Abbaye de bénédictins Saint-Sauveur, 16 place Saint-Sauveur (Redon)

Désignation

Dénomination de l'édifice

Abbaye

Genre du destinataire

De bénédictins

Vocable - pour les édifices cultuels

Saint-Sauveur

Destination actuelle de l'édifice

École ; église paroissiale

Titre courant

Abbaye de bénédictins Saint-Sauveur, 16 place Saint-Sauveur (Redon)

Localisation

Localisation

Bretagne ; Ille-et-Vilaine (35) ; Redon ; Saint-Sauveur (place) 16 ; Saint-Sauveur (place) 17, 19

Aire d'étude pour le domaine Inventaire

Ille-et-Vilaine

Canton

Redon

Adresse de l'édifice

Saint-Sauveur (place) 16 ; Saint-Sauveur (place) 17, 19

Références cadastrales

1984AM 7, 9, 19

Milieu d'implantation pour le domaine Inventaire

En ville

Historique

Siècle de la campagne principale de construction

11e siècle ; 12e siècle ; 2e moitié 13e siècle ; 14e siècle ; 2e quart 15e siècle ; 16e siècle ; 1ère moitié 17e siècle ; 4e quart 18e siècle

Siècle de campagne secondaire de consctruction

19e siècle ; 20e siècle

Description historique

Depuis sa fondation en 832 par le moine bénédictin Conwoion, sous la protection du roi Nominoé, l’abbaye de Saint-Sauveur de Redon a toujours été directement associée à l'affirmation de la souveraineté bretonne. Le site, un promontoire schisteux, domine une vaste contrée marécageuse où confluent les rivières de la Vilaine et de l’Oust. L’église primitive, ravagée par les raids normands, est reconstruite au cours de la première moitié du XIe siècle. Le nouvel édifice dont ne subsiste aujourd'hui que la nef, dénaturée et réduite depuis un incendie survenu au XVIIIe siècle, devait comporter dès l’époque romane un important chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes qui en faisait alors probablement un des plus grands sanctuaires d’Armorique. La retraite du duc Alain Fergent dans l’abbaye en 1112, puis celle de sa veuve Ermengarde, fille du comte d’Anjou, témoignent de la faveur dont jouit le monastère auprès de la dynastie bretonne. Celle-ci ne se dément pas et, vers le milieu du XIIe siècle le roi d'Angleterre, Henri II Plantagenêt, qui tient la régence du duché au nom de sa belle-fille, Constance, confirme des donations faites à l’abbaye en 1112 par le duc Conan III. C’est probablement à cette époque qu’est construite l’étonnante tour de croisée qui ne sert pas de clocher et dont l’architecture imposante, inspirée par les grands modèles du monde aquitain, apparaît comme un acte hautement politique, ainsi que l’a montré M. Déceneux dans une étude récente inédite à laquelle sont empruntés la plupart des éléments historiques qui suivent. Après un incendie survenu en 1230 qui dut causer de considérables dégâts, Henri III d’Angleterre incite les moines et les évêques à assembler des fonds pour sa restauration ; en 1248, le pape accorde des indulgences aux pèlerins pour favoriser le démarrage du chantier. Un conflit survenu entre le duc Jean Ier le Roux et les moines entraîna le départ de ces derniers en Anjou, d’où ils ne revinrent qu’en 1256. Il est probable que le chantier de construction du nouveau chœur dut débuter entre 1260 et 1270, puisque la chronique mentionne en 1276 le don d’un crucifix et de deux statues en argent de la Vierge et de saint Jean, ornements de très grand prix traditionnellement associés au maître-autel. Cette mention ne signifie pas que le nouveau chœur était achevé mais qu’il était du moins largement entamé ; les parties basses du vaisseau central et la couronne des chapelles, alors peut-être réalisées, pouvaient probablement accueillir le culte. La présence dans les verrières hautes de portraits des ducs Jean Ier et Jean II, signalée par le marquis de Molac en 1633, indique enfin que vers 1300, le gros œuvre était certainement achevé. C’est donc dans les vingt dernières années du XIIIe siècle qu’il convient de situer la reconstruction du chœur gothique de Redon. Après l’achèvement de celui-ci, on entreprend, probablement autour de 1310, la construction à l’ouest, devant l’ancienne nef romane, d’une importante façade. De l’ambitieux projet conçu, seule fut réalisée la tour