louis Julien Jean du Chastel, chevalier, seigneur de la Rouaudais en Langrolay. En l’absence de source sûre, il est fort vraisemblable que les travaux de rénovation du logis leur soient attribués. Une nouvelle façade de quatre travées régulières est ainsi agencée. Le petit corps antérieur de garde-robe, dont on aperçoit les portes murées à l’ouest du logis, est supprimé et de nouvelles fenêtres à croisées de bois sont créés afin de mieux éclairer les différentes pièces qui seront également agencées. La façade est recouverte d’un enduit et les décors gênants en relief des encadrements des baies sont rabotés. L’inventaire des différentes pièces, lors de la réquisition des biens des émigrés, donne une idée de l’ameublement, très conforme à l’esprit raffiné du moment : la grande salle est lambrissée avec cheminée en marbre de gêne, deux armoires d’attache, quatre attique en peinture de différents paysages avec des bordures dorées à l’huile. Le grand salon, dans la pièce occidentale est chauffé par une cheminée, en bois passé en couleur de marbre. (Voir complément descriptif en annexe). Jardins, terrasses et méridienLa description des jardins en 1794, fait apparaitre leur bonne tenue, leur agencement en terrasses mais aussi un nombre important d’arbres fruitiers. Le petit jardin arrière, clos de murs était divisé en plusieurs quartiers plantés d’arbres de différentes espèces et de quelques jeunes pommiers. Le grand jardin occidental, où se situe le colombier (oublié sur le cadastre de 1844) est planté d’arbres fruitiers et d’arbres en espaliers de différentes espèces. Une grande allée conduisait à un espace circulaire au centre duquel était placé un méridien, sur un poteau de pierre. S’agit-il de la base située proche du colombier qui a été remontée avec un bénitier ? Cette base, comme l’indique deux documents anciens a servi de piédestal à une colonne de soutènement de la cuisineLa « gentry » des 19e et 20e siècleLa propriété de la Conninais est acquise en 1820 par John Surtess qui la transmet à sa fille Louise-Marie-Sara Surtess qui épousa en 1823 Albert Jean François Tanneguy du Chastel, officier au régiment des gardes-françaises et colonel d’infanterie. Elle se remarie en 1835 à Louis Frédéric de Quérangal de Villleguries, receveur particulier des finances à Dinan. Une fille du premier mariage Marie Françoise-Césarine du Chastel épousa à Taden en 1852, l’armateur Louis Rouxel de Villeféron. Leurs enfants vendirent la Conninais, le 28 août 1902 à Guillaume- Amédée de Gasquet James et à sa femme Elisabeth Blecker Tibits Pratt, sujets américains demeurant également à Dinard, à la Belle-Issue. Ils gardèrent le château jusqu’en 1926.Les familles anglophones vont progressivement transformer le château. Me Surtess acquiert le portail de l’hôtel du gouverneur, rue de l’horloge à Dinan pour sa chapelle fondée en 1868, elle achète également du mobilier extérieur comme un banc de pierre. La famille Gasquet-James aménage et agrandit, à grands frais, la propriété vers l’ouest. La grosse tour ronde qui fait pendant au pigeonnier et qui rappelle « la tour d’amour » est construite entre 1905 et 1910. Les communs au bas de la cour sont entièrement réaménagés à cette période : remplois de pierres anciennes, création de décor, comme la lucarne à tête de licorne … Ces différents ajouts, décors historiques hétéroclites, étaient dans l’esprit du moment et contribuaient à recréer une atmosphère historicisante, très appréciée par ces familles d’Outre-Manche et américaine.Un imaginaire troubadourUne notice, réalisée en 1929, pour la visite touristique du château est tout à fait surprenante, on y trouve un historique incertain mais une description assez précise des abords et des pièces visitables. Elle révèle des changements importants depuis l’état des lieux réalisé en 1794, pour la vente des biens nationaux provenant d’émigrés. (Voir annexes)En 1929, l’entrée, se situait plus au nord, du côté de la chapelle, « on accède à ce manoir par une avenue qui borde un étang profond », « la grille d’entrée du château est flanquée à gauche d’une antique chapelle castrale ». Les noms des différentes pièces, « salle des gardes », « salle au pilier », « la vieille bibliothèque », « la cachette », « la salle à manger », « la salle ronde », « le vieux pigeonnier », « la tour d’amour, où tour du péché » (…) évoquent un imaginaire troubadour qui est éloigné de l’inventaire fonctionnaliste des biens des émigrés.L’inventaire de 1794, note pour le rez-de-chaussée, « un grand vestibule », « un office et une boulangerie » (aile arrière), « une grande salle », « un grand salon », « un petit caveau ». Les lambris et les cheminées en marbre ou en faux marbre du 18e siècle ne sont plus toutes en place. Dans la « vieille Bibliothèque » qui correspond probablement au salon se situe « une superbe cheminée renaissance » et dans la salle à manger, une « belle cheminée à bas-relief ». Dans le petit caveau, il est fait mention du dépôt de la cloche de l’ancienne chapelle datée 1694. Dans la salle dite « au pilier » qui correspond à la cuisine, une colonne torsadée, a été mise en place par les Gasquet-James, pour soutenir le plafond. La cheminée de cette pièce semble avoir été habillée également de colonnes, comme en rend compte une gravure d’Yvan Got. Enfin une nouvelle salle ronde apparaît, vraisemblablement celle de la tour neuve vers l’ouest, lambrissée « de boiseries remarquables aux motifs très variés ».Enfin, il est dit que la « tour d’amour », située à l’entrée de la cour aurait été la résidence au 18e siècle, de l’abbé, Jean-Marie du Chastel, ami de la famille, fils de Jean-René du Chastel, seigneur de la Rouaudais et d’Anne Marie Moussey de Mauny. Confesseur de Marie Leczinska puis confident et aumônier de la reine Marie-Antoinette, il meurt en exil à Jersey, le 23 février 1799. (Voir aussi pour les périodes contemporaines le dossier banque, conservation des titres.)