Siècle de campagne secondaire de construction
9e siècle ; 10e siècle ; 1er quart 16e siècle ; 17e siècle
Description historique
L'abbaye de Moissac a peut-être été fondée dans le 2e quart du 7e siècle, sous l'épiscopat de l'évêque de Cahors Didier (630-655). Louis le Pieux, roi d'Aquitaine, lui accorde sa protection en 781, puis devenu empereur en 814, le privilège de l'immunité. Moissac n'est probablement pas épargné par les raids des Normands qui remontent la Garonne jusqu'à Toulouse en 844, peut-être à nouveau dans les années 850 puis en 863-864. Les murs des bâtiments qui entourent le cloître conservent des pans de maçonnerie et des éléments sculptés en remploi datables du haut Moyen Age et les fouilles de 1962-1963 ont mis au jour dans le choeur de l'église la base d'un autel du 8e ou du 9e siècle.£L'abbaye est rattachée à Cluny en 1048 et Moissac devient alors un relais majeur de l'expansion de l'Ordre en direction de l'Espagne. Le premier abbé clunisien Durand de Bredons devient évêque de Toulouse en 1059, cumulant les deux fonctions jusqu'à sa mort en 1071. Le renouveau spirituel et matériel de l'abbaye se traduit en particulier par la reconstruction de l'église dont une inscription encastrée dans le mur de l'abside actuelle rappelle la consécration en 1063, en présence de l'archevêque et de sept évêques, celui de Cahors ayant cependant été écarté pour des raisons de préséance. Le logis abbatial conserve une chapelle du 11e siècle.£Le long abbatiat d'Ansquitil correspond à l'apogée de la puissance et du rayonnement de l'abbaye. Ansquitil fait reconstruire le cloître, orné de chapiteaux historiés, qui est achevé en 1100. Vers 1110, il lance la construction de la tour-porche, poursuivie par son successeur, l'abbé Roger, et achevée peu après la mort de celui-ci en 1135 ; le grand portail et son tympan doivent être datés des années 1115-1130. La reconstruction de l'église est peut-être entreprise au milieu du 12e siècle, mais le chantier s'essouffle rapidement et la deuxième travée ne semble pas antérieure à la 2e moitié du siècle ; les coupoles projetées ne sont probablement pas construites et l'on conserve le chevet de l'édifice consacré en 1063. L'abbé Bertrand de Montaigut fortifie l'abbaye et restaure le cloître et les bâtiments conventuels entre 1260 et 1295.£Dès le milieu du 15e siècle, l'abbé Aymeric de Roquemaurel (1431-1449) entreprend la reconstruction de l'église abbatiale qui ne sera achevée que par ses successeurs Pierre (1449-1485) et Antoine de Carmaing (1485-1501) dont les armes timbrent les clefs de voûte des travées occidentales. La clôture de choeur de style Renaissance a sans doute été réalisée vers 1520. Séparée de Cluny depuis 1466, l'abbaye est sécularisée en 1626. Le logis abbatial est partiellement reconstruit au 17e siècle.£Excepté l'église devenue église paroissiale, les bâtiments sont vendus pendant la Révolution comme Biens nationaux ou sont affectés à d'autres usages : une partie des bâtiments claustraux est ainsi aménagée pour le tribunal entre 1818 et 1850. Le séminaire aujourd'hui désaffecté est construit dans la 1ère moitié du 19e siècle sur l'emplacement de l'enceinte nord et de bâtiments conventuels ; une chapelle lui est ajoutée après 1865. Le réfectoire est détruit après 1856, lors de la construction de la voie ferrée qui épargne de justesse le cloître, pourtant inscrit sur la liste de la commission des Monuments historiques dès 1838 et alors que l'architecte Questel engage sa restauration sous la responsabilité de l'Etat. La tour-porche est restaurée dans les années 1850 par Eugène Viollet-le-Duc, architecte des Monuments historiques, dont les correspondants sur place sont Le Brun puis Théodore olivier, architectes diocésains.