Commentaire descriptif de l'édifice
En 1923, Jean Lebas, maire socialiste de Roubaix depuis 11 ans, charge larchitecte lillois Albert Baert (1863-1951) dédifier des bains municipaux avec pour objectif déclaré den faire « la plus belle piscine de France ». Déjà célèbre pour ses ouvrages de même nature tels que les Bains lillois (1890) et les Bains dunkerquois (1904), larchitecte exécute entre 1927 et 1932 un ensemble incarnant à la fois un haut lieu du sport nautique et un établissement public de bains-douches symbolisant les préoccupations hygiénistes et sociales de la municipalité. Lieu de rencontre et de mixité sociale le bâtiment offre également une multitude de services aux habitants de la ville : un salon de coiffure, de manucure, de pédicure, des bains de vapeur et une laverie industrielle
Larchitecte conçoit le projet selon une organisation spatiale évoquant le modèle des abbayes cisterciennes. Ainsi, autour dun jardin claustral sorganisent la grande nef abritant le bassin de natation, un large foyer desservant un restaurant et deux ailes accueillants les bains-douches. Lintérieur de lédifice se caractérise par un décor raffiné combinant un style mauresque et byzantin et évoquant le courant des arts-décoratifs des années 1930. La grande nef de natation possède un décor des plus fastueux : elle est éclairée par des vitraux qui symbolisent le soleil levant et le soleil couchant, des mosaïques et des céramiques revêtent les bassins et les murs. Autour du bassin sur deux étages se répartissent les vestiaires. Cet immense espace est couronné par une voûte en plein-cintre. La façade dentrée de la piscine, située à lorigine dans la rue des Champs, respecte le gabarit étroit des petits bâtiment industriels et des maisons modestes bordant la voie. Toutefois, léquipement public se distingue du paysage par sa hauteur et son inspiration néo-byzantine. En effet, sélevant comme le narthex dune basilique, la façade parée de pierres de taille brunes souvre par une série de trois arcades. Larcade centrale, plus monumentale, forme le portail dentrée. Ce premier niveau est surmonté de cinq baies cintrées géminées, elles-mêmes surmontées de linscription « Bains Municipaux » en maçonnerie saillante. Pour des raisons de sécurité lédifice est fermé en 1985 et un concours international est lancé pour la reconversion du site. Le projet de larchitecte Jean-Paul Philippon (à qui lon doit la reconversion de la gare dOrsay de Paris en musée) est retenu. A partir de 1998 de vastes travaux sont engagés pour réhabiliter le bâtiment en musée devant accueillir les collections de lancien musée industriel de Roubaix fondée en 1835, ainsi que des collections Beaux-arts consacrées aux XIXe et XXe siècle. Au cours de lautomne 2001 le musée ouvre ses portes. Respectant la vocation première du site les espaces contemporains du projet muséographique sadaptent à la structure ancienne du site. Larchitecte préserve notamment lidée de la piscine en conservant de lancien bassin une lame deau. Autour de celui-ci les cabines, dont on a réemployé les briques émaillées dorigine, sont transformées en vitrines thématiques présentant des céramiques, des tissus, des bijoux et des dessins.