Commentaire descriptif de l'édifice
La cité technique et administrative est constituée de cinq bâtiments disposés autour d’une cour de service, construits sur une dalle précontrainte recouverte de prédalles en treillis soudés sur lesquelles les poids lourds peuvent circuler. Le projet associe une horizontalité marquée et un édifice haut de 33 mètres situé côté ouest (qualifié de tour), placé perpendiculairement au périphérique. L’ensemble est construit en béton enduit de blanc (revêtement plastique épais, au lieu d’un bardage en acier projeté initialement) selon une composition complexe, recourant largement au verre et au métal pour favoriser notamment la luminosité et les circulations. L’architecte a eu recourt à deux types de poteaux, quatre trames différentes, et plusieurs types de voiles de béton dont aucun n’est plein. Un grand soin a été apporté à la réalisation du chantier (confié à l’entreprise générale Sicra, assisté du bureau d’études Tetra), notamment par l’usage de coffrages spéciaux bakélisés ou bien en fibre de verre pour éviter un effet de spirale. La « tour » (bâtiment A sur le plan) comprend cinq niveaux de bureaux sur pilotis, et comporte un niveau commun aux deux directions situé au troisième étage pour assurer des liens entre elles. Elle comprend un mur-rideau muni de pare-soleils métalliques côté ouest, et une façade sur cour animée par une faille horizontale ainsi que des fenêtres en bandeau horizontal et vertical, accompagnées de baies plus petites, formant une composition géométrique. Des pavés de verre (Saverbat) sont largement utilisés pour contribuer à la luminosité des espaces de travail, sous la forme de panneaux préfabriqués insérés dans des précadres métalliques. Des vitrages ont été changés pour assurer une meilleure isolation, des faux-plafonds ont été installés mais sont réversibles, les huisseries métalliques noires ont par endroits été repeintes en blanc ou gris. Le bâtiment comprend des pièces à double hauteur auxquelles un plancher a par la suite été ajouté pour créer un niveau supplémentaire. Côté périphérique au nord, le bâtiment adjacent (B), de plan rectangulaire et muni d’un éclairage zénithal, sert de remise pour véhicules. Il est complété par une chemin de ronde situé du côté de la route. Côté est, deux bâtiments (C et D) servent de garage, de dépôts, d’ateliers et de réfectoire. Ils sont placés sous un même auvent de forme ondulé évoquant une vague, porté par douze poteaux ovoïdes répartis selon une trame carrée de 15,60 mètres de côté ; leurs moules ont été réutilisés pour le chantier de la cité d’artistes conçue par Michal Kagan dans le 15e arrondissement de Paris. La vague possède quant à elle une courbe de 62 mètres de rayon et une contre-courbe de 44 mètres de rayon. S’adaptant à la différence de niveaux du sol, la hauteur des ateliers situés au nord est au niveau du périphérique. Un dernier bâtiment (E) longe la rue Bruneseau, servant de garage, d’atelier, de lieu de stockage et comportant un local d’archives ; courbé du côté ouest, il accompagne l’entrée dans la cour. Les façades présentent des compositions très variées, subtiles et nuancées, liées à la fonction des bâtiments, faites d’alternance de vides et de pleins, d’avancées et de retraits, de jeux d’ombres et d’accrochage de la lumière, avec de larges ouvertures, des fenêtres en bandeau, l’aménagement de failles, le tout constituant des formes géométriques à l’effet très graphique. Une attention particulière a été portée aux circulations et aux transitions d’un bâtiment à l’autre par les escaliers, les passerelles, le chemin de ronde et la cour, composant une promenade architecturale. Celle-ci se porte aussi sur l’environnement qui a connu de profondes évolutions depuis l’inauguration de la cité. Par cette réalisation, Michel Kagan se place dans le sillage du mouvement moderne dont il revendique l’héritage, et dont il adapte les principes pour répondre à un programme singulier avec une esthétique propre. La résidence pour étudiants et jeunes travailleurs construite en second lieu consiste en une barre de 100 mètres de longueur disposée du côté de la rue Bruneseau, soulevée à 11 mètres du sol par des pilotis, et qui s’élève à 23 mètres de haut. Les fondations sont constituées de micropieux à 30 mètres de profondeur, chacun reprenant 120 tonnes de charge. Les 100 logements sont répartis sur quatre niveaux, structurés par des voiles de refend disposés selon une trame de 5,85 mètres dont les charges sont reprises par deux poutres monumentales dans un étage de galerie technique. La plupart des chambres sont d’une surface de 21 m², et sont orientées pour moitié côté nord, pour moitié côté sud, avec une pièce principale, un coin cuisine et une salle de bain. Leur isolation a été pensée par l’extérieur. Les façades sont en béton préfabriqué gris clair laissé brut, rythmées par la répétition de modules où alternent vides et pleins. Le côté sud est animé par des brises soleil, la façade nord étant davantage lisse avec ses panneaux et volets en bois. Une rampe monumentale est construite sur la rue Bruneseau, suspendue par des câbles, participant là aussi à créer une promenade architecturale sous les pilotis (elle reste néanmoins inachevée car se terminant par cinq marches). La barre surmonte une partie du bâtiment E en porte-à-faux, ainsi qu’un petit édifice construit côté est qui participe à ancrer l’ensemble au sol, et qui contient un hall et quelques logements. L’architecte a dégagé des espaces extérieurs permettant des vues sur la ville, avec des lieux de repos ou de rencontre comme les bancs disposés dans les coursives. Cet immeuble évoque à plusieurs égards le bâtiment conçu par Michel Kagan pour l’université de Cergy-Pontoise en 1999.