Commentaire descriptif de l'édifice
La salle d’escalade CMC, s’installe au cœur des halles industrielles de la friche DMC (Dollfus-Mieg et Compagnie), situées au nord-ouest du centre-ville historique. Elle est implantée dans un ensemble industriel construit entre 1893 et 1894 pour le blanchiment, la teinture et les apprêts surnommé « la mer de sheds » par l’historien Pierre Fluck. En effet, l’ancienne partie dédiée au blanchiment constitue la partie la plus orientale d’un vaste complexe, s’étendant sur un seul niveau et sur 171 m de longueur, couvert par une série de sheds. Cet ensemble se compose de onze travées orientées N/E ; S/0, de 9 m de large et dont la structure est composée de colonnes en fonte supportant des charpentes en bois. À l’intérieur, les espaces sont libres ce qui permettait d’installer les installations nécessaires aux procédés industriels lourds. Seuls les murs extérieurs sont maçonnés en moellons1 et crépis. Cet ensemble industriel est peu ornementé : chaque pignon présente des fenêtres par doublets (avec un simple appui en ciment et un linteau clavé fait de briques, sans jambage), surmontées cependant chacune d’un oculus cerné de briques2 à liseré saillant. L’incendie survenu en 2011 modifie définitivement cette « mer de sheds » : les charpentes bois et les tuiles originelles disparaissent sur environ 2000 m² (à l’ouest). Seuls restent les colonnes de fonte et les murs maçonnés extérieurs. Pierre Lynde, en charge des travaux de préservation et de conservation préventive, déclare être frappé par « l’espace poétique issu du sinistre ». L’incendie fait apparaître une véritable cour intérieure au milieu des sheds. Le projet de salle d’escalade proposé par l’architecte tire parti de cet espace et de l’histoire du lieu. Le mur d’enceinte situé sur la rue des Brodeuses est contreventé mais gardé en l’état afin qu’il témoigne des expériences passées. Il délimite une cour intérieure dans laquelle une travée de sheds au nord est réhabilitée pour accueillir les espaces d’accueil et de convivialité (accueil, restaurant et bureaux). Au fond de la cour, une nouvelle construction prend place perpendiculairement aux travées historiques, face à la rue. Cette extension reprend la volumétrie d’un shed en augmentant ses dimensions et évoque un sommet à gravir. Elle permet d’intégrer les espaces d’entraînement et notamment les plus hauts murs d’escalade intérieurs et extérieurs. Pour l’architecte, il s’agit de respecter une histoire en lien avec le site physique et toute l’histoire sociale de Mulhouse : le « génie du lieu ». L’attention portée sur la sélection des matériaux du projet en témoigne. Par exemple, la couverture de la halle nord a été reconstruite à l’aide de tuiles datant de la même époque que celles disparues. Pierre Lynde a en effet veillé à réemployer des tuiles issues d’une démolition industrielle à Dannemarie (tuiles de la fin du XIXe s. type Gilardoni). Pour le nouveau volume, Pierre Lynde affirme vouloir conserver une cohérence architecturale sur le site. Il décide de réinterpréter la volumétrie des sheds environnants et de réaliser l’extension à partir d’une structure métallique dont la faîtière culmine à 26 m. L’extension se distingue par sa matérialité puisque le volume simple est entièrement recouvert de tôles ondulées noires. Ce choix est délibéré et revendiqué par l’architecte : la tôle ondulée est une invention industrielle du XIXe siècle qui témoigne d’une grande ingéniosité et était présente à cette époque sur le site. En effet, des dizaines de tunnels habillés de tôle ondulée ponctuaient le site DMC et reliaient les différents édifices entre eux afin de transporter les matières. Le site d’escalade est double, intérieur et extérieur, la salle se présente autant comme un support « scénographique urbain » d’évolution des athlètes que comme un bâtiment. La plastique formelle sculpturale des voies d’escalade et la forme en dent de shed du bâtiment concourt à une monumentalité symbolique forte, en lien avec la monumentalité de la cheminée de 60 m (1894) et les murs anciens marqués par l’histoire.