Description
Par ses dimensions (200 m²) comme par la variété de son décor géométrique, la mosaïque de Neptune fait partie d'un des plus importants pavements de la série dite à décors multiple . Révélée une première fois par l'opération de sauvetage dirigée par J.L. Odouze en 1973 qui en avait mis au jour près des deux tiers sur un terrain EDF mitoyen de la cour du collège Louis Lumière, elle a été complétée par le diagnostic et la campagne de fouilles préventives suscitées par le projet de rénovation du collège Lumière en 2001 et 2004 (Inrap, dir. C. Munier). Au centre d'un vaste décor de caissons géométriques se trouve un grand médaillon circulaire (emblema) sur lequel est représenté le triomphe de Neptune en quadrige. : L'attelage, formé de quatre chevaux représentés de profil, sanglés et bridés, est tourné à droite, selon une perspective maladroite où chacun paraît juché au-dessus de l'autre. Neptune, tenant les rênes de la main gauche, debout sur le caisson du char vu de profil (dont on voit surtout une des deux grandes roues à huit rayons, l'autre étant à peine esquissée au second plan), est néanmoins représenté de face, dans une posture très raide, tenant le trident à la verticale dans le creux du bras droit. Son visage barbu, aux yeux écarquillés, schématiquement réalisé, est surmonté de ce qui semble être une couronne de feuillage. Le cortège est orienté de façon à être vu à l'endroit depuis le petit côté sud-est, mais il est entouré d'animaux marins tournés dans toutes les directions : poisson, dauphin et kétos au-dessous du char et des chevaux, hippocampe et poisson derrière Neptune, dauphin devant lui, à hauteur de visage ; tous sont réalisés avec la même aisance que les monstres marins des écoinçons, qui contraste avec l'extrême maladresse d'exécution qui caractérise Neptune et son attelage. (Darmon 2007) Selon J.P. Darmon, cette mosaïque, que l'on peut rapprocher de témoignages similaires aussi bien chez les Eduens (mosaïques d'Autun) que chez les Sénons (Sens) et les Lingons (Langres), pourrait être attribuée à un atelier itinérant rayonnant dans le nord-est de la Gaule. Datée de la seconde moitié du IIème siècle, elle ornait une vaste salle de réception (oecus principal), qui par ses dimensions exceptionnelles et la richesse de son décor, exprimait très certainement la puissance du propriétaire de cette domus.