nord, dont l’achèvement doit se situer avant 1341, date à laquelle débute la guerre de Succession. À partir de 1350, l’abbé Jean de Tréal fait reconstruire l’enceinte urbaine qui incorpore l’abbaye. La victoire et l’accession au trône ducal de Jean IV de Montfort, qui réside à plusieurs reprises dans l’abbaye où se trouvait un logis princier, se traduisent par l’ajout, vers 1440, d’une chapelle placée sous le vocable de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, encore appelée « chapelle au duc », contre les trois travées droites du collatéral nord du chœur. Cette chapelle fortifiée est intégrée à l’enceinte de la ville, réparée et augmentée à la même époque. En 1449, à la demande du duc François Ier, le pape Nicolas V érige l’abbaye en évêché à partir de quatorze paroisses soustraites aux évêchés de Vannes, de Rennes et de Saint-Malo, qui obtiennent six mois plus tard l’annulation de cet acte. Les bâtiments monastiques sont entièrement reconstruits entre 1640 et 1650 par les bénédictins réformés de Saint-Maur, qui font également installer dans le chœur un imposant retable, dû à l’atelier lavallois de Tugal Caris. En 1780, suite à un incendie qui ravage la nef, cette dernière, réduite de quatre travées et rabaissée, voit ses fenêtres hautes supprimées et se trouve transformée en nef obscure. L’ensemble est couvert par un toit unique et une nouvelle façade occidentale de style classique est construite, en retrait de la tour nord-ouest désormais isolée à la manière d'un campanile. À cette époque ou au début du XVIIIe siècle, le triforium est rendu aveugle au niveau de l’abside par une toiture en appentis ajoutée sur le déambulatoire et les chapelles rayonnantes, tandis qu’il reste à claire-voie dans les travées droites, protégé des eaux du toit du vaisseau central par des auvents installés entre les arcs-boutants. Ces modifications qui nuisaient à l’esthétique du chœur ont été enlevées en 1910 lors de sa restauration par Paul Gout qui lui a rendu son aspect initial.(Jean-Jacques Rioult, enquête thématique Bretagne gothique; 2010)Mention d'une première abbaye au 9e siècle, de cette époque pourrait subsister une partie du mur nord de la nef. Reconstruction de la nef au 11e siècle, restauration de l'église et construction de la tour de croisée atypique par son plan rectangulaire transversal au 12e siècle, à l'initiative de Alain IV Fergent et de l'abbé Hervé. Le choeur de la 2e moitié du 13e siècle a remplacé l'ancien choeur roman. Le clocher occidental du début du 14e siècle a été isolé de l'église après l'incendie de 1780 qui supprime cinq travées à la nef. La chapelle nord Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, sert aujourd'hui de sacristie, elle a été édifiée sous Yves Le Sénéchal, abbé de 1440 à 1463 dont les armes figurent à la voûte. La chapelle Saint-Roch située dans le transept septentrional a été reprise ou construite au 16e siècle pour l'abbé Paul-Hector Scotti afin d'y aménager son tombeau. La porte méridionale située avant la croisée du transept date de la 1ère moitié du 17e siècle et permet la communication avec le cloître et les bâtiments conventuels reconstruits sous l'initiative de Richelieu, abbé commendataire de Redon de 1622 à 1642. La façade occidentale de l'église est, quant à elle, refaite après l'incendie de 1780, de cette période date aussi le lambris de couvrement et l'obturation des baies supérieures de la nef. C'est en 1791 que l'église abbatiale devient église paroissiale. Restaurations de détails aux 19e et 20e siècles.

Description

Matériaux du gros-œuvre

Granite ; pierre de taille ; schiste ; moellon ; grès ; moellon ; enduit partiel ; pierre de taille ; moellon ; appareil mixte

Matériaux de la couverture

Ardoise

Typologie de plan

Plan en croix latine

Description de l'élévation intérieure

3 vaisseaux

Typologie du couvrement

Lambris de couvrement ; coupole à trompes ; voûte d'ogives ; voûte d'arêtes

Partie d'élévation extérieure

Élévation ordonnancée

Typologie de couverture

Toit à longs pans ; appentis ; toit conique ; flèche en maçonnerie flèche polygonale ; croupe

