Description historique
La ville de Desvres, nichée au cœur du parc naturel régional des caps et marais d’Opale, est renommée pour son artisanat faïencier depuis le XVIIIe siècle. L’activité potière de Desvres est attestée depuis l’Antiquité, grâce à la présence de sable ferrugineux dans les sols. Au milieu du XVIIIe siècle les familles Boulongne et Sta créent leurs faïenceries artisanales, devenues manufactures au cours du XIXe siècle (Géo Martel, Masse, Fourmaintraux, etc.). Si les industries faïencières réalisent toutes sortes d’objets en céramique, en réinterprétation de décors de Moustiers, Gien et Quimper, c’est la production de carreaux qui s’exporte avec le plus de succès dans toute la région et jusqu’à l’étranger. Dans les années 1980 l’activité des faïenceries de Desvres décline et la plupart cesse leur activité durant la décennie suivante tandis que des artisans créent leurs propres ateliers afin de perpétuer le savoir-faire. En 1997, la ville de Desvres reçoit ainsi le label « ville et métiers d’art », affirmant le caractère non seulement historique et artistique mais surtout vivant du patrimoine artisanal. Dès 1963, un premier musée de la faïence est aménagé au deuxième étage de l’hôtel de ville de Desvres, dont les collections sont issues de dons des grands industriels faïenciers de la commune. A une période où la concurrence étrangère fait rage et où l’industrialisation des procédés menace l’artisanat, il s’agit de mettre en valeur la production locale. Après la fermeture de plusieurs faïenceries dans les années 1980, la commune souhaite créer un lieu d’interprétation de l’artisanat desvrois réunissant les collections du musée, un espace dédié à l’histoire des techniques de la céramique ainsi qu’une résidence d’artistes mettant en valeur la création contemporaine. Cette Maison de la Faïence doit prendre place sur une friche industrielle près du centre-ville (site d’une ancienne cimenterie). La commune de Desvres fait appel au GIE Arietur, basé à Wimereux, pour la réalisation de ce nouvel équipement culturel. Les trois architectes associés, Bertrand Klein, Nicolas Huret et Marc Gabiller, proposent chacun une esquisse du projet à la municipalité, qui opte pour la proposition imaginée par Bertrand Klein. Ce projet audacieux comprend la construction de deux ilots de modules proliférants rejoints par un tunnel vitré et dont les toitures figurent d’immenses carreaux de Desvres. Le permis de construire est déposé le 27 décembre 1989 et accordé le 7 mars 1990. Peu de temps après, la société Novebat (basée à Colembert) engage les travaux de gros-œuvre. Si les plans de 1989 prévoient une zone d’extension future à l’ouest du bâtiment, cette dernière est construite immédiatement. Les carreaux de grès cérame disposés en toiture sont réalisés sur place par la société Desvres (SA Desvres), héritière des manufacture Fourmaintraux. Une grande attention est également portée aux espaces paysagers, confiée à la société SAEE (Société d’aménagement d’espaces et d’environnement) basée à Marck. Enfin, la scénographie est conçue par Bruno Lanbretto. La Maison de la Faïence est inaugurée en 1991 et voit sa gestion confiée à l’association du même nom. En 2010 la Maison de la Faïence est fermée pour travaux. La commune souhaite agrandir l’équipement et lui donner une nouvelle dimension : de lieu d’interprétation, il deviendra musée. Sont également en jeu la mise aux normes et la rénovation du bâtiment. La ville de Desvres fait à nouveau appel au GIE Arietur afin de réaliser les plans de l’extension. Au sein du GIE, Bertrand Klein et Nicolas Huret sont à nouveau en charge du projet, rejoints par Bernard Laffaille, Aurélie Martin et Sébastien Calmus. Cette fois, la scénographie, sujet de prédilection de Bertrand Klein, lui est directement confiée. Outre la construction de trois nouveaux modules au sud et l’extension créée à l’ouest, le bâtiment reçoit une nouvelle muséographie ainsi qu’une isolation thermique notamment grâce à l’installation de faux plafonds (à l’origine, un flocage noir revêtait la charpente). Deux nouveaux modules devant recevoir des carreaux de céramique à l’image des toitures d’origine, les architectes font à nouveau appel à la société Desvres. Cette dernière n’ayant plus de fours dans la ville, c’est une de ses filiales, installée à Maubeuge, qui produit les carreaux, mis en œuvre par un ancien faïencier employé par la ville de Desvres. La Maison de la Faïence, dotée de 300 m² supplémentaires, devient le musée de la Céramique, inauguré en octobre 2012. Au-delà des collections permanentes et de la résidence d’artistes, le musée accueille également des expositions temporaires, recevant près de 9 000 visiteurs par an.