Description historique
Clermont-Ferrand était peuplée en 1906 de 58 363 habitants. La ville possédait à cette époque une Recette postale principale (aujourd’hui la « poste Gaillard ») et plusieurs recettes auxiliaires
urbaines. Le bureau central de télégraphe et de téléphone se situait à côté de la préfecture, en bas de la rue Saint-Esprit1. À la fin de 1899, le Conseil général du Puy-de-Dôme, propriétaire du bâtiment,
décida de demander un loyer à l’État. L’administration postale envisagea alors de remodeler son organisation à Clermont-Ferrand. Elle projeta de regrouper dans un bâtiment plus vaste les services
télégraphique et téléphonique, et de leur adjoindre une recette postale.
Le 8 septembre 1908, les architectes Jacques-Honoré Méridier et Laurent Ponchon
demandèrent l’autorisation de construire un « immeuble destiné à être le bureau central des Postes,
télégraphes et téléphones ». Ils agissaient pour le compte des entrepreneurs Moulin, Riberolles et
Serve, propriétaires du terrain sur lequel devait s’élever l’édifice. Aux termes d’un bail passé avec les
entrepreneurs, l’administration des Postes s’engageait à louer les futurs locaux. L’emplacement était
bien choisi : il se trouvait près de la place Delille, à l’intersection de trois avenues du quartier de la
gare alors en plein développement. Le nouvel équipement fonctionna à partir de la fin de 1910.
De 1934 à 1936, une extension fut construite à l’est du premier bâtiment pour abriter un
central téléphonique automatisé. André Papillard, architecte régional des Postes, dessina en 1933 les
plans de cet édifice.
La recette postale et le central téléphonique étant saturés, il fut décidé en 1955 de bâtir une
seconde extension. L’architecte Georges Labro implanta le troisième immeuble dans la continuité des
deux précédents. L’ensemble de l’îlot compris entre l’avenue Charras, l’avenue Albert-Élisabeth et la
rue de Maringues fut ainsi occupé2. Afin de mieux desservir le quartier de la gare, la nouvelle salle
d’accueil du public ouvrit rue de Maringues, à l’opposé de la première. Le permis de construire fut
accordé le 12 février 1958 (sur des plans datés de novembre 1956 à octobre 1957). Les travaux
commencèrent le 10 mars suivant et durèrent quatre ans. L’ouverture eut lieu le 2 mai 1962. Les architectes clermontois Jacques-Honoré Méridier (Pouzy-Mésangy, Allier, 1846 -Clermont-Ferrand, 1920) et Laurent Ponchon (Ambert, 1864 - Sao Paulo, 1923) exerçaient et
habitaient au n° 6 de l’avenue de la Gare (actuel n° 18 avenue Albert-Élisabeth). Seuls ou associés, ils
signèrent les plans de nombreux édifices dans ce quartier : « La Providence » (actuel évêché, 31
avenue d’Italie), les villas n° 52 avenue d’Italie et n° 27 avenue Albert-Élisabeth, et les immeubles
aux n° 18, 20, 25 de cette même avenue. Il semble que la poste « Delille » fut l’une de leurs
dernières réalisations communes : Laurent Ponchon émigra avec sa famille à Sao Paulo en 19123.
André Papillard (Arbois, 22 décembre 1880 - Strasbourg, 12 avril 1964, inhumé à Molamboz)
obtint son diplôme d’architecte le 22 novembre 1906. Il avait étudié dans la section « Architecture »
de l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, au sein de l’atelier Scellier de Gisors puis
Defrasse. Après avoir travaillé à Lyon, Annecy et Grenoble, il s’installa à Clermont-Ferrand vers
1911. Il fut architecte de la ville de Clermont-Ferrand de 1917 à 1923, puis devint architecte régional
des Postes et télégraphes pour l’Auvergne et le département de la Lozère. À ce titre, il bâtit de
nombreux bureaux de poste (Aurillac, Mende, Néris-les-Bains, Gannat, Thiers, Châtelguyon, Royat,
etc.). Parmi ses oeuvres marquantes se trouvent le monument aux morts 1914-1918 du cimetière des
Carmes de Clermont-Ferrand, la poste du Mont-Dore et la chapelle Notre-Dame des Petites soeurs
infirmières de Loubeyrat. Du début des années 1920 aux années 1950, André Papillard enseigna
l’architecture dans l’atelier « d’admissionnistes » de l’École municipale des Beaux-Arts de Clermont-
Ferrand. Après la Seconde guerre mondiale, grâce à ses démarches, la section devint un « Atelier
régional d’architecture » dépendant directement de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de
Paris. Papillard fut enseignant-directeur de cet atelier qui forma de nombreux architectes auvergnats.
Georges Labro (Paris, 13 janvier 1887 - idem, 15 janvier 1981) est un architecte français assez
connu. Formé à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (atelier Laloux-Lemaresquier), il
obtint son diplôme d’architecte puis fut en 1921 Second Grand Prix de Rome. Il devint en 1928
architecte des PTT. Son agence se trouvait à Paris. Dans cette ville, en région parisienne et dans
d’autres régions, il construisit de nombreux édifices postaux : au Vésinet, à Chelles, à La Courneuve,
etc. Il fut également l’auteur de l’aérogare du Bourget (1935-1937, reconstruit en 1946-1952, actuel
musée de l’Air et de l’Espace, inscrit monument historique). La part des collaborateurs de Georges
Labro (âgé de 70 ans en 1957) dut être importante dans la conception du bâtiment clermontois.