Commentaire descriptif de l'édifice

Plan et ordonnance intérieureLe nouveau chœur est formé de trois travées droites et d’un rond-point à cinq pans que cerne un déambulatoire. Au niveau des travées droites, ce déambulatoire ouvre sur trois chapelles de plan rectangulaire qui communiquent entre elles et, autour du rond-point, sur une couronne de cinq chapelles rayonnantes. On ne peut sur ce point se fier au plus ancien plan connu de l’abbatiale, dressé par les Mauristes en 1650, qui omet une travée et donne de la représentation des espaces une version très schématique. En réalité, les plans récents du chœur montrent que les travées droites se rétrécissent en largeur vers l’abside, indice quasi certain selon M. Déceneux d’une reconstruction sur les fondations de l’ancien chœur roman. L’ensemble frappe par son dépouillement et son unité de style. Toutes les piles, composées de quatre colonnes posées en croix, sont coiffées de chapiteaux à corbeille lisse et tailloir dédoublé, et reçoivent des arcs à deux rouleaux chanfreinés, qu’on retrouve à l’entrée des chapelles latérales. Les piles d’entrée des chapelles rayonnantes, élargies pour masquer l’épais mur de séparation, laissent apparaître le noyau central ; néanmoins, l’ouverture de l’arc restant identique, l’architecte a dû dévier le tracé du second rouleau qui sert de formeret juste avant sa retombée sur les chapiteaux. L’unité de conception de ce chœur est particulièrement remarquable. Son parti de plan tout autant que l’élévation du vaisseau central affirment clairement son ralliement à la mode française de la seconde moitié du XIIIe siècle : au-dessus des grandes arcades, le triforium à claire-voie et les larges fenêtres hautes dépourvues d’ébrasements appartiennent à l’esthétique nouvelle des vaisseaux en « cages vitrées » du gothique rayonnant. Par-delà son apparente simplicité, cette élévation ne fait que confirmer une recherche plastique et architectonique extrêmement savante. Au-dessus des grandes arcades dont les écoinçons sont laissés nus et sans aucun décor, les deux étages supérieurs contrastent par leur aspect largement ouvert. L’important triforium à claire-voie, dont l’ouverture représente en hauteur les deux tiers des fenêtres hautes et dont l’arcature de trois travées est rigoureusement alignée sur l’ouverture de ces dernières, vient presque toucher le cordon mouluré qui court à leur base et apparente l’ensemble à un véritable clerestory. Cette formule du triforium à claire-voie, apparue sur les grands chantiers d’Ile-de-France vers le milieu du XIIIe siècle, comme la nef de la basilique de Saint-Denis, édifiée par Pierre de Montreuil à partir de 1240, les chœurs de Beauvais et d’Amiens, ou encore celui de la cathédrale du Mans, entrepris vers 1250, relève d’une conception moderne liée à un mode de couvrement savant des collatéraux, soit par des toits à deux versants, soit comme le choix en a été fait ici, par des terrasses maçonnées à faible pente. Curieusement, là où les constructeurs du domaine royal relient assez rapidement les meneaux des fenêtres hautes aux colonnes du triforium tout en y conservant des arcatures en tiers-point, le maître d’œuvre de Redon innove par une forme d’arcature alignée, remontée au maximum, mais maintient une solution de continuité entre les deux niveaux par le cordon mouluré qui les sépare et surtout ne relie pas physiquement les deux claires-voies. La retombée des voûtes sur de minces colonnettes adossées arrêtées juste en-dessous du cordon inférieur sur des culots en cône allongé relève de cette épuration générale de la modénature.La différence dans le réseau des fenêtres hautes, lancettes recroisées d'inspiration normande pour les deux première travées droites, et lancettes en arc trilobés surmontées de trois trilobes tangents pour les baies suivantes, confirme ce parti pris de hiérarchisation entre la première partie du sanctuaire et l’abside qui intègre esthétiquement la dernière travée droite du chœur. M. Déceneux fait observer qu’une semblable hiérarchie dans l’emploi des baies se retrouve dans le chœur de la cathédrale du Mans, dont les chapelles rayonnantes sont éclairées par de simples lancettes, le triforium par des baies à lancettes recroisées et l’étage supérieur par des fenêtres à remplage tréflé ; on verra plus loin que ce n’est pas le seul point de comparaison possible entre les deux édifices. Ce jeu subtil entre les pleins et les vides, entre association et dissociation, unification et différenciation, ornement et dépouillement, témoigne de la science consommée du maître du chœur de Redon à manipuler les figures de style et la syntaxe de son art.L’architecture des chapelles rayonnantes renvoie dans son principe à celle du