Commentaire descriptif de l'édifice
Bâtie en retrait de la rue, la maison n’est pas visible depuis l’espace public, cachée derrière une végétation dense. Le remarquable portail et la clôture en rusticage de ciment et toit de chaume installés par Georges Pitre dans les années 1910 ne laissent en rien présager de l’architecture de la maison. Élevée sur un niveau unique, la maison est constituée de deux ailes perpendiculaires disposées en L. Jean Bossu emploie des matériaux traditionnels pour la structure : une maçonnerie de moellons, enduite à la chaux, une charpente en bois et une couverture en tuiles. Ce choix s’explique par la pénurie de matériaux au sortir de la guerre, notamment du ciment, mais surtout par le goût de Bossu pour l’architecture vernaculaire. Il concilie cependant cette construction traditionnelle avec la mise en œuvre d’un claustra de béton armé sur la façade principale dont l’écriture évoque sa fascination pour l’architecture d’Afrique du Nord : le châssis fixe en béton, disposé à l’oblique, présente un quadrillage régulier et étroit dans la longueur, divisé en trois dans la hauteur. Ce séquençage est interrompu par deux baies droites à double battant en menuiserie bois. Contrairement au reste de la maison, couverte par des toitures mono-pentes en tuiles, l’avant-corps en béton de la façade recevant ce claustra était originellement couvert par un toit-terrasse. La porte d’entrée est dotée d’un encadrement saillant et d’un auvent droit en béton. Les autres façades sont au contraire d’une grande simplicité, percées de nombreuses baies à double battant et aux menuiseries en bois. Sur la façade nord-est, un silo à charbon rompt également la stricte géométrie de la maison grâce à son ressaut courbe.
Afin de répondre à la commande Robert Pitre, les architectes conçoivent deux ailes distinctes. La première aile comprend le salon-bibliothèque lumineux et la salle à manger donnant sur la forêt, séparés par une cheminée. Ces pièces sont unifiées par un revêtement de sol en carreaux de terre cuite de Marseille mais présentent une structure radicalement différente : des poutres en béton armé prolongeant la trame du claustra au niveau du salon, un mur en moellons apparents et une charpente en bois datée de 1820 provenant d’une bourrine vendéenne dans la salle à manger. La transition entre ces structures s’effectue au niveau de la cheminée en béton, qui reçoit la poutre maîtresse, formant un élément sculptural au centre de la pièce. Cette aile comprend également une grande cuisine desservie par un large couloir se prolongeant à la perpendiculaire dans la seconde aile abritant la « zone de silence », c’est-à-dire les trois chambres, orientées au sud-ouest. Chacune des chambres est dotée de sa salle d’eau et d’une cheminée en béton au profil oblique. La chambre parentale comprend également un petit boudoir. Un soin particulier est apporté aux éléments de second œuvre et aux revêtements. Ainsi, les carreaux en terre cuite au sol sont agencés selon diverses combinaisons géométriques, et les carreaux glaçurés des cheminées reçoivent un décor abstrait coloré, dont la composition est confiée à Henry Simon ou Paul Dordet selon les sources.