Commentaire descriptif de l'édifice
Plan et ordonnance intérieureLe plan de l’édifice, à trois vaisseaux et chevet plat, inscrit dans un rectangle de 20,33 m sur 12,35 m, semble avoir connu un succès important en Trégor et Penthièvre. C’est par exemple le modèle choisi pour la chapelle de pèlerinage de Kermaria-an-Iskuit à Plouha, édifice célèbre pour sa Danse macabre, bâti par le comte Henri d’Avaugour à partir du XIIIe siècle, modifié par l’adjonction d’une chapelle seigneuriale au sud du chœur au XVe siècle. Ce parti architectural rappelle aussi les créations de l’école de Pont-Croix à la pointe occidentale du duché, comme la chapelle de Languidou. L’emplacement de la tour clocher sur la première travée du collatéral sud est peu fréquent en Bretagne avant le XVe siècle. Son association ici avec un porche qui occupe la quasi totalité de la façade occidentale rappelle les dispositions de l’église Saint-Jacques de Perros-Guirec. La première pile sud de la nef, qui supporte le clocher, beaucoup plus importante que toutes les autres, ne trouve pas son équivalent au nord et ses trois colonnes du côté de la nef ne reçoivent rien. Y aurait-il eu à l’origine un projet de tribune seigneuriale à cet endroit ? La nef de cinq travées d’élévation uniforme est un vaisseau continu jusqu’au chevet et il n’y aucune marque particulière de l’entrée du chœur. Sur ses piles retombent des arcs brisés à doubles rouleaux séparés par de larges chanfreins, qui portent résolument la marque du XIVe siècle. Leurs chapiteaux à corbeilles lisses et tailloirs dédoublés se retrouvent dans les collatéraux et le chœur de Notre-Dame de Guingamp. Les bases des piles de la nef et du portail nord présentent des galettes circulaires à gorge au-dessus d’un tambour prismatique quasi vertical avec talon à ressaut. Ce profil de base, caractéristique de la fin du XIVe siècle, s’observe par exemple dans l’église des Carmes de Pont-l’Abbé, fondée en 1383 et achevée vers 1420, et donc parfaitement contemporaine de Merléac. Le mur au-dessus et le lambris en berceau sont recouverts d’un décor peint historié. La maîtresse-vitre, dont le sommet est tangent à ce lambris, occupe toute la largeur du vaisseau central. Datée de 1402, elle est subdivisée en huit lancettes, les deux du milieu montant légèrement plus haut que les autres, et le réseau est composé d’écoinçons ajourés de trilobes et de quadrilobes, qui se retrouvent disposés en alternance pour former la rosace centrale. Ses lancettes ont des bases qui évoluent vers le modèle typique du XVe siècle, dit “ en flacon ”. Le réseau présente des formes en accolades qui appartiennent incontestablement aux prémisses du flamboyant breton et ne se retrouvent dans aucune des autres baies de l’édifice, hormis les portes de la façade ouest. Ces éléments pourraient, vers 1400, représenter parmi les premiers exemples du genre en Bretagne.Tout au long du bas-côté nord et dans le mur du chevet, appareillés en pierre de taille, les écoinçons qui séparent les fenêtres, réalisés en moellon, indiquent un projet primitif à collatéraux voûtés, devant contrebuter les murs du vaisseau central. Au contraire, le bas-côté sud est radicalement divisé en deux dans le sens de la longueur. La première moitié du mur, du sol jusqu’aux chapiteaux, est en moellons. La seconde moitié, appareillée jusqu’à la sablière en pierre de taille, ne présente aucune trace de formerets. Il est clair que dans cette partie du chantier on a renoncé aux voûtes initialement projetées. D’autre part, les assises des colonnes engagées dans les murs à la base de la tour et celles du bas-côté nord sont bien liaisonnées avec les lits de pierre du mur. Il n’en est pas de même des colonnettes qui terminent les angles du collatéral sud contre le mur du chevet, ni de celle de l’angle nord-ouest de l’édifice, qui semblent incrustées après coup.Ordonnance extérieureLa construction sur un site escarpé explique l’assise particulière de l’édifice, sur un glacis dominant au nord un ancien chemin qui reprend lui-même le tracé d’une voie antique. De ce fait, contrairement à l’usage habituel, la façade la plus ornée est ici au nord et non au midi et le porche latéral est ouvert de ce côté. Le pignon ouest est presque entièrement occupé par un haut porche peu profond en arc brisé sommé d’un glacis qui abrite deux portes géminées en arcs trilobés. Ces deux porches sont une transposition quasi littérale des porches ouverts dans les bras nord et sud de la basilique de Guingamp. Plusieurs détails attestent la filiation, comme le traitement très particulier des arcs trilobés des portes jumelées, dont la partie inférieur forme un coude adouci qui semble rentrer dans le piédroit de la porte. À l’angle intérieur du porche nord de Merléac, les retombées des voûtes sur des culots formés de plusieurs cônes renversés sont également empruntées au chantier de Guingamp. cette référence explicite à une grande église de pèlerinage tenue par la famille de Penthièvre, au parti de laquelle le vicomte de Rohan est attaché jusqu'à la fin du XIVe siècle, et peut-être aussi un acte politique.[Jean-Jacques Rioult, enquête thématique Bretagne gothique, 2020]. Toit en pavillon sur le clocher. Voûtes d'ogives sur le portail ouest et sur le portail nord.[Jean-Pierre Ducouret, inventaire topographique Uzel, 1996]