vaisseau central, dont elle offre comme une version réduite et simplifiée. Constituées d’une travée droite de plan carré et d’une courte absidiole à trois pans, ces chapelles sont en revanche couvertes d'une voûte rectangulaire peu profonde qui ne couvre qu’une moitié de la travée droite et d’une voûte à six quartiers qui englobe l’autre moitié et l’absidiole elle-même et dont la clef est ramenée vers le centre du volume. La retombée des voûtes sur une unique colonne dans la travée droite et sur un faisceau de trois colonnettes dans l’absidiole, et leur arrêt au niveau d’un cordon mouluré qui court à la base des fenêtres sur des culots en cônes renversés, reproduisent en réduction le principe de l’élévation du vaisseau central. L’aspect « creusé » de ces voûtes, dont les voûtains semblent séparés par de petits diaphragmes repercés par des évidements circulaires, est lié au couvrement particulier de ces chapelles : une terrasse en dalles de pierre plates faisant coïncider intrados et extrados. Cette disposition savante, qui assimile les nervures des voûtes des absidioles à des arcs-boutants intérieurs, est à rapprocher de celle mise en œuvre dans le chœur de Saint-Nazaire de Carcassonne, édifié entre 1269 et 1329, dont la conception fit l'admiration de Viollet-le-Duc. Dans un article récent, Y. Gallet restitue à juste titre le chœur de Redon dans le contexte général d’épuration stylistique propre à toute une mouvance du gothique rayonnant, qui apparaît dans les dernières décennies du XIIIe siècle et s’interroge sur la filiation de cette élévation et ses sources possibles. Le rapprochement fait par l’auteur avec certains édifices de la vallée de l’Oise, de la seconde moitié du XIIIe siècle, qui emploient des piles quadrilobées ainsi qu’une modénature simplifiée, propose une alternative aux origines anglaises jusqu’alors exclusivement avancées pour expliquer l’architecture du chœur de Redon. Il n’en reste pas moins que les piles quadrilobées, les chapiteaux à corbeille lisse, de même que les arcatures chanfreinées sont d’un emploi très répandu en Angleterre, alors qu’ils sont peu fréquents dans le domaine français. Quoiqu’il en soit, il n’est pas nécessaire d’aller chercher si loin des éléments de comparaison alors qu’ils existent tout près dans des édifices normands ou bretons contemporains. Les mêmes chapiteaux à corbeille lisse, que l’on rencontre au XIIIe siècle dans plusieurs édifices de Normandie comme le cloître du Mont-Saint-Michel ou la salle capitulaire de Hambye, se retrouvent également en Bretagne, dans le chœur de Guingamp, qu’il convient de dater du dernier quart du XIIIe siècle, dans celui de Saint-Melaine de Rennes, associés à des piles quadrilobées et des arcs chanfreinés, ou encore à Bon-Repos. L’emploi d’une modénature simplifiée, dépourvue de bases et de chapiteaux, que l’on rencontre par exemple sur le triforium du déambulatoire extérieur du chœur de la cathédrale de Coutances, dans le chœur de l’abbaye de Hambye ainsi que dans les nefs de Vire, de Mortain et de Lonlay, mais aussi sur les fenêtre hautes de la nef de Dol, se retrouve dans le chœur de la même cathédrale, généralisé au triforium et aux fenêtres hautes. L’association libre de trilobes et de quadrilobes non inscrits dans des arcs, également employée dans le triforium du chœur de Dol, s’observe probablement à la même époque, c’est-à-dire dans les dernières années du XIIIe siècle, dans le réseau des fenêtres hautes de Saint-Mathieu-de-Fineterre. Enfin, le dessin même du triforium de Redon, une suite d’arcs trilobés simplement chanfreinés, est comme déjà présent dans celui du chœur de Dol, associé certes à des quadrilobes, avec la même modénature épurée exempte de bases et de chapiteaux et ce tracé à suite d’arcs trilobés est d'ailleurs assez fréquent dans les garde-corps des coursières normandes, comme le montrent entre autres les exemples de Coutances, de Bayeux ou encore l’église de l’abbaye d’Ardenne près de Caen.Ordonnance extérieureLa vue du chœur depuis le nord montre que ce dernier a été construit tangent à l’enceinte urbaine, exactement à l’endroit où le rempart, parallèle à l’abbatiale, faisait un coude pour s’infléchir vers le sud et rejoindre la Vilaine. Cette position défensive importante, au point le plus haut de la ville, dominant la rivière et les marais, est représentée sur un manuscrit de 1543 dessiné en vue d’un projet d’aménagement et de canalisation de la Vilaine. La configuration particulière du site, une position défensive exposée à l’angle nord-est de l’enceinte de la ville, a sans doute entraîné le choix rare en Bretagne, hormis l’exemple du chœur de Saint-Mathieu-de-Fineterre, d’un extrados en couverture formant terrasse pour couvrir la