Commentaire descriptif de l'édifice
L’ensemble est réalisé de 1968 à 1978. Les bâtiments s’organisent autour d’une vaste cour intérieure en se conformant aux alignements urbains. Un bâtiment bas, abritant une galerie et des bureaux, s’interpose entre la rue et la cour, tout en assurant la continuité du bâti. Il laisse apparaître l’aile arrière et permet l’éclairage et l’ensoleillement du cœur de l’îlot. De la morphologie de cet ensemble bâti imposant se dégage une impression d’équilibre. Sur un schéma de composition classique, à la trame et aux percements réguliers, Max Bourgoin superpose un jeu de décrochements et rompt avec la linéarité. Les formes se libèrent du carcan de la trame imposée et se répondent en un dialogue constant. La façade sur rue, de 85 m de long, se lit telle une partition orchestrale. La construction en retrait de la rue a permis de ménager un dispositif d’accès élaboré : des places de stationnement et une rangée d’arbres isolent de la voie, de petits emmarchements conduisent à une promenade dallée longeant une galerie couverte desservant les commerces et les entrées. A l’image de cette séquence d’accès, les espaces de transition sont soignés. Porche, passage, patio encouragent la déambulation à travers des jeux d’ombre et de lumière comme seule l’architecture du Sud peut en produire. Aucun point de vue n’est privilégié ou imposé, les parcours sont libres, riches de découvertes plastiques ou ornementales. Abandonnant toute sobriété, l’architecte se laisse aller à la création d’espaces fluides, colorés et chaleureux. Là encore, il travaille la surface, la peau du bâtiment, la pierre et l’enduit. A travers une profusion de détails, l’ornementation fait corps avec le bâti. Aucune surface n’est négligée. Max Bourgoin cherche et crée de la matière jusque dans les enduits griffés, renflés, enchâssés de cabochons de céramique. Les légendes des documents techniques illustrant les façades parlent d’elles mêmes : pierre sciée, pierre éclatée, croûte de pierre, pierre massive brute, empreintes, briques, etc. Il montre une jubilation à travailler le fer, le bois ou la céramique. C’est un hommage au savoir-faire des artisans qui ont œuvré dans les marges étroites qu’il leur concédait. Telle une sculpture, l’architecture garde la trace de la main de l’homme : empreintes de truelles, de doigts. Max Bourgoin n’hésitait pas à prendre l’outil sur le chantier : l’arbre dessiné dans un renflement de l’enduit constitue sans doute sa dédicace. Les appartements sont spacieux. Ils peuvent, à la demande des futurs propriétaires, être équipés d’une cheminée ou de pièces de mobilier dessinées par l’architecte. Ils bénéficient, pour la plupart, de deux orientations au moins et d’un balcon ou d’une loggia. Aux derniers niveaux se dissimulent souvent de vastes terrasses maintenant trahies par leur végétation luxuriante.