Commentaire descriptif de l'édifice
Comme toutes les villes nouvelles, Villeneuve-d’Ascq fait figure de laboratoire d’architecture, où s’expérimentent des réalisations aussi diverses que la CARSAT de Serge Mesnil et Jacques Delrue (1980), édifice monumental aux bâtiments modulaires multiples situé dans le sud-ouest de l’agglomération, ou le LAM de Roland Simounet et son étagement de boîtes habillées de brique rouge. Le quartier de l’Hôtel-de-ville, où est élevée la médiathèque Till-l’Espiègle, n’est pas le premier à sortir de terre. Il succède par exemple à ses voisins immédiats situés, respectivement, à l’est et au nord de ses limites : le Triolo et le Pont-de-Bois (quartier de l’université) commencés en 1971. Le programme général d’aménagement du quartier prévoit l’implantation de la médiathèque sur une parcelle d’une superficie de près de 4 500 m2, qu’elle partage en deux parts presque égales avec le théâtre la Rose-des-Vents (côté est). Le dossier de demande de permis de construire y projette la réalisation de 2 200 m2 d’espaces, dont 1 800 accessibles au public. En conséquence, une partie de la médiathèque doit s’adosser à la haute façade ouest, en béton banché et enduit, du théâtre, dont le foyer est inclus dans le projet. Cela induit bien plus qu’une servitude de mitoyenneté : le voisinage du théâtre implique en effet de penser le programme de la médiathèque en fonction de celui-ci. C’est ainsi que dans une note de présentation portant sur les possibilités d’extension de la médiathèque (produite avant 1980), le foyer du théâtre est mentionné comme un élément qui « [permettrait] de rappeler à tous la communion de ces deux lieux de culture ». Concrètement, une verrière est prévue et réalisée dans la partie adossée au bloc ouest que forme la Rose-des-Vents, dans l’optique de « laisser intacte la présence du théâtre ». Véritable élément d’articulation, le foyer en question est donc conçu comme un élément de la distribution dont la fonction peut changer au gré des usages (pouvant servir de promenoir, de lieu d’exposition ou de lecture ou bien encore d’extension de la salle polyvalente de la médiathèque). Outre cette articulation avec le théâtre mitoyen, le programme prescrit deux autres principes, également liés à son insertion urbaine et paysagère : l’accent doit être mis sur son orientation vers le Forum-Vert et sur son intégration dans les cheminements piétons existants. Bordée à l’est par le boulevard Van-Gogh, grande artère conduisant notamment vers la cité scientifique au sud-est de l’agglomération, la médiathèque est placée à la jonction entre deux pôles opposés. Depuis le boulevard, des volées de marches permettent d’y accéder via une passerelle qui, surplombant la voirie, mène à la chaussée de l’Hôtel-de-Ville. Entre ce côté oriental du bâtiment et le côté ouest, dominé par le Forum-Vert tout juste réalisé, se forme un véritable contraste entre ville et jardin. Or, la thématique paysagère est omniprésente dans le projet. La forme générale de l’édifice, dont le gabarit ne doit pas dépasser la hauteur maximale du théâtre, est indéfinissable en un seul mot. Sa composition très éclatée lui permet de se fondre dans l’écrin de verdure que forme le Forum-Vert. La médiathèque se découvre depuis son accès public unique, situé au niveau « dalle », en y pénétrant par le 96 de la chaussée de l’Hôtel-de-Ville. La zone qui se trouve être de plain-pied avec la dalle se résume au hall d’entrée et à son espace d’accueil. Ceux-ci conduisent vers un palier – doté d’une fenêtre intérieure donnant sur la grande salle de prêt adultes – au sud, de part et d’autre duquel des volées de marches descendent (à droite) vers le niveau « jardin » et montent (sur la gauche) vers le niveau dit « dalle » dans les plans, mais qui en réalité se situe à l’aplomb du reste à hauteur d’un demi-niveau. Cet étage public, le plus haut, également accessible par la mezzanine de la salle de prêt, comporte une « salle d’exposition » ouverte, plutôt conçue comme un grand palier donnant accès à une salle polyvalente. Ici, une petite volée d’escaliers conduit vers la salle des périodiques située, de façon isolée, à l’extrémité orientale au nord de la composition : ancien foyer du théâtre de la Rose-des-Vents mentionnée dans le projet à titre d’extension, elle n’est aménagée de façon permanente qu’en 2010-2011 