couronne des chapelles, évitant d’offrir aux incendies des toitures en charpente.La composition pyramidale du chœur apparaît comme une réussite d’harmonie et d’équilibre. La couronne de chapelles rayonnantes tangentes les unes aux autres qui forme un socle ondulant unitaire, le triforium traité comme un bandeau continu que n’interrompt aucun redent ni ressaut, enfin les fenêtres hautes de l’abside avec leur réseau tréflé sont autant d’éléments qui rappellent, dans une version épurée, le chevet de la basilique de Saint-Denis, un des grands modèles pour les architectes de la seconde moitié du XIIIe siècle. Même s’il faut sans doute imaginer sur la couronne des chapelles un garde-corps semblable à la ligne de quadrilobes qui coiffe le vaisseau central, l’économie de la modénature et du décor sculpté, conforme à celle rencontrée à l’intérieur de l’édifice, renforce ici la clarté du discours architectural. Les culées des arcs-boutants à double volée édifiées au-dessus des piles d’entrée des chapelles rayonnantes et non, comme il est habituel, à l’aplomb du mur extérieur, de même que la saillie en angle obtus entre les chapelles de l’importante masse de mur plein qui les sépare, témoignent de la capacité de l’architecte de Redon à adapter les grands modèles. Les culées en éperon à deux ressauts, forme employée sur le côté nord du chœur de Dol, et dont le modèle vient probablement du chevet de Coutances, sont ici parfaitement adaptées à des arcs à double volée, et leur construction étagée et en retrait, palliant tout devers, témoigne d’une meilleure maîtrise dans le contrebutement. L’intrados des arcs eux-mêmes, soigneusement chanfreiné, vient descendre sous forme d’un dosseret à angles abattus au revers des culées. Au niveau des fenêtres hautes, une colonne adossée et trois colonnettes détachées sous le départ de l’arc inférieur ménagent un étroit passage pour l’entretien des vitraux. Ce principe innové sur la nef de Chartres vers 1220, repris par Pierre de Montreuil vers 1240 sur la nef de Saint-Denis, et vers le milieu du siècle au chevet de la cathédrale du Mans, de même que sur la plupart des chantiers gothiques de premier plan, montre le haut niveau de culture architecturale du maître du chœur de Redon. Dans les fenêtres hautes des travées droites enfin, les arcs supérieurs, construits avec le gros-œuvre et correspondant aux têtes des claveaux des formerets, retombent au droit des arcs-boutants, nettement en retrait de l’ouverture des fenêtres ; les arcs inférieurs sont montés avec le réseau, dans un deuxième temps, dans le prolongement des piédroits des baies, et l’espace entre les deux arcs est rempli de pierraille. Loin d’être le fruit d'une maladresse, ce détail de mise en œuvre qui éclaire le déroulement du chantier et la démarche du constructeur est totalement absent dans les travées de l’abside où l’étroitesse des trumeaux fait coïncider les deux arcs. Il est en revanche accentué dans la travée droite qui précède où l’architecte a comme on l’a vu délibérément installé une baie que son arc plus aigu et son réseau tréflé rattachent visuellement à l’abside. Alors que les travées droites du collatéral sud ont conservé leur élévation originelle, celles du collatéral nord ont été doublées vers 1440 par une chapelle venant à l’aplomb du rempart, dont l’élévation participe directement à la défense de l’enceinte. Cette chapelle dont la construction est attribuée à l’abbé Yves Le Sénéchal porte l’appellation évocatrice de « chapelle au duc » qui rappelle l’attachement constant des princes bretons pour l’abbaye et les nombreux dons faits par la dynastie de Montfort, ainsi que le projet de création d’un évêché de Redon sous le duc François Ier qui s’y fit ensevelir. Elle est éclairée à l’est par une unique baie et au nord par trois baies à trois lancettes dont le réseau à flammes et mouchettes est conforme à la date donnée par la tradition historique. Au sommet de puissants contreforts à glacis sont bandés de grands arcs mâchicoulis. Le chemin de ronde qu’ils supportent, arasé lors de la réfection tardive du toit en appentis qui couvre l’ensemble, devait rejoindre la couronne des chapelles rayonnantes en contrebas à l'est, et à l’ouest, par-delà le bras nord du transept qui a conservé sa ligne de mâchicoulis, le rempart de la ville. Au XVIe siècle, une autre chapelle de plus petite dimension, vouée à Saint-Roch, est également ajoutée contre l’extrémité du bras nord du transept.La tour nord-ouest est le seul vestige de l’ancienne façade de l’église abbatiale depuis l’incendie qui détruisit en 1780 les quatre premières travées de la nef. Son appareil de granite, semblable à celui du chœur, ses chapiteaux à corbeille lisse, de même que le réseau de