Description historique
En lan 1204, le duc de Bourgogne Eudes III dit le Vaillant fonda lhôpital du Saint-Esprit sur un terrain hors les murs, au sud-ouest de la ville, sur une île de lOuche. De ce premier établissement ne subsiste que la chapelle Sainte-Croix de Jérusalem et une croix monumentale, lune et lautre élevées dans le cimetière, la première en 1459 et la seconde en 1508. Létablissement accueillait les pauvres, malades ou valides, et les enfants abandonnés. Il hébergeait également les étrangers de passage dans la limite dun jour et une nuit. En 1504, Guillaume Sacquenier, 18e Maître et Commandeur, abbé de Saint-Pierre de Baulmes posa la première pierre dune grande salle, de type halle, destinée aux malades. Un arrêt du Parlement daté du 8 mars 1528 confia la gestion de létablissement à la Ville qui entreprit bientôt dagrandir la salle des malades, vers louest. Les travaux narrivèrent à leur terme, semble-t-il, quà la fin du 16e siècle. Lancienne salle fut réservée aux femmes malades et la nouvelle aux hommes. Les deux salles disposaient chacune de 36 lits. En 1631-1642 furent édifiés, au sud de la salle des hommes, quatre corps de logis à un étage et un étage de comble, encadrant une cour rectangulaire. Le corps de logis parallèle à la salle des hommes comprenait principalement lapothicairerie et des chambres destinées aux surs. Les trois autres corps de bâtiment abritaient dortoirs, ouvroirs, réfectoires, logements, ainsi que la salle des vieilles femmes, la chambre où se réunissaient les Intendants et la boulangerie. Le bâtiment de la cuisine sétendait entre la salle des hommes et lensemble formé par les quatre corps de logis. En 1633, Pierre Odebert, conseiller au Parlement et président aux Requêtes du Palais, et son épouse Odette Maillard, financèrent la construction dun cinquième corps de logis, parallèle à la salle des femmes, pour laccueil des orphelins. En 1640, lensemble de bâtiments édifiés au sud-ouest de lhôpital du Saint-Esprit prit le nom dhôpital Notre-Dame de la Charité. Lhôpital du Saint-Esprit périclitait et ses bâtiments se dégradaient. Finalement, en 1650, le Parlement ordonna la réunion des deux hôpitaux. En 1662, Louis XIV avait imposé la création dun hôpital général dans chaque ville et gros bourg, afin dy enfermer les mendiants : à Dijon, il fut établi dans lhôpital Notre-Dame de la Charité par un arrêt du Conseil dEtat daté du 27 mai 1669. Les deux grandes salles du 16e siècle restèrent affectées aux pauvres malades. En 1681, les Intendants résolurent de remplacer les religieuses de lOrdre du Saint-Esprit, par trop indisciplinées : ils eurent recours à la communauté créée par le chanoine dijonnais Bénigne Joly. Un marché fut conclu, le 6 avril 1697, avec larchitecte Martin de Noinville pour la démolition et reconstruction du mur-pignon de la grande salle, du côté de la ville, car il menaçait ruine : la nouvelle façade sinspirait de celle que François Mansart avait conçue, en 1632, pour la chapelle du couvent de la Visitation Sainte-Marie (Paris). Elle fut ornée dun groupe représentant la Charité quon a coutume dattribuer au sculpteur Jean Dubois, attribution qui doit être remise en question puisque cet artiste est mort en 1694. A la fin du 17e siècle, malgré la volonté des Intendants de mener à bien le projet de construction de lhôpital programmé en 1649 (cest-à-dire construire, à lemplacement du cimetière, quatre corps de bâtiment symétriques de ceux qui avaient été édifiés au sud), seul était édifié le corps de logis qui faisait face à lOuche, réservé aux femmes âgées. Larchitecte et entrepreneur dijonnais Pierre Lambert mena à bien la construction des trois autres corps de bâtiment en 1703-1708. Celui qui fermait la cour, du côté de la ville, abritait principalement linfirmerie des surs et la salle Saint-Roch, meublée de 10 lits réservés aux hommes malades. La cour était fermée au nord par un "grenier" destiné au stockage du blé, prolongé à lest par le quatrièm e corps de bâtiment, également à usage de grenier. En 1719-1721, lentrepreneur et architecte François Gauthier édifia au nord un corps de logis en L destiné aux "enfants exposés". Au cours de la troisième décennie du 18e siècle, Jean de Berbisey, premier président du Parlement de Dijon, finança plusieurs grandes campagnes de travaux : il fit construire la grande terrasse face à lOuche et partiellement reconstruire la longue élévation qui dominait la rivière afin dharmoniser lensemble (travaux conduits en 1726 par larchitecte Pierre Lambert). La façade fut ornée dun haut-relief représentant la Multiplication des Pains. En 1732, le mur-de-refend qui séparait les deux salles de malades fut supprimé et un autel fut érigé à son emplacement. Une bulle pontificale et des lettres patentes confirmatives du 14 juin 1765 mirent fin à lOrdre du Saint-Esprit. La démolition de léglise du Saint-Esprit, en 1780, et des autres bâtiments permit de disposer de terrains où larchitecte et entrepreneur Jean-Joseph Dalbert édifia des dépendances en 1782-1783. Le principal chantier de construction du 19e siècle concerna la transformation dune partie de la grande salle du 16e siècle, selon lavis des médecins. Pierre-Paul Petit, architecte du Département et des Hospices de Dijon fut chargé de mener à bien le projet (devis et plans du 8 août 1841). La salle fut divisée en deux parties. La première partie comprenait dun côté la chapelle occupant toute la hauteur de la salle, et de lautre le chur des surs et les sacristies au dessus desquels furent établis linfirmerie des surs, un oratoire et deux chambres de service. La seconde partie comprenait une salle pour les femmes fiévreuses, au dessus le dortoir des surs, le réfectoire, une chambre pour la Supérieure, une chambre de service et une salle de réunion. Il fallut exhausser la façade de Martin de Noinville de manière à dissimuler le pignon du nouveau comble. Ladjudication des travaux eut lieu le 24 avril 1842. La consécration de la chapelle eut lieu le 10 décembre 1843. A la fin du 19e siècle et au cours du 20e siècle, létablissement fit lobjet de constructions, transformations, aménagements, transferts de services, travaux de modernisation et dhumanisation. Le regroupement des activités du Centre Hospitalier Universitaire sur le site du Bocage entraîne l'abandon du site historique de l'hôpital.