Description historique
Jusqu’aux années 1990, en Ille‐et‐Vilaine, la réalisation des ouvrages d’art était assurée par les ingénieurs de la Direction Départementale de l’Equipement (DDE). Les architectes n’étaient sollicités que pour la réalisation d’habillage d’infrastructures. En résultaient des constructions très uniformes. Dans les années 1990, les concours ouverts aux architectes associés à des ingénieurs sont de plus en plus courants, notamment pour des ouvrages exceptionnels. Ces deux catégories de professionnels, historiquement opposées, s’allient de plus en plus fréquemment, engendrant une nouvelle interaction des compétences. Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment consacre un article à ce phénomène en mai 1996. Ses auteurs, Elisabeth Allain Dupré et Guillaume Delacroix, estiment que cette évolution s’opère en réaction à « la banalisation du territoire et à la difficulté matérielle des bureaux d’études publics traditionnels à assumer la multiplicité d’ouvrages dont ils ont la charge ». Aussi les maîtres d’ouvrage font‐ils de plus en plus fréquemment appel à des concepteurs externes à leurs services, en particulier pour les ouvrages exceptionnels et sites sensibles.
En Ille‐et‐Vilaine, cette évolution dans l’attitude des institutions, aidée par le processus de décentralisation initié dans les années 1980, est mise en œuvre par Patrick Faucheur, directeur de la Direction de l'Architecture et de l'Environnement (DAE) du conseil général d’Ille‐et‐Vilaine. Patrick Faucheur œuvre pour un rapprochement et une transversalité entre les services et pour l’intervention d’architectes dans la conception des ouvrages d’art. La réalisation du pont de Hédé va alors être l’œuvre d’un travail conjoint entre La Direction des Routes et des Infrastructures (DRI) la DAE et le Conseil en Architecture et en Urbanisme (CAU) d’Ille‐et‐Vilaine, créé à la fin des années 1980. Le dossier est suivi par Laurent Manneuheut, architecte responsable du CAU 35. L’interaction entre ces différents services entraîne une nouvelle approche de la conception de l’ouvrage prenant davantage en considération le paysage et l’environnement.
Le pont du site des onze écluses est commandé en 1992 par la DRI. Il est envisagé dans le cadre de la déviation de la départementale en direction de Dol‐de‐Bretagne. Au départ, on imagine procéder selon la logique habituelle, c’est à dire en concevant un pont en béton à habiller. L’intervention du CAU et la particularité du site impose néanmoins l’intervention d’architectes. L’agence de Marion Faunières et Pierre Lafon est retenue pour l’étude architecturale de l’ouvrage qui débute en mars 1993. Le projet bénéficie des conseils de Louis Fruitet, un ingénieur indépendant expérimenté ayant notamment travaillé avec Jean Prouvé. Il fallut prendre en compte dans les calculs le fait que le pont se trouvait sur un itinéraire de convois militaires. L’idée de développer le caractère « belvédère » de l’ouvrage émerge dès le début de l’étude du projet. Le dossier de consultation des entreprises (DCE) est publié en novembre 1993.
Lors de la conception de l’ouvrage, deux désaccords majeurs surgissent. Le premier concerne le choix des matériaux. Les architectes souhaitent réaliser un ouvrage métallique afin de réduire l’épaisseur du tablier. Or, la DRI préconise l’utilisation du béton, réputé moins coûteux et plus facile à entretenir. Par ailleurs, le département n’est pas équipé en logiciels capables de suivre la réalisation d’ouvrages métalliques. Les architectes ont dû démontrer que l’impact visuel d’un ouvrage en béton sur le paysage serait catastrophique et qu’une structure en métal, plus légère, aurait l’avantage de minimiser cet impact. On optera finalement pour un ouvrage mixte béton / acier. Le second différend concerne l’emplacement du pont. La DRI souhaite le placer en amont et au ras de la dernière écluse, légèrement en biais par rapport à l’axe parallèle à celle‐ci. Or, la Direction Régionale de l’environnement (DIREN) estime, avec le soutien des architectes et le CAU, qu’une telle implantation serait préjudiciable pour l’intégrité du site et qu’il serait préférable de placer le pont en aval de la dernière écluse, juste avant la courbe empruntée par le cours d’eau. Un second projet, quasiment identique au premier, est étudié à partir de 1995. On notera principalement une variante dans le traitement des culées adoptée pour des raisons économiques et pour permettre l’élargissement de la vue. Le DCE est publié en février 1996. L’ouvrage est livré à la fin de l’année 1998, 6 ans après l’initiation du projet.