trilobes et de quadrilobes qui orne les fausses arcatures appliquées sur trois de ses côtés, sont comparables au décor déjà rencontré sur le chœur. Toutefois, l’empiétement des arcs des arcatures sur le sommet de leur réseau, les chapiteaux à feuillages renflés, les frises de quadrilobes refouillés qui ornent la base et le sommet de l’étage des cloches, le tracé anguleux de la frise supérieure qui rappelle les orbevoies de ferronnerie, enfin le ressaut du cordon qui cerne la base des fenêtres de l’étage des cloches tout comme l’interruption de celui qui vient à la rencontre de leurs arcs, relèvent d'un formalisme qui appartient clairement aux premières décennies du XIVe siècle. Cette tour exceptionnelle, unique dans le paysage architectural gothique breton, fut construite en hors-œuvre par rapport à la nef de l’église qu’elle ne touchait que par son côté sud. Elle ne peut se comprendre que rattachée à un vaste et ambitieux programme de reconstruction générale de la façade occidentale de l’abbatiale incluant deux clochers symétriques, placés de part et d’autre de l’aboutissement des collatéraux de la nef romane. La tour qui s’élève d’un seul jet sans aucun retrait jusqu’à la plate-forme du clocher est cantonnée sur son angle sud-ouest par une tourelle de plan rectangulaire contenant l’escalier en vis. Ce dernier est curieusement éclairé du côté de l’ouest par des séries de meurtrières alignées que recoupent de multiples meneaux ; le couronnement de cette tourelle, une petite guérite de plan rectangulaire coiffée d’un toit en bâtière, atypique dans nos contrées, rappelle les toitures à deux versants des clochers des églises rurales du Cotentin. Sur la face sud de la tourelle, trois portes murées à différentes hauteurs devaient correspondre aux différents étages d’une importante façade écran qui aurait dû venir se plaquer contre l’extrémité de la nef romane. M. Déceneux rapproche avec justesse ces indices de la composition de la façade de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, où se retrouve de bas en haut un passage devant la maîtresse vitre occidentale, puis une galerie ajourée à deux coursières superposées. Il est probable que les troubles de la guerre de Succession laissèrent en suspen ce projet grandiose qui devait apparenter la nouvelle façade de l’abbatiale de Redon à celle d’une cathédrale. À la base de la tour, du côté sud, une suite de trois arcs formerets correspond à des voûtes qui devaient se raccorder avec les collatéraux de la nef romane. Ces arcs retombent sur des culots constitués de plusieurs cônes renversés bien différents de ceux employés dans le chœur, et qui ne connaissent que peu d’équivalents dans l’art gothique breton. Apparus probablement pour la première fois dans le chœur de Guingamp vers la fin du XIIIe siècle, ces culots très particuliers, que l’on retrouve dès la fin du XIIe siècle dans plusieurs édifices anglais comme l’église Saint-Giles de Standlake dans l’Oxfordshire, employés en abondance dans le transept de Fountains Abbey au XIIIe siècle, se retrouvent dans le transept de Guingamp dans les premières années du XIVe siècle, au moment où se construisait la tour de Redon. D’autres aspects de celle-ci confirment sa filiation avec le chantier de Guingamp. On y retrouve, outre les mêmes chapiteaux à feuillages stylisés et profil cassé, un goût pour les décors plaqués ainsi qu’une certaine licence dans l’emploi du vocabulaire architectural comme le montrent par exemple la ligne de colonnettes qui, entre deux cordons moulurés, orne à mi-hauteur la face sud de la tour, et ne reçoit aucune arcature ainsi que les ressauts en élévation et en plan des cordons passant à la base des fenêtres de l’étage des cloches, qui rappellent le ressaut du triforium de Guingamp dans l’axe de la nef. Au sommet de la tour, les ailettes évidées d’un quadrilobe qui supportent les gargouilles de la plate-forme et sortent du glacis des contreforts, motif assez rarement rencontré, renvoient là encore vers Guingamp, où ce détail se retrouve, sans évidement, sur le porche du bras nord. Enfin et surtout, la flèche de Redon apparaît comme une véritable citation de celle de la tour de croisée de Guingamp. L’absence de garde-corps, les lucarnes coiffées de petits auvents en bâtière en encorbellement, les clochetons à huit pans dont les flèches reposent par l’intermédiaire de linteaux droits et unis sur des piles fasciculées de trois colonnettes à chapiteaux à corbeilles lisses, tous ces éléments qui se retrouvent dans l’une et l’autre flèche, permettent plus encore que ceux évoqués plus haut d’attribuer avec beaucoup de vraisemblance le clocher de Redon à l’atelier qui travaille à Guingamp dans les premières années du XIVe siècle.

