Commentaire descriptif de l'édifice
Le groupe scolaire Anatole-France est très visible dans le tissu urbain de Frontignan. Il occupe un îlot entier, à l’écart du centre-ville historique, relié au large boulevard Gambetta, un des « boulevards extérieurs » du centre-ville, par le percement de la rue Anatole-France. L’ensemble est orienté nord-est/sud ouest. Le programme du groupe scolaire est standard : école de filles et de garçons, école maternelle. Le groupe scolaire se déploie en bordure du terrain, de façon parfaitement symétrique, dans la perspective de la rue. Carlier dessine un plan où les écoles primaires sont disposées en U (deux ailes de classes et l’aile du préau au fond de la cour). L’école maternelle est placée au centre, en retrait, ce qui dégage une sorte d’avant-cour qui permet aux élèves de primaire d’accéder directement aux cours par les angles ouverts. L’avant-cour est séparée du trottoir par des grilles et un petit pavillon d’entrée pour la loge du concierge (aujourd’hui disparu), suivi d’un grand auvent pour abriter l’entrée des plus petits. Trois grands pavillons carrés identiques marquent l’entrée de l’école, garçons à gauche, filles à droite ; sur celui de la maternelle au centre se dresse le traditionnel beffroi dont les quatre faces portent une horloge. Les logements des directeurs se trouvent à l’étage. A l’arrière, deux ailes parallèles abritent les classes de maternelle. Elles définissent ainsi l’espace de la cour-jardin, séparée des deux autres. Cette cour se prolonge à l’arrière, au-delà des ailes des préaux (détruites en 1959 et 1962 ; ils sont reconstruits avec un étage de classes). Du côté de la rue des Carrières qui part en biais, le terrain de l’école comporte dans le triangle un terrain d’exercice où est construit un gymnase en 1951. La salle de conférence se trouvait au bout de l’aile des filles, à l’emplacement du gymnase. De plan longitudinal avec deux pavillons au nord et au sud, il comportait au nord une estrade pour les conférenciers et des rangs de gradins sur les trois autres côtés. Toutes les classes sont situées le long de la rue, le couloir de circulation étant côté cour. A cette époque, non seulement les voitures sont rares mais la rue Anatole-France est interdite aux voitures, ce qui implique que la promenade plantée de platanes devant l’école est également piétonne. Comme toujours à cette époque, les larges fenêtres (en arc segmentaire, aujourd’hui avec des fenêtres coulissantes en aluminium foncé masquant la partie haute de la baie) éclairent largement le couloir, puis la classe. La partie vitrée du mur du couloir ou celle de la porte d’entrée de la classe est très large, vitrée en haut par des importes fixes, alors qu’en partie basse, deux ouvrants rectangulaires à crémone encadrent un fixe (menuiseries intérieures d’origine). On peut donc largement aérer la classe. Cette aération se double d’une circulation d’air permanente : une grille verticale est placée en bas de l’allège des fenêtres (elle est aujourd’hui moins efficace, puisque les plafonds ont été abaissés). L’école a peu changé de structure. L’organisation des différentes parties obéit à des principes pédagogiques : l’isolement des petits, la plupart du temps dans le jardin, et qui ne doivent pas gêner les plus grands par leur bruit ; leur cour-jardin est enfermée. Les grands ne doivent pas être distraits par le bruit de la rue, mais les couloirs sont ici côté cour. L’école a été conçue dans un quartier piéton, ce qui n’est plus le cas. Comme dans la tradition rationaliste, il n’y a pas de décor rapporté en façade ni dans les cours. Ce sont les divers matériaux, leur couleur et leur agencement, qui créent la variété tout en soulignant la structure du bâtiment : maçonnerie en opus incertum, jeux de briques (allège et arc des fenêtres, bandeau horizontal courant sur toute les façades sous la retombée de l’arc, claveaux du harpage), pierre de taille (appui des fenêtres, clé de l’arc rejoignant le bandeau de toit), motifs des enduits sous le toit. Les toitures traditionnelles sont débordantes, sur aisseliers. A chaque angle, un petit pavillon légèrement débordant sur les deux côtés montre en façade principale un fronton brisé avec œil-de-bœuf. L’ensemble, achevé en 1925, a toutes les caractéristiques de l’architecture « Beaux-Arts » d’avant-guerre : symétrie, axialité, matériaux traditionnels, étagement des toitures. On peut rapprocher ce grand groupe scolaire de Romain-Rolland à Perpignan (Edouard Mas-Chancel, 1938) dans sa structure, son organisation et son architecture.