Description historique
En novembre 1944, les Allemands battent en retraite et quittent Saint-Dié. Dans le mouvement, ils détruisent le centre historique de la ville (politique de la terre brûlée : sur 3 339 immeubles, 3 144 sont totalement ou partiellement détruits et plus de 10 500 habitants sont déclarés sinistrés). De nombreux équipements publics, centres commerciaux et usines sont dévastés. À la Libération, la municipalité et le ministère de la Reconstruction de l’Urbanisme (MRU) doivent répondre à de nombreuses urgences : reloger provisoirement les sinistrés (1945-1946) tout en réfléchissant aux normes des logements pérennes, activer le déminage et le déblaiement tout en assurant le bon déroulement des chantiers, concevoir des plans de reconstruction qui tiennent compte des schémas préexistants, des remembrements et des nouveaux besoins. Saint-Dié connaît alors des transformations importantes à l’image de nombreuses villes françaises, de grandes ou de petites dimensions, comme Orléans, Le Havre, Amiens, Toulon, La Rochelle ou Abbeville. On observe néanmoins une rapidité d’exécution plus grande dans le Grand Est, et particulièrement dans Les Vosges, prêt plus tôt à recevoir les crédits du MRU. Dans le cas de Saint-Dié, la ville avait déjà connu une reconstruction au XVIIIème siècle (plans de Stanislas Leszczynski en 1757) suite à un violent incendie. Architecturalement, la période de la Reconstruction est un temps de débat et de remise en cause des trames traditionnelles mais aussi des principes de la modernité, confrontés aux usages et à des temps de mise en œuvre très rapides. De ce point de vue Saint-Dié est un exemple particulier puisqu’il voit s’affronter des personnalités locales éminentes, comme Jacques André, et un architecte célèbre avide de faire enfin triompher ses principes, Le Corbusier. Dès la fin de la guerre, Jacques André propose ses services au MRU. Il est nommé architecte-urbaniste responsable de la reconstruction de Saint-Dié en février 1945. En parallèle, sous l’impulsion d’un jeune industriel local nommé Jean-Jacques Duval, l’une des associations de sinistrés charge Le Corbusier de concevoir un plan d’urbanisme. A force de persuasion, le 19 avril 1945, la municipalité nomme Le Corbusier architecte-urbaniste-conseil de la ville. Le plan d’urbanisme de Le Corbusier pour Saint-Dié est l’un des premiers projets qui marqueront la reprise de l’agence de la rue de Sèvres après la Seconde Guerre mondiale. L’architecte a alors l’occasion tant espérée d’appliquer certains de ses principes les plus radicaux publiés dans Les Trois Établissements humains (1945). Au centre de ses réflexions se trouvent l’importance de l’air, de la lumière, de la nature et des beaux paysages. Le plan est centralisé autour d’un noyau ouvert où se situent les services publics (mairie, préfecture), les établissements de loisirs (théâtre, musée à croissance illimitée, restaurants) et la cathédrale, qui doit être restaurée. En septembre 1945, Le Corbusier propose à Jacques André de collaborer à son propre projet. Celui-ci refuse et finit par démissionner, bien qu’il fût admirateur de l’œuvre de Le Corbusier. Il n’a pas apprécié, comme d’ailleurs le ministre de la Recustruction et de l’Urbanisme, la manière dont Jeanneret s’était introduit dans ce dossier. L’architecte est par la suite lui-même confronté au refus, et n’est plus suivi par la municipalité. Les habitants et les architectes de Saint-Dié, favorables au plan de l’architecte local Paul Résal, se montrent plus attachés à une reconstitution à l’identique des îlots anciens et à la présence d’habitats individuels, qu’à un plan moderniste dominé par huit unités d’habitation, pour 10 500 habitants, entourées de verdure. Finalement, le 3 février 1946, l’inspecteur régional de l’Urbanisme, Raymond Malot, présente un nouveau projet, plus respectueux des anciens tracés, au conseil municipal. Georges Michau, qui remplace Jacques André, est chargé de le mener à bien en tant qu’architecte en chef de la reconstruction de Saint-Dié.