Commentaire descriptif de l'édifice
L'opération des Remparts Sud est essentiellement réservée aux classes moyennes et populaires. Au sud des boulevards Poincaré et Aristide-Briand par exemple, la modestie et la répétitivité l'emportent (rues du Stadium et du Vélodrome), mais une étude plus attentive montre que le quartier regroupe des ensembles urbains remarquables auxquels participent des édifices modestes comme des oeuvres de grande qualité, formant le paysage urbain très caractéristique du Perpignan du XXe siècle. Sur le boulevard Mercader, plus de 20 immeubles sont construits entre 1932 et 1949, formant un front bâti où se côtoient les divers courants architecturaux. L'Art déco est présent avec deux des premiers immeubles par F. Mercader et F. Muchir, le régionalisme avec celui attribuable à E. Mas-Chancel et le modernisme avec ceux de F. Muchir et P. Sans. Plusieurs compositions architecturales notables caractérisent fortement les rues au nord de la citadelle, rues des Remparts-Saint-Mathieu, Remparts-La-Réal et des Rois-de-Majorque. J. Roque y construit en 1934 une maison typique de l'architecture rurale catalane, A. Mary s'inspire de la tradition plus urbaine pour une maison exubérante dans le travail de la ferronnerie. F. Muchir signe, en 1933, l'une de ses premières réalisations en collaboration avec A. Joffre dans le style Art déco et H. Martin donne en 1936 les plans d'un ensemble HBM, semblable à celui du quartier Saint-Jacques. A l'ouest de la citadelle, l'avenue Gilbert-Brutus présente un florilège des compositions typiques du pittoresque moderne perpignanais, avec quelque édifices qui retiennent l'attention : la maison de l'entrepreneur Mérou, l'immeuble de F. Muchir qui s'avance tel la proue d'un paquebot à l'angle de l'avenue et de la rue des Jotglars, la maison Rullière. Dans la rue du Docteur-Alfred-Rives, A. Joffre signe en 1940 le projet de l'hôtel Bosch-Montana, un édifice à un étage sur rez-de-chaussée surélevé d'inspiration régionaliste pour lequel l'architecte reprend textuellement la composition exceptionnelle imaginée par E. Mas-Chancel en 1930 pour l'hôtel Escoffier, aujourd'hui détruit : contrefort de l'entrée, baie de loggia au premier étage et triplet de baies romanes avec colonnettes, entrée du garage en arrière-plan d'un côté et jardin de l'autre. Les motifs en brique (génoise sur arcatures lombardes et frise de dents d'engrenage du soubassement inspirées de l'architecture romane catalane) se détachent sur les murs en moellons de granit. L'homogénéité singulière de la rue Georges-Rives provient des gabarits d'origine encore aujourd'hui respectés, de la mitoyenneté et des petites cours antérieures plus ou moins fleuries ; des thèmes architecturaux variés y sont employés avec harmonie au-delà des références stylistiques (balcons et bow-windows, génoises, corniches ou rebords de toit de type chalets, avant-corps arrondis, jeu de matériaux entre enduits, briques et moellons en opus incertum). La même ambiance urbaine caractérise la rue Georges-Bondurand avec des maisons à cours antérieures du côté impair orientées au sud, et des élévations plus urbaines du côté pair. Férid Muchir signe sans doute les plans d'un petit immeuble au n° 22, et plus sûrement ceux d'une maison de ville exceptionnelle au n° 21. L'architecte y conjugue les thèmes modernes des fenêtres horizontales et de la toiture-terrasse, avec l'accès pittoresque depuis l'angle de la rue et les échos de l'Art déco et du style paquebot, à travers la grande rotonde d'angle à carreaux de verre de la cage d'escalier, l'oculus et le porte-drapeau. L'opposition des matériaux met en évidence les murs en galets, un rappel de la tradition catalane mis en oeuvre de manière moderne.