Technique du décor des immeubles par nature

Sculpture ; peinture

Protection et label

Date et niveau de protection de l'édifice

classé MH ; classé MH ; classé MH ; classé MH

Précision sur la protection de l'édifice

Eglise Saint-Sauveur et clocher isolé, classé MH le 25 novembre 1851. Eglise (cad. AM 7, 9) : classement par liste de 1862 ; Tour ou clocher isolé (cad. AM 7, 9) : classement par liste de 1875Façades et toitures des bâtiments mauristes entourant le cloître ; galeries du cloître ; deuxième galerie Est ; salle de l'ancienne sacristie, dite chapelle de la Congrégation (cad. AM 11) : classement par arrêté du 9 octobre 1990

Intérêt de l'édifice

À signaler

Eléments remarquables dans l'édifice

Église ; clocher

Observations concernant la protection de l'édifice

L'église reconstruite au 11e siècle, semble être alors la plus grande d'Armorique. Elle est intégrée au 14e siècle dans l'enceinte de la ville. Ce sanctuaire de l'époque romane était conçu dès cette époque avec un déambulatoire et des chapelles rayonnantes. Le bas de la nef présentait encore, avant la fin du 18e siècle, quatre forts piliers, traces d'une disposition à tour-porche dans oeuvre et chapelle-haute apparentée à celle de Saint-Melaine de Rennes, disposition modifiée lors de l'édification de l'actuel clocher au 14e siècle.Dans la première moitié du 12e siècle, la tour de croisée est construite et rend compte de l'influence de riches exemples aquitains, comme l'abbaye aux Dames à Saintes. La restauration récente du bras sud a révélé un décor peint roman exceptionnel.Le choeur commencé dans la seconde moitié du 13e siècle est imprégné quant à lui d'influences anglaises.Au nord du choeur, la chapelle ducale de Notre-Dame-de Bonne-Nouvelle, incorporée au milieu du 15e siècle dans l'enceinte urbaine rappelle l'intérêt des ducs à l'abbaye.Entre 1634 et 1636, l'architecte et sculpteur Tugdual Caris intègre dans le choeur un grand retable.Au 18e siècle, un nouveau maître autel que surmonte une statue monumentale de la foi servant de suspense eucharistique, vient compléter l'aménagement spectaculaire du choeur.

Statut juridique

Statut juridique du propriétaire

Propriété privée ; propriété publique

Références documentaires

Date de l'enquête ou du dernier récolement

1994

Date de rédaction de la notice

1994 ; 2010

Noms des rédacteurs de la notice et du dossier

Orain Véronique ; Rioult Jean-Jacques

Cadre de l'étude

Enquête thématique départementale (églises et chapelles d'Ille-et-Vilaine) ; enquête thématique régionale (architecture gothique)

Typologie du dossier

Dossier individuel

Adresse du dossier Inventaire

Région Bretagne - Service de l'Inventaire du Patrimoine Culturel - 283 avenue du général Patton - CS 21101 - 35711 Rennes Cedex 7 - 02.22.93.98.35

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