et n’appartient donc pas au programme initial. Avec ses grandes surfaces vitrées, dotées de menuiseries en aluminium laqué de couleur bleue, le bâtiment a pu être comparé à une « cascade de verre ». Portées par des murs en brique de couleur « surschiste flammé », les verrières évoquent également des serres d’horticulture, dont la légèreté apparente contraste avec le volume de béton de la grande salle de la Rose-des-Vents. À l’intérieur, une forêt de piliers habillés de briques assortie d’un réseau d’escaliers – un principal, de nombreux autres secondaires – structurent et harmonisent les espaces ; il résulte de cette composition et de ce choix de matériau, un esprit d’unité dans la diversité. Enfin, point remarquable de la réalisation, la multiplicité des niveaux aménagés dans cet édifice complexe et ludique agrippé aux reliefs du terrain naturel et de la dalle, induit la contrainte de l’éclairement naturel. Dès l’élaboration des premiers projets, les maîtres d’œuvre réfléchissent aux moyens de pallier à son insuffisance potentielle par la mise en place d’un éclairage artificiel placé en des lieux stratégiques de ce labyrinthe où la verdure, en s’invitant comme troisième matériau dominant, est amenée à créer des zones d’ombre. L’aménagement de cinq étages (niveau 1 : sous-sol ; niveau 2 : Forum-Vert ; niveau 3 : dalle, chaussée de l’Hôtel-de-Ville ; niveau 4 : logement de fonction et enfin niveau 5 : chaufferie et machines), complétés par des demi-niveaux, est en partie responsable du dessin complexe qui caractérise la médiathèque Till-l’Espiègle. L’édifice se présente comme une accumulation de volumes, par juxtaposition et superposition. De la même manière, le bâtiment se caractérise par la multiplicité de ses modes de couvrement et leurs matériaux, répartis en trois catégories selon leurs propriétés respectives : opacité, translucidité ou transparence (selon les zones couvertes). Les couvertures opaques se concentrent principalement sur les pièces et salles réservées au service. Les verrières transparentes offrent quant à elles des vues, surplombantes ou non selon que le visiteur se trouve dans le jardin ou sur la chaussée piétonnière, sur l’intérieur des salles. Ces points de vue extérieurs sur l’intérieur permettent aussi d’embrasser d’un regard la complexité du lieu dont l’exploration intérieure est toutefois rendue très simple par la logique de ses cheminements, appuyés par une signalétique claire. Pour le lecteur, la visite se résume aux étages du jardin (niveau 2) et de la dalle (niveau 3), excluant le sous-sol (niveau 1), principalement composé de bureaux et de locaux de service. Le niveau du Forum-Vert, desservi par trois portes d’accès, regroupe le plus grand nombre de salles réparties de part et d’autre de l’entrée du personnel pratiquée côté ouest (visible depuis le fond du jardin). Ateliers et bureaux (dont celui de la direction) occupent la partie nord de ce rez-de-jardin, d’où un escalier de service conduit vers le sous-sol. Plus à l’est, se trouvent l’ancienne discothèque (aujourd’hui aménagée en salle de consultation adultes) et son extension et, côté sud, la vaste salle de livres de prêt à destination des enfants. Celle-ci forme un retour vers la verrière du jardin, en encadrant la « boîte » réservée à l’heure du conte, également ouverte sur le Forum-Vert par une surface vitrée. La salle de prêt, accessible via un premier palier depuis l’escalier principal, est impressionnante : avec ses verrières placées côté chaussée et contre le théâtre, ses huit piliers en brique rouge, la mezzanine qui la surplombe et la vue qu’elle offre sur la serre aménagée sur sa partie orientale du sous-sol, elle offre un exemple remarquable d’aménagement ouvert et lumineux. Conçue pour être visible de la rue, elle peut également être observée depuis le palier correspondant au hall d’accueil du demi-niveau supérieur (le niveau « dalle »), à travers un encadrement équipé d’un vitrage en verre à armature métallique (de type Dravel). En pendant de la salle de prêt adulte, côté nord, l’actuelle discothèque (ancienne « consultation ») offre un espace plus intimiste malgré la présence, là encore, d’une verrière qui la rend visible depuis la chaussée. Dans l’angle nord-ouest de la pièce, un petit escalier ouvert forme une issue de secours tout en ajoutant de l’agrément à l’endroit.