Commentaire descriptif de l'édifice
Le quartier de l’Esplanade est entouré par le quartier de la Krutenau à l’ouest, la Neustadt au nord, la frontière avec l’Allemagne à l’est ainsi que la presqu’île Malraux et le quartier de Neudorf au sud. Le quartier de l’Esplanade est divisé en deux parties, celle consacrée à l’ensemble universitaire à l’ouest et celle dédiée à l’habitation à l’est et au sud. Ces deux parties ont fait l’objet d’une étude commune de plan-masse. L’urbanisation de ce nouveau quartier est planifiée autour de deux axes structurants : l’avenue du Général-de-Gaulle, orientée nord-sud, reliant la Neustadt à Neudorf, et les rues René-Descartes et de Londres, d’ouest en est. L’Esplanade est construite en tissu ouvert, ce qui facilite la liaison entre les différents quartiers. Le plan-masse repose sur un tracé géométrique d’axes imaginaires qui se distingue du tracé ancien. Le quartier offre des perspectives sur la ville ancienne, notamment celle depuis la faculté de Droit orientée vers la cathédrale et celle depuis la partie habitation. L’intérêt de l’ensemble tient au mélange entre les principes classiques qui ont inspiré l’avenue et la place et la modernité de la réalisation. Le parti architectural du quartier de l’Esplanade se tourne vers une expression résolument moderne. Il s’inspire des principes énoncés par le Mouvement moderne, notamment les bâtiments de grande hauteur permettant de libérer l’emprise au sol ainsi que de l’espace dédié au loisir et à la récréation, des axes routiers biens délimités favorisant la rapidité et l’accessibilité tandis que les piétons bénéficient d’espaces protégés pour se déplacer. Les nouveaux bâtiments sont élevés en béton et en acier. Ils sont notamment constitués d’armatures et de poteaux hauts, longs, à toiture plate ou à casquettes impressionnantes qui caractérisent l’architecture moderniste. En ce qui concerne le campus universitaire, Charles-Gustave Stoskopf prévoit dès l’origine que sa structure soit dominée par la faculté de Droit, la tour de chimie et la faculté des Lettres. La faculté de Droit, inaugurée en 1962, avec sa façade ouest s’ouvrant dans la perspective de la ville ancienne, constitue un repère emblématique. Traduisant la forme de la balance, la faculté de Droit est composée d’un bâtiment principal en arc de cercle et d’un édifice comprenant des amphithéâtres conçus selon un plan en losange tronqué à ses deux extrémités. Les couleurs de la façade, le rouge et le noir, font référence aux couleurs du corps professoral en droit et à son habit. Le noir a été remplacé par le bleu. La Tour de chimie, inaugurée en 1963, face à l’ancien campus impérial, est considérée comme un contrepoids de la cathédrale. Elle s’élève à 69,6 mètres de hauteur, ce qui en fait le deuxième bâtiment le plus élevé de Strasbourg après la cathédrale. Les façades de l’édifice ne sont pas porteuses, ce qui permet une certaine liberté pour l’expression architecturale. La façade mur-rideau, un principe développé par l’architecte-ingénieur Jean Prouvé, constitue une enveloppe innovante. L’extérieur est composé d’acier inoxydable « Peuginox 18-8 ». Les menuiseries et vitrages offrent une isolation thermique à la pointe des techniques et matériaux de l’époque. Un autre édifce emblématique est celui de l’École nationale supérieure des Arts et Industries (aujourd’hui INSA). Achevé en 1958, il constitue le premier bâtiment construit sur les terrains de l’Esplanade. L’utilisation d’outils et techniques de chantiers modernes et d’éléments préfabriqués industriellement permet une rapidité d’exécution. En ce qui concerne la partie habitation de l’Esplanade, le tracé des voies publiques de circulation est étudié en tenant compte des impératifs essentiels. Il vise à épargner autant que possible aux habitants du quartier résidentiel le bruit de la circulation et de préserver leur sécurité, et plus particulièrement celle des enfants. Ainsi, il est décidé que le trafic portuaire ou en provenance du pont du Rhin ne traverse pas l’Esplanade et que la circulation des piétons soit séparée de celle des automobiles. Des voies privées sont tracées et construites avec toutes les caractéristiques désirables pour leur permettre de desservir d’une part les parc-autos privés, et d’assurer d’autre part l’accès jusqu’au pied des immeubles des camions-bennes et camions de déménagement. Le secteur d’habitation comprend deux catégories de terrains dont l’une est réservée à des logements du type HLM (1 123), et l’autre à des constructions à caractère résidentiel (3 264). On peut noter des évolutions typologiques dans les logements construits au fl du temps, ce qui donne également une certaine variété au quartier. L’Office public d’habitation à bon marché (OPHBM), qui a déjà œuvré à la construction de logements sociaux dès 1925 dans la Neustadt (groupe Jean Dollfus, boulevard de la Forêt-Noire ; groupe Léon Bourgeois, boulevard Leblois), à partir de 1930 dans la Grande Percée et en 1953 dans la cité Rotterdam, participe à l’édification du quartier de l’Esplanade. Le plan triennal de l’OPHBM entre 1961 à 1963 prévoit la construction de 738 logements (dont 524 HLM et 214 ILN) sur l’ancien terrain d’un stade (actuelle rue de Milan), et autour de l’actuelle rue d’Istanbul, de l’autre côté de la rue Edmond-Michelet. L’ensemble est réalisé par les architectes Stoskopf, Oehler (chefs de groupe), Breitenbach, Grossmann, Haentzler, Pfrsch et Risch. Les façades des immeubles de logements se caractérisent par une recherche dans l’alternance symétrique des pleins et des vides. Les principaux éléments sont les coursives, les loggias des cuisines, les balcons devant les salles de séjour. Le revêtement des façades est constitué d’enduit et d’éléments décoratifs de qualité sur les loggias et balcons. On relève une filiation des immeubles le long de l’avenue du Général-de-Gaulle avec la cité radieuse de Le Corbusier. Ils sont bâtis sur des pilotis en béton qui embrassent le sous-sol et le rez-de-chaussée. Le long de l’avenue du Général-de-Gaulle, les appartements des immeubles sont traversant est-ouest, afin de faciliter la luminosité dans les intérieurs. Les appartements sont dotés